Commentaire de ZEN
sur Elysée : vers une conception caporaliste et consumériste de la culture ?
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On peut auusi se forger une opinion à partir de cet article du Monde, qui pointe bien un risque important :
« L’affaire de l’ »édito de Belfort" continue de poursuivre la ministre de la culture et de la communication. Le 29 août, Christine Albanel adressait une lettre de remontrances au directeur de la scène nationale Le Granit, à Belfort, Henri Taquet, lui reprochant d’avoir publié un éditorial grinçant sur Nicolas Sarkozy, dans sa plaquette présentant la saison (Le Monde du 6 septembre).
Depuis, pas un jour ne se passe sans que la ministre ne soit épinglée. Au Parti socialiste, le député Patrick Bloche lui a même trouvé un parrain « parmi ses prédécesseurs » : « ni André Malraux, encore moins Jack Lang, mais visiblement Maurice Druon », ancien ministre des affaires culturelles (1973-1974) resté fameux pour avoir sommé les directeurs de théâtres « subversifs » de choisir entre « la sébile et le cocktail Molotov ».
Le texte litigieux émane de Benoît Lambert, metteur en scène associé du Granit, qui raconte son mal-être et sa difficulté à écrire. « Le problème, évidemment, c’est l’élection de Sarkozy, indique-t-il. Je sais que cet événement peut avoir des conséquences profondes, et probablement désastreuses, sur le cours de nos existences... »
« ON PAIE, TU TE TAIS ! »
Mme Albanel s’est dite « profondément choquée ». « Une plaquette officielle n’est pas un blog personnel, le rôle de son éditorial est d’expliquer des choix artistiques », écrit-elle à M. Taquet. Un théâtre « financé par l’Etat et les autres collectivités doit à son public le respect des choix et des opinions démocratiquement exprimés », ajoute-t-elle.
De là à s’interdire toute irrévérence à l’égard des pouvoirs ? « On paie, tu te tais ! », ironise Jacques Blanc, directeur de la scène nationale Le Quartz, à Brest. « On a senti une chasse aux sorcières du côté des médias. Est-ce que ça va être pareil dans la culture ? », s’interroge-t-il.
« L’éditorial qui a tant déplu à Mme Albanel est impeccable, écrit quant à elle Ariane Mnouchkine, dans son blog hébergé par Libération. J’aimerais l’avoir écrit. C’est exactement, exactement, ce que je ressens en ce moment. »
Henri Taquet a par ailleurs reçu le soutien du Syndeac, syndicat qui réunit la grande majorité des scènes nationales et centres dramatiques nationaux : « Il ne saurait être question d’admettre que désormais, chaque théâtre, chaque compagnie, chaque artiste, pour la raison qu’il serait subventionné par l’Etat, soit soumis à un code de bonne conduite, parsemé d’interdits. Au même titre que la scène, la production éditoriale d’un théâtre est un espace de liberté, de pensée, de critique, qui ne saurait souffrir aucune exception. »
La polémique n’aurait sans doute pas existé si le député UMP et candidat aux élections municipales de 2008 à Belfort, Damien Meslot, n’avait pas signalé l’édito à Mme Albanel. Et s’il n’avait pas ensuite transmis à la presse locale la lettre de la ministre. Localement, l’« édito de Belfort » a certainement lancé la campagne électorale. Au niveau national, c’est un autre débat qui s’ouvre". Clarisse Fabre Article paru dans l’édition du 11.09.07.
