Commentaire de Marsupilami
sur L'erreur de Darwin
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Je suis assez d’accord avec l’hypothèse proposée par Bernard Dugué et avec le commentaire de Vilain Petit Canard. Merci à tous pour ce fil d’une grande qualité intellectuelle... à l’intérieur duquel l’intervention intempestive de Boileau détone par son biblisme aveugle, ce qui est dommage vu qu’il pose par ailleurs un problème épistémologique passionnant que posait très bien Weinberg dans L’idéologie de/dans la science (op. coll, Seuil) :
« Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose, du même coup, des moyens de production intellectuelle, si bien que, l’un dans l’autre, les pensées de ceux à qui sont refusés les moyens de production intellectuelle sont soumises du même coup à cette classe dominante. Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants ».
Au temps pas si lointain de la charnière entre l’ère théologiste et l’ère scientiste, quand dieu n’était pas encore tout-à-fait mort mais que sous la poussée des Lumières il avait perdu sa barbe, on le considérait ainsi comme le « grand horloger » ou le « grand mécanicien » de l’univers. C’était au moment où l’horlogerie et la mécanique se rationalisaient tandis que naissait la physique actuelle.
Depuis dieu est mort, ou plus exactement, la majorité des scientifiques ne s’interroge plus pour savoir s’il est ou non un « grand horloger », ce qui n’épuise pas le mystère métaphysique.
Les paradigmes scientifiques ne sont pas purs, innocents, vierges de la socioculture où ils apparaissent. Comme le notait justement Feyerabend dans Adieu la raison, « la »réalité« que la science est censée définir et dont elle se sert pour »annihiler« les ingrédients les plus désordonnés de notre monde est constamment en cours de redéfinition pour qu’elle puisse s’ajuster au goût du jour ».
Comme le note l’auteur, Gould a pointé les lacunes de l’évolutionnisme darwinien, grâce à des connaissances en génétique que Darwin n’avait pas, sans doute, mais très probablement aussi parce qu’il évoluait dans un contexte socioculturel très différent de celui de l’Angleterre du milieu du XIXe siècle.
Laissons de côté les créationnistes, dont aucun argument n’est rationnellement crédible ni réfutable et dont les motivations théologico-politiques sont évidentes. Ceci fait on peut quand même s’interroger sur la pertinence des théories de Darwin sans pour autant nier que toutes les espèces évoluent. Je pense comme l’auteur, en tant qu’agnotique, qu’il est possible de penser une téléologie a-théologique. Rien ne permet d’infirmer expérimentalement cette hypothèse, même si elle est erronée.
