Commentaire de Ibraluz
sur Moines contre Mollahs : question tolérance 1 à 0 pour les moines


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Ibraluz (---.---.64.110) 6 septembre 2006 15:03

à Papi, Frédéric et Tom, notamment.

En 1988, paraissait aux éditions « le grand livre du mois », le premier d’un tryptique consacré aux fondations chétiennes, « l’homme qui devint Dieu » de Gérald Messadié. L’ouvrage fit grand bruit. Pour mémoire, rappelons que son argument majeur se proposait de réfuter le « mythe » de la mort de Jésus - Paix et Salut sur Lui (P.S.L.) - sur la croix, en s’appuyant sur une analyse serrée des textes et des contextes, étayées par un volume entier - le second (1989) - consacré aux sources de ce travail, et démontrant le caractère plausible d’autres hypothèses. Le dernier tome (1991), consacré à la vie de Paul de Tarse, enfonçait un clou déjà bien planté : le terme de paulinisme aurait certainement mieux convenu en place de christianisme, si le vocable eût du faire référence au véritable fondateur de cette religion.

Pour un musulman, et en dépit de la position nettement rationaliste et humaniste de Messadié, ces théories ne sont pas dénuées de sens. La première lui permet, en particulier, d’envisager un peu différemment l’idée du « subterfuge », mentionnée dans le Saint Coran, au sujet du crucifié. Cela dit, l’interprétation la plus répandue demeure celle d’une intervention miraculeuse divine, substituant, à un moment non défini, un sosie au Christ - P.S.L. ; ce dernier étant « enlevé au ciel », tel Hénoch et Elie - P.S.E. - et devant revenir, dans les temps eschatologiques, accomplir La Parole Divine, cette fois en musulman affirmé à la face du monde. La seconde, qui situe le Christ - P.S.L. - non plus en fondateur d’une religion nouvelle, mais en rappel d’une foi immémoriale, le replace dans une longue lignée prophétique qui s’achève avec Mohammed - P.S.L.

Il est, bien évidemment, inutile - sinon, impossible - d’argumenter sur de telles positions de foi. Mais, au delà de tout esprit polémique, elles sont intéressantes en ce qu’elles se situent à la charnière exacte des relations islamo-chrétiennes et permettent d’entrevoir le fondement « philosophique » de leurs divergences. Je l’ai souligné dans un autre post : le sacrifice sanglant du Dieu Incarné est aussi fondamental et sacré au christianisme que le Saint-Coran à l’islam. Tout le reste est secondaire. Expliquons un peu la proposition.

Si les trois religions du Livre s’entendent autour d’une même vision des temps primitifs - le jardin d’Eden - elles diffèrent singulièrement dans l’interprétation de la faute adamique qui rompt l’état de nature. Pour les juifs et les chrétiens, celle-ci est une culpabilité, héréditaire ; pour les musulmans, une faiblesse, à chaque génération remise en question : la nuance est de taille.

Hérédité cependant élective, soumise à la grâce de Dieu, chez les juifs : Abel, Hénoch, Noé - pour ne citer que les plus célèbres - P.S.E. - représentent cette lignée d’hommes justes, qui marchent dans les voies de Dieu, alors qu’aucune loi n’est encore venue en préciser les limites. Avec Abraham - P.S.L. - apparaissent les premiers signes d’un code (la circoncision, le sacrifice du bélier) dont la profusion réglementaire culminera, quelques siècles plus tard, avec la loi mosaïque. Dès lors, la santé du « peuple élu » dépendra de son observance à des règles : s’y soumet-il et le voici comblé de biens, honoré, sauvé. S’en écarte-t-il et le voilà démuni, haï, maudit.

Ainsi, lorsque naît Jésus - P.S.L. - la domination romaine marque un temps de dégénérescence, dont le sommet s’exprime avec la nouvelle prétention, inouïe pour un juif, de César Auguste à imposer le culte divin de sa personne. On l’a insuffisamment souligné : tout le premier siècle après J.C. est agité, dans le judaïsme, par la question de cette « divinité humaine » et le discours des premiers chrétiens, tout particulièrement, de Paul, en est imprégnée. Celui-ci va en récupérer le thème, en y incorporant, conjointement, ceux de la faute adamique et de l’agneau pascal.

Pour Paul, en effet, la fatale culpabilité imposée à l’humanité ne peut être effacée que par un acte totalement pur, dont l’homme est, du fait de cette même tare, incapable. La loi mosaïque, « généreusement accordée » par Dieu aux hommes maudits, avait, naguère et dans un premier temps, offert le secours de la rigueur, dont la lecture étroite des docteurs de la Loi a, cependant, lentement éclipsé le fondement d’amour. En s’offrant, Lui-même, « Seul Être Totalement Pur » en agneau d’une nouvelle alliance, Dieu dépasse alors, en en accomplissant tous les termes, la lettre de sa Loi : l’Humanité est, enfin, délivrée du péché d’Adam.

Six siècles plus tard, cette lecture n’est déjà plus audible : récupéré par les pouvoirs byzantin, germaniques ou sassanide, le christianisme a du intégrer leurs différents codes civils, dans une redoutable pluralité de sens, affadissant diversement l’universalité de la libération paulinienne. L’islam va apparaître, dans ces conditions, en réunificateur des consciences, rééquilibrant Loi et Miséricorde, contingences sociales et vie spirituelle, à partir d’une nouvelle Révélation Divine, l’Ultime, achevant le cycle des prophéties.

La faute d’Adam - P.S.L. - y est présentée comme l’expression de la faiblesse humaine, inhérente à ses nécessaires limitations existentielles. Mais, également doué de réflexion, Adam s’en remet à son Créateur qui lui pardonne aussitôt, en lui enseignant le chemin du retour à la Voie du bonheur. C’est cet enseignement que diffuse Adam - P.S.L. - qui fait de lui le premier prophète de Dieu. La dégradation sociale du peuple juif nécessitera, dans cette même perspective, un tout autre Message Divin, avec la loi mosaïque, rude, apparemment très coercitive. Jésus viendra à son tour rappeler l’omniprésence de l’Amour dans la Loi - celle-ci étant faite pour l’Homme et non pas le contraire - avant que Le Saint-Coran n’affirme, enfin, après les dérapages post-christiques, l’équilibre des deux mains, la droite et la gauche, de rigueur et d’amour.

On comprend, à la lecture de cette très succinte, peut-être trop, présentation de nos différences, les lieux de nos anathèmes réciproques. Demander à un chrétien de reconnaître le Saint-Coran, Parole de Dieu, c’est, illico, l’engager à renoncer au dogme, central, du sacrifice Divin ; à l’inverse, le musulman ne peut pas accepter celui-ci sans remettre en cause le caractère Divin du Saint-Coran. C’est ainsi et il convient de toujours rappeler, clairement, ce hiatus fondamental en exergue de nos dialogues. Car, bien évidemment, il existe de nombreuses coupes transversales, à l’intérieur de nos démarches respectives, qui nous lient singulièrement et nous ouvrent à une meilleure « émulation dans les bonnes oeuvres ». Les aura-t-on entrevues en ce petit texte ? Amicalement et que la paix soit avec vous !


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