Commentaire de Ibraluz
sur Moines contre Mollahs : question tolérance 1 à 0 pour les moines


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Ibraluz (---.---.64.110) 8 septembre 2006 14:37

Patrick, lorsque je ne réponds pas, c’est qu’à mon sens, vos développements ne relèvent plus de l’argumentation. Lorsque je vous dis, par exemple : « Il n’existe, à ma connaissance, aucun Etat au monde qui ne situe le meurtre, en temps de guerre, dans le cadre du Droit. Et pas seulement, d’ailleurs, en temps de guerre : la répression sanglante à Sétif ou Constantine par les forces d’occupation françaises, illustre, sans commentaires, la raison légale d’un Etat - en l’occurrence, on ne peut plus laïc - à réprimer la sédition au prix de vies humaines ». Et que vous me répondez : « comparaisons oiseuses entre le comportement des Français à Sétif et celui de Mahomet à Médine. Mahomet colonisateur...Je n’en attendais pas moins de vous... »

Que voulez-vous que j’ajoute à cet échange ???

Concernant la Mauritanie, deux choses. Tout d’abord, je suis marié à une dame hartani et je vis régulièrement dans ce milieu depuis de longues années. Je le connais donc un peu. Les hartanis ne sont pas tous d’anciens serviteurs affranchis. Un grand nombre sont de vieille souche saharienne, sédentaires et cultivateurs, qui furent soumis à tributs par les pasteurs nomades. Ceux-là ne diffèrent des eznagas - autres tributaires - que par la couleur de la peau. Vous citez des cas extrêmes de barbarie. Je n’en avais connaissance et si je puis admettre que de tels errements aient pu se produire - l’horreur est, elle aussi, universellement humaine - j’ai trop d’exemples contraires pour accepter la généralisation, odieusement caricaturale, que vous suggérez.

Le « lien social, imposant, à l’ancien maître et à son affranchi, un devoir mutuel et privilégié d’entraide » est, ne vous déplaise, une réalité sociale en Mauritanie. Je l’ai constaté, moi-même, à divers endroits et reprises. Tel affranchi fait appel à son ancien maître pour une aide financière, des soins médicaux, le réglement de conflits juridiques, et répond à la demande de celui-ci pour des besoins sporadiques : service de réceptions, déménagements, etc. Ce lien a même un nom : mawla (« rapproché ») et correspond exactement à celui qui me situe, moi-même, en tant qu’étranger, à la famille qui dirige le village où je demeure. Par contre, vous auriez pu, à raison, critiquer le caractère « privilégié » de cette entraide. J’aurais du préciser : « relativement ». Les liens de famille immédiate, des grands-parents aux cousins, passent, en effet, avant ce lien, qui supère, cependant, au lien, plus général, de la tribu. Mais je m’étonne, cela dit, que votre « immense » culture saharienne n’ait point noté, dans les rapports même des forces d’occupation françaises, les nombreux exemples historiques de ces attachements, certes étonnants pour notre vision manichéenne des choses.

Vous évoquez : « la multiplication [en 2005 ???] des esclaves, dont une grande partie, inutile aux tâches domestiques, est placée dans des campements isolés de leurs maîtres ». Mon épouse, sa famille, ses amis, rigolent et demandent : où ça ? S’il subsiste, ici et là, quelques séquelles de l’esclavage - et pas seulement chez les maures,votre informateur « oublie » d’évoquer la situation chez les hal pulaar, les soninkés ou les wolofs (mais ça se voit moins : maîtres et esclaves sont de la même couleur) - la quasi totalité du peuple mauritanien est libre (d’où sort ce chiffre de 100 000 esclaves : 4 % de la population ??? C’est invraisemblable !) et les hartanis - plus de 50 % de la population désormais - sont une force politique à ce point incontournable que l’avant-dernier premier ministre appartenait à cette communauté...

