Commentaire de Philippe Vassé
sur Créationnisme et dessein intelligent : échec total à l'Est
Voir l'intégralité des commentaires de cet article
Monsieur Emile Mourey,
J’observe que vous avez du mal à comprendre que l’Histoire ne se résume pas à traduire ou recopier ce que X ou Y a écrit. Et à indiquer la page et le numéro de la ligne !
Personne ne met en doute que César a FAIT écrire SA version des faits- vous n’imaginez pas naïvement qu’il l’a écrite lui-même, je suppose ?- et qu’il l’a « arrangée », avec son écrivain personnel et archiviste propre, conformément à ses intérêts politiques du moment, attitude naturelle dans sa position et avec ses objectifs.
Bien.
Nous serons donc d’accord pour considérer que les textes attribués à César ne sont pas fiables en tous points, surtout ceux qui touchent à sa « gloire militaire », à son « génie politique » et à la « force », numérique et morale, de ses adversaires.
Comme je le rappelais pour votre culture générale, les « Gaulois » n’étaient ni unis, ni solidaires. Il y eu des tribus qui ont combattu seules ou par petites fédérations (les Belgii ou les Helvetii par exemple), celles qui ont fait acte de soumission -dans le Sud-Est notamment- celles qui ont soutenu la révolte, et jusqu’à celles qui ont payé le prix fort d’une ultime résistance (les Vénètes).
Cela ne donne pas l’image, chacun en conviendra, d’une Gaule unie derrière le chef arverne !
En témoigne aussi les divisions entre chefs « gaulois » quant à l’armée de secours dont César a bien entendu « gonflé », comme pour toutes ses victoires, les chiffres de combattants. Rendant ainsi sa gloire auprès du Sénat plus éclatante ! D’où les doutes très légitimes sur ses dires dans ses rapports !
Je suis étonné que vous puissiez, ceci étant d’une clarté limpide et connu du plus « gaulois » des historiens, insister sur la véracité irréfutable des textes « césariens ».
Comme il vous a été dit auparavant, l’Histoire n’est pas du copier-coller. Il faut vérifier, comparer, authentifier autant que possible par diverses sources. De ce point de vue, tout ce qui a écrit sur Vercingétorix n’est pas plus certain au motif, bien mince, que cela a été écrit par César et/ou ses plumitifs dévoués à sa cause.
Ferdinand Lot, le meilleur historien sur le sujet, a bien eu raison de souligner l’absence de sources sûres et notre igorance relative sur cette guerre.
Bien sûr, personne ne nie qu’il y a eu révolte, tentatives multiples d’unification des tribus dites « gauloises », batailles et affrontements militaires, et enfin défaite à Alésia.
Nous avons donc la trame historique des événements essentiels.
Mais aller au-delà de ce que nous pouvons raisonnablement estimer « exact » reviendrait à mystifier le public. Ce que je refuse par principe car on passerait là dans un domaine qui n’est plus l’Histoire, mais l’invention hypothétique.
Donc, laissons à Vercingétorix ce qu’il a accompli avec certitude : son combat contre les troupes romaines.
Ne créons pas de mythes, n’inventons pas de jolies histoires vides de sens, ne faisons pas parler les morts.
Vercingétorix est un personnage historique attesté, et ce que nous savons de lui suffit à le placer dans l’Histoire de son temps, sans broder, ni mystifier.
Ceci dit, plutôt que de supposer qu’un chef antique à la culture très limitée ait tenu des « discours A LA ROMAINE » dans un dialecte tribal, que seuls, au mieux, les Arvernes pouvaient comprendre- ce qu’il est à tous points de vue puéril de croire- il serait plus juste de replacer en perspective ces divisions tribales, ces langages si divers, ces rivalités violentes, qui ont finalement conduit ce chef, dont nul ne doute de son courage personnel, et ses compagnons d’infortune au désastre final -mains coupés pour les survivants- en signe de représailles et d’avertissement manifeste pour ceux qui auraient l’idée de suivre leur action de rebellion.
En résumé, plutôt que s’attacher aux mots qui ne servent à rien qu’à créer un mythe qui n’est plus nécessaire, il serait plus utile de travailler à éclairer ce que fut cette Gaule si multiple, si diverse, si éclatée, si morcelée.
De plus, les discours attribués à Vercingétorix n’ont pas changé d’un iota son sort ultime, ni celui des tribus qui l’ont suivi. Les paroles n’ont rien produit.
S’attacher aux discours peu probables, voire totalement « apocryphes » -ce qui est ici le cas évident- n’aide en rien personne aujourd’hui à saisir les réalités profondes qui ont généré l’échec de la révolte et par suite la longue histoire de l’occupation romaine, avec ses bons et ses mauvais côtés.
Certes, comme le dit Yohan, on ne s’écarte pas trop du fil, cela peut s’y rattacher, comme élément de réflexion intellectuel sur la méthodologie scientifique.
Bien cordialement vôtre,
