Commentaire de Alexeï
sur Face à des mythologies conquérantes, la laïcité peut-elle être autre chose qu'un combat incessant ?
Voir l'intégralité des commentaires de cet article
Le consternant exemple de l’enseignement de l’histoire-géographie au collège.
Je fais miennes les analyses de Paul Villach : la laïcité comme la démocratie ou la tolérance ne sont jamais acquises. Nous avons tous constaté lors du vote de la loi d’avril 2004 (qualifiée par ses détracteurs de « loi sur le voile ») que le judaïsme et le christianisme, fiers de millénaires d’intolérance, ont apporté leur soutien à leur cadette musulmane.
Enseignant l’histoire-géographie, je suis de moins en moins capable d’enseigner à mes élèves le nécessaire doute méthodique. Je releverais deux exemples tirés de ma modeste expérience.
1. La question d’histoire ancienne à l’agrégation (1998-2000) : "L’empire romain de la mort de Commode (192) au concile de Nicée (325). Si l’assassinat de Commode marque le début d’une nouvelle période avec l’accession au trône d’un authentique provincial, la tenue du concile de Nicée ne concerne en rien l’ensemble de l’Empire romain. En 325, les chrétiens ne sont qu’une minorité au sein d’un Empire dont le respect des religions allogènes est une caractéristique reconnue par tous les historiens. Traiter la question jusqu’à la mort de Constantin (337) était autrement plus pertinente, ce qui fut le cas lorsque la question fut posée à l’agrégation interne. Lors des épreuves d’admission, j’ai tiré le sujet « Jésus et les Évangiles ». J’ai démontré l’historicité de Jésus en me basant sur les sources (chrétiennes et anti-chrétiennes) dont nous disposons mais j’ai provoqué l’ire de l’IPR en affirmant que les Évangiles constituaient un document permettant non pas de faire de l’histoire mais l’histoire d’une croyance : j’ai eu droit au spectacle d’u jury se querellant, l’un de ses membres prenant mon parti en déclarant que j’avais le mérite de poser le débat.
2. L’enseignement de certaines questions du programme d’histoire.
- la Bible est la seule source utilisée par la quasi-totalité des enseignants sans la moindre confrontation avec les récentes découvertes archéologiques mettant en cause l’historicité d’Abraham, de l’Exode et du premier royaume d’Israël. Il faut ajouter qu’à de rares exceptions près, les manuels n’invitent guère à la réflexion : or nombreux sont les enseignants dont le savoir ne dépasse pas le contenu présent dans les manuels.
- les personnages enseignés le sont sous leur dénomination chrétienne :
* Jésus est le fils de Dieu (au lieu de Jésus se dit le fils de Dieu)
* la Vierge Marie (au lieu d’une femme que les chrétiens considèrent vierge)
* Saint Louis (au lieu de Louis IX cannonisé par l’Église catholique).
À quand un savoir laïc ?