Tout cela doit être compris dans le cadre d’une SOCIETE SANS SECURITE SOCIALE ETATISEE, qui vivait, il y a encore 50 ans, très majoritairement sous des tentes, structurellement marquée par des jeux de rôle (et non pas de compétences). Nul doute qu’il subsiste, encore, dans la tête de bien des anciens dominants (blancs ou noirs) des complexes de supériorité, ou d’infériorité dans celle d’anciens dominés. Cela existe un peu partout en Afrique, bien au delà de la sphère musulmane, et nous avons, nous aussi français, des tares analogues, issues de la coloniale et du capitalisme...

Vous confirmez, par ailleurs, votre incapacité à préciser la nature et la forme d’une quelconque différence entre les « versions » du Saint Coran, citées dans votre précédent post. Inutile donc de bâtir des hypothèses sur cette indigence... Mais pourquoi retomber dans votre travers, coutumier, en reprenant la désinformation connue, et réfutée de longue date, de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie ?? Tout d’abord, le prétendu « ordre » du khalife Omar n’aurait évidemment pas pu émaner de Baghdad, puisque cette ville ne fut fondée que près d’un siècle et demi plus tard, sous les abbassides... Secondement, la dernière bibliothèque alexandrine fut brulée, au début du 4ème siècle, par le patriarche orthodoxe Théophile. Pour mémoire, la dernière romaine (la Palatine) le fut, à la fin du 6ème siècle, sous le pontificat du très catholique Grégoire le grand. Vous devriez rendre, au moins, cette justice à l’islam, d’avoir sauvé, par son extraordinaire activité de récupération et de traduction de manuscrits antiques, un patrimoine de l’Antiquité, que, contrairement à une idée très scolairement répandue, le christianisme s’est longtemps ingénié à détruire ou occulter.

« Ce que je vois des sociétés régies par ce texte fondateur » : cet aveu de votre point de vue révèle, une nouvelle fois et incidemment, vos oeillères. Les sociétés musulmanes actuelles, notamment au Maghreb, sont un méli-mélo de confusions civilisationnelles où prédominent deux siècles de rapports variablement conflictuels entre l’Occident - notamment la France - et l’Islam (la majuscule signalant ici la civilisation plus que la religion). Vous ne pourrez pas produire un travail rationnel de qualité en gauchissant cette réalité à l’aune de vos convictions athées. C’est un peu comme si un américain blanc analysait l’état contemporain des populations amérindiennes, (mexicaines par exemple, qui ont, elles aussi, accédées à « l’indépendance »), à la seule lumière des mythes et croyances de ces derniers...

Explication grammaticale, ensuite, à propos du Saint Verset 217 de la sourate 2. Le verbe arabe s’organise en deux modes principaux : l’accompli - qui correspond à nos temps composés - et l’inaccompli, qui couvre tous nos autres temps. Cela pose certains problèmes de traduction. En l’occurrence citée, l’inaccompli « la yazoulouna » indique que les polythéistes, mois sacrés ou non, n’arrêtent et n’arrêteront jamais de tenter de détourner les musulmans de leur foi : leur combat idéologique n’entend aucune trêve. Essayez, Patrick, de relire le verset en ce sens :il est cohérent, même si vous ne le faites pas votre.

Quant au Saint Verset de la Sourate VI, puis-je vous suggérer de relire, tout d’abord, la liste des interdits alimentaires dressée dans le Pentateuque ? De vous adresser ensuite à un spécialiste juif de la question ? J’avoue, pour ma part, ne guère m’intéresser à cette question, qui demande une analyse un peu approfondie des conduites alimentaires à l’époque du prophète - P.S.L. - et de leur relation avec la foi... A l’heure des hamburgers-frites, permettez-moi de penser que ce Saint Verset ne hante guère les consciences populaires... Mais bon : si vous pensez y déceler un principe fondamental de notre religion, susceptible d’améliorer nos comportements actuels, je suis toute ouïe. Merci à l’avance de vos Lumières.


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