Commentaire de Ibraluz
sur Moines contre Mollahs : question tolérance 1 à 0 pour les moines


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Ibraluz (---.---.84.214) 1er septembre 2006 22:14

Cela dit, concernant l’histoire du Sahara occidental - qui ne se limite pas, très loin de là, à l’entité un temps espagnole, aujourd’hui annexée par le Maroc - j’ai la faiblesse d’écouter, d’abord, les scientifiques mauritaniens, qui sont assez lucides quant aux limites expansionnistes de leur pays, puis leurs homologues occidentaux qui ont pris la peine d’étudier leur langue et leurs traditions, avant d’examiner le point de vue des marocains, plus gourmands et fort orientés actuellement, enfin celui des militaires français du siècle dernier, dont vous conviendrez avec moi, je l’espère, d’une partialité certaine. C’est du boulot et ce n’est pas près d’être fini. En ma modeste qualité d’étudiant à vie, je vous transmets, une dernière fois, un lien qui pourrait vous être utile, sinon à quelque de vos lecteurs : http://www.mr.refer.org/lerhi/hist_mr.htm . Point final, s’il vous plaît, sur la question : un peu de réserve dans vos propos n’ôtera rien, bien au contraire, à votre passion du désert...

En dévoilant mes racines françaises, je révèle un peu de mes batteries. Comme le pressentait le très estimable Damien, j’ai été élevé par les bons pères jésuites : ça aide, pas mal, pour la compréhension des thèmes chrétiens ; d’autant plus que vingt années iconoclastes, d’inspiration, disons, situationniste, m’ont également nanti d’une vision beaucoup plus humaniste de ces thèmes... De longues études sur la Chine antique - encore et toujours inachevées, elles aussi - m’ont permis d’approcher d’autres « points de vue » - j’aime le caractère topographique de cette expression, si humaine - sur... sur quoi, au fait ? Ou, sur qui ? On regarde la mer, le mouvement du rivage, l’incessant roulis du sable sous la vague, et, soudain, on ressent un grand vide, béant, incontournable...

A vous entendre, Patrick, c’est donc en parfait imbécile que je me serais laissé berner par l’islam, cette religion « arriérée, archaïque, incapable d’avancer dans l’histoire ». Mais savez-vous, jeune homme, que vous êtes très dix-neuvième siècle dans vos jugements à l’emporte-pièce ? Auriez-vous lu Ernest Renan ? Sinon, empressez-vous de le faire : vous y trouverez un ami secourable et compréhensif. A moins que la curiosité ne l’emporte, enfin, sur la nostalgie coloniale. J’ai parfois l’impression, en vous lisant, que les choses amères dont vous cernez l’islam n’expriment peut-être pas vos vrais sentiments...

Quoiqu’il en soit, vous nous dites, d’une part, que vous ne cherchez, « bien évidemment », pas à détourner quiconque de sa foi et, d’autre part, que votre but « est de faire ressortir les contradictions et les faiblesses d’un message peut-être mal compris, mais surtout mal utilisé ». La démarche est pour le moins périlleuse. Que le Message de l’Absolu - je parle, bien évidemment, en musulman, et c’est nécessaire pour faire entendre la situation de notre « point de vue » - soit souvent mal compris et mal utilisé, non seulement par les non-musulmans, c’est bien normal, mais encore par les musulmans eux-mêmes, et c’est plus grave : NOUS SOMMES TOUT A FAIT D’ACCORD. Tout l’effort (c’est le sens exact du mot ijtihad, en arabe, dont vous nous bassinez la fermeture « définitive »des portes : par qui, je vous le demande ? Quand exactement ? Et de quel droit ?), tout l’effort, disais-je, des enseignants islamiques contemporains s’oriente justement vers une instruction accrue des masses populaires. Il existe, c’est vrai, des lectures très figées du Saint Texte - assez proches des vôtres, le fait est assez singulier pour être souligné - mais elles ne représentent, en dépit de leur médiatisation forcenée, que des épiphénomènes d’un mouvement général, plus silencieux, appliqué, serein, dont les effets, irrésistibles, se manifestent un peu partout et se manifesteront de plus en plus. Votre apparente relation de respect avec Ka en est une des illustrations et devrait vous inciter à ne plus confondre intégrité et intégrisme.

