Commentaire de ka
sur Moines contre Mollahs : question tolérance 1 à 0 pour les moines
Voir l'intégralité des commentaires de cet article
Bonsoir Wrysia,
Je rejoins assez le point de vue de ton amie concernant ces deux versets. Mais je dois avouer que je ne suis pas la mieux placée pour te parler de traduction car je ne parle pas l’arabe littéral mais je sais le lire et l’écrire et parle un peu l’arabe « darija » que l’on parle entre autre au Maroc. Je le comprends et je peux discuter avec quelqu’un en darija mais je ne serais pas très à l’aise. Je regrette beaucoup le fait de ne pas avoir appris l’arabe, mes parents parlent essentiellement chleuh à la maison, surtout ma mère qui ne parle pas du tout français et très mal l’arabe, contrairement à mon père qui parle aussi bien l’arabe que le chleuh et se débrouille pas mal en français et je discute surtout en français avec lui car je me sens plus à l’aise dans cette langue. Je me fie donc aux différentes versions françaises du Coran pour ce qui est de la traduction. Je possède chez moi la version de Muhammad Hamidullah. Voilà comment il traduit ces versets que tu cites :
« 190 - Et combattez dans le sentier de Dieu ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Vraiment, Dieu n’aime pas les transgresseurs !
191 - Et tuez ceux-là, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d’où ils vous ont chassés : la persécution est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la sainte Mosquée avant qu’ils ne vous y aient combattus. Donc, s’ils vous combattent, tuez-les. Telle est la récompense des mécréants. »
Voici la version de Kazimirski :
« 186 - Combattez dans la voie de Dieu* contre ceux qui vous feront la guerre. Mais ne commettez point d’injustice en les attaquant les premiers, car Dieu n’aime point les injustices. »
*L’expression : combattre dans la voie de Dieu est consacrée pour la guerre sainte, ou pour la cause de Dieu en général.
« 187 - Tuez-les partout où vous les trouverez, et chassez-les d’où ils vous auront chassés. La tentation à l’idolâtre est pire que le carnage à la guerre. Ne leur livrez point de combat auprès de l’oratoire sacré, à moins qu’ils ne vous y attaquent, s’ils le font tuez-les. Telle est la récompense des infidèles. »
Une autre version trouvée sur le net :
« 191 - Et tuez-les, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d’où ils vous ont chassés : l’association est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée Sacrée avant qu’ils ne vous y aient combattus. S’ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants. »
Les 3 versions se rejoignent dans l’ensemble si ce n’est certaines expressions comme : transgression/injustice, combat/guerre, sainte Mosquée/oratoire sacré/Mosquée Sacrée.
Mais c’est vrai que c’est très différent quant il s’agit de la traduction du mot « fitna » persécution ou association/tentation à l’idolâtre. En effet comme tu le dis ce mot englobe un tas de significations pas toujours proches.
J’ai trouvé ce petit article sur Wikipédia qui semble aller dans le même sens que ton amie concernant la signification du mot dans ce verset :
“Fitna (فتنة) est un mot arabe, généralement considéré comme très difficile à traduire. Il est employé souvent pour se rapporter à la guerre civile, au désaccord et à la division dans l’Islam et fait référence spécifiquement à un moment impliquant des épreuves de la foi, semblables à la tribulation dans l’eschatology chrétien. Le mot implique également des significations comprenant le schisme, la secession, le bouleversement et l’anarchie.
La limite vient s’est à l’origine rapportée au raffinage du métal pour enlever la crasse [1], mais est devenue commune dans des écritures apocalyptiques et est employée souvent pour se rapporter à la première guerre civile islamique, en CE 656-661, à une lutte prolongée pour le caliphate après l’assassinat 656 de l’ibn Affan d’Uthman de calife. Le deuxième Fitna, ou la guerre civile en second lieu islamique, est habituellement identifié comme conflit de la CE 683-685 parmi l’Umayyads pour la commande du caliphate. Le troisième se rapporte aux taifas à la fin du calife de la règle de Córdoba.
Les traductions variables de Qur’anic démontrent une partie de la confusion que cette limite a engendrée :
(8 : 39) « ne les combattent ainsi jusqu’à ce que là est plus d’incrédulité (fitnah) et tous soumettent à la religion seul d’Allah (dans le monde entier) » (8 : 39) « et combattent avec eux jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de persécution (fitnah) et la religion devrait être seulement pour Allah »
La signification de la limite est illustrée dans la littérature apocalyptique par des personnes sous la contrainte morale et psychologique extrême pour compromettre un élément de leur foi en échange pour le gain mondain, et parfois en échange pour leurs vies. Elles sont faites à ont choisi, souvent ne sachant pas exactement ce qui est bon et ce qui est mauvais [2].
Selon Orientalist Gilles Kepel, le « fitna est parfois traduit par le sedition, qui est le fait que la communauté musulmane est réduite en fragments parce qu’il a perdu le sens des proportions et des réalités, du maslaha, et qu’il est donc fourni aux démons de l’extrémisme et va vers sa chute. C’est le jihad qui retourne comme boomerang à l’intérieur et affaiblit la communauté. Le fitna est la crainte obsédante des ulemas puisque l’Islam existent. » [3]”
En ce qui concerne l’allusion à la “Mosquée Sacrée” ou “sainte Mosquée” comme tu dois t’en douter il s’agit de la Ka’ba : “masjid lharam” = mosquée sacrée, dans la sourate, la Ka’ba est aussi appelée “biyt lah lharam” = maison sacrée de Dieu. Peut-être s’agit-il ici du combat qui aura lieu peu de temps avant la fin du monde durant lequel la Ka’ba sera détruite (un des grands signes de la fin du monde).