Quant à « faire ressortir les contradictions et les faiblesses » du Texte Divin, quel musulman ou musulmane pourrait-il vous suivre dans cette démarche, sans renier le fondement même de sa foi ? Ka vous répond avec beaucoup de gentillesse et de tact. Moi, je vous rentre dedans, direct, et sans sommations. Vous nous dites : « quel musulman sait (et peut admettre) aujourd’hui qu’il y eut plusieurs versions du Coran ? » et je vous réponds : « où sont-elles vos fameuses versions ? Sur quelles certitudes, sinon faisceau de probabilités, fondez-vous une telle science ? Vous nous situez la fixation du Saint Texte au temps d’Uthman, où eut lieu, effectivement, une action décisive visant à éliminer tous les faux qui commençaient à pulluler aux quatre coins de l’empire. On se dit alors que vous manquez seulement d’informations. Mais en citant Hafsa, vous signalez votre connaissance de faits antérieurs que vous tronquez sciemment : c’est malhonnête.

Dès la mort du prophète - P.S.L. - la lutte contre Moussaylama, un imposteur prétendant à la prophétie, décime les rangs des « Houfaz Al Coran » (ceux qui connaissaient par cœur l’intégralité du Saint Texte : la mémoire, je vous le rappelle, en est le mode originel, et toujours privilégié, de fixation). Le khalife Abu Bakr ordonne alors la rédaction du premier recueil complet des Saints Versets, sous la direction d’un des secrétaires du prophète - P.S.L. - Zayd ibn Thabbit. Le manuscrit est confié à Hafsa qui le remettra, une vingtaine d’années plus tard, à la nouvelle commission diligentée par Uthman. Trois questions demeurent en suspens. En un la question des points diacriques, qui permettent de distinguer les lettres de graphie analogue : par exemple, le nun (point au dessus du trait) du ba (point au dessous du même trait). En deux, la question des synonymes : une certaine liberté était admise, en quelques versets, du temps même du prophète - P.S.L. En trois, les différentes méthodes de psalmodie, au nombre de sept. Lorsqu’on étudie, aujourd’hui, le Saint Coran, en sa langue et sous la direction d’un maître compétent, on peut avoir accès, facilement, à tous ces détails, connus des savants en sciences islamiques.

Vous nous dites encore : « certains versets sont aujourd’hui encore contestés par les Chiites qui proclament en outre que plusieurs d’entre eux (concernant Ali) ont été supprimés ». Les chiites, dans leur ensemble ? C’est une ineptie : excepté une infime minorité, issue de la secte des ismaéliens (chiites septicémains) - et c’est de ceux-là dont vous parlez - la totalité des chiites utilisent le même Coran que les sunnites. C’est justement la preuve inverse de votre affirmation (qui reprend une allégation fréquente chez les non-musulmans) : la rupture entre les partisans d’Ali et ceux du cousin d’Uthman, Mouawiyya, date d’une dizaine d’années, à peine, après la commission d’Uthman sur le Saint Coran, et si cette dernière avait été frauduleuse, il est évident que les chiites, tous, sans exception, eussent farouchement conservé la preuve de cette forfaiture.

Enfin, et pour clore sur un détail non moins significatif des « faiblesses » concernant VOTRE LECTURE du Saint Coran, vous nous dites que : « lors d’une embuscade du côté de Nakhlah [...] Mohammed transgresse cette loi essentielle pour des nomades [la trêve des mois sacrés] et il attaque une caravane ». Non. En aucun cas : non seulement Mohammed - P.S.L. - n’attaque, personnellement, aucune caravane, mais il ne commandite, en aucune manière, l’embuscade que vous citez ; c’est justement la raison de la mise sous séquestre du butin. Plus sérieuse, cependant, votre interprétation du verset II - 217 (et non pas 214), qui est effectivement, un des chevaux de bataille des extrémistes islamisants (dans le sens desquels je souligne, encore, votre étonnante propension à abonder) : « Ils t’interrogent sur le fait de faire la guerre pendant les mois sacrés. Dis : « Y COMBATTRE EST UN PECHE GRAVE, mais plus grave encore auprès de Dieu est de faire obstacle au sentier de Dieu, d’être impie envers Celui-ci et la mosquée sacrée, et d’expulser de là ses habitants. La tentation à l’idolâtrie est pire que le meurtre. [en arabe : al fitnatou akbarou minal qatli] ».

En première analyse, il s’agit de trancher entre deux actes répréhensibles. La suite du verset indique que les polythéistes n’observent aucune trêve, durant les mois sacrés, dans leur combat visant à détourner les musulmans de leur foi. Or, le prix d’une éventuelle abjuration, c’est, ajoute le Saint Verset, « le feu éternel ». Aussi, l’acte de la fomenter est-il péché plus grave que celui de tuer au combat, durant la même période. Evidemment, Patrick, cette échelle de valeur n’a pas de sens pour celui qui ne croit pas en la vie éternelle, et je comprends votre indignation. Cela dit, il faut pousser un peu l’analyse pour situer les limites d’utilisation du concept.

Tout d’abord, l’historicité globale du Saint Verset. Les musulmans sont à Médine et construisent un nouvel Etat dont La Révélation établit les principes juridiques. Durant la décennie précédente, l’Ordre Divin intimait aux musulmans la patience et l’éloignement de toute action violente. Apparaît désormais une notion nouvelle : celle du bien public, de la raison d’Etat. Nous sommes, comme vous l’avez si bien noté, dans une toute autre perspective que celle des évangiles (que je distinguerai, désormais, de l’Evangile, la Parole Divine révélée à Jésus, et dont le Texte Exact a été perdu). J’y reviendrai dans un prochain post à l’intention plus particulière de Frédéric et de Tom.

Il n’existe, à ma connaissance, aucun Etat au monde qui ne situe le meurtre, en temps de guerre, dans le cadre du Droit. Et pas seulement, d’ailleurs, en temps de guerre : la répression sanglante à Sétif ou Constantine par les forces d’occupation françaises, illustre, sans commentaires, la raison légale d’un Etat - en l’occurrence, on ne peut plus laïc - à réprimer la sédition au prix de vies humaines. La sédition, c’est un des autres sens du mot : fitna, (assez correctement traduit, au demeurant, dans votre citation par « tentation » [à l’idolâtrie], son sens premier), et c’est un des arguments utilisés par certains juristes musulmans pour justifier le maintien de la peine capitale dans le code pénal de leur nation. D’autres mettent en avant le caractère de « péché grave » du meurtre, pour promouvoir son abandon légal. Preuve, s’il était besoin, que des débats modernes peuvent être menés à partir du Saint Coran Lui même... Adichats, Patrick et sans rancune, aucune, ni morgue, ni suffisance : ce n’est pas du tout ma tasse de thé, soyez en persuadé, une bonne fois pour toutes...

P.S. : Je signale, par ailleurs, une erreur, dans mon post sur l’éducation coranique en Mauritanie. Lorsque je disais : « moins de 50 % des enfants suivent un enseignement coranique régulier. Sur ce pourcentage, à peine 30 % achèvent la mémorisation, soit, environ, 1 enfant sur 7 », si le premier pourcentage était une donnée nationale, la seconde proportion ne concernait, en fait, que le cas, très particulier, d’une de ces cités d’éducation où s’harmonisent les modes religieux et profanes d’enseignement. Sur le plan national, à peine 1 % achèvent la mémorisation, soit, environ, 1 enfant sur 200. Veuillez m’excuser, à mon tour, pour cette confusion.


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