Commentaire de Krokodilo
sur Le rapport d'Hervé Bourges sur la francophonie
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"Quel est le problème si l’on impose une langue pour assurer à un enfant son avenir ?"
Toute éducation est un conditionnement, je suis d’accord, mais à l’exception des pays dictatoriaux, ce sont la plupart du temps les parents qui choisissent pour leurs enfants la religion, les valeurs morales, le sport, un instrument de musique, et plein d’autres choses, du moins lorsqu’ils sont jeunes.
Jusqu’à présent, il y avait un relatif choix des langues à l’école. Nous sommes brutalement passés à l’anglais quasiment obligatoire, au primaire et en 6e, ce qui représente un changement pédagogique majeur, sans qu’aucun média n’en ait parlé !
D’autre part, qui connaît l’avenir de ses enfants ? Auront-ils besoin du chinois pour vendre des voitures là-bas ? Sera-t-il violoniste à l’opéra de Lyon, auquel cas le langage de la musique lui suffira, prof de maths à Bordeaux, auquel cas on se demande ce qu’il fera d’un super niveau en anglais ? Jardinier à Marseille ? Ou encore ethnologue en Amazonie où, m’a-t-on dit, l’anglais est assez peu connu…
De plus, si tout le monde fait un peu d’anglais, ce n’est plus un avantage en terme d’embauche, car les employeurs exigeront un très bon niveau, ce qui renforcera encore les bénéfices des pays anglophones.
"A quoi bon apprendre l’esperanto quand je connais l’anglais ? On n’impose pas une langue, on offre les moyens de l’utiliser, des débouchés. Un BESOIN de connaître cette langue."
L’usage de l’anglais au boulot si nécessaire n’empêche nullement d’apprendre une autre langue, ni de plaider pour une solution plus équitable à la communication dans l’UE. La construction européenne est une question à long terme. Qui a inventé le "fair-play", où est-il passé ? Gagner des milliards par son hégémonie linguistique, c’est du fair-play ? C’est une question de justice, d’égalité des peuples et des langues dans la construction européenne : de quel droit 5 à 8% de la population européenne obligeraient les autres 90% à sacrifier 10.000 heures de leur vie pour apprendre leur langue (au demeurant très difficile quoi qu’en dise la propagande), à devenir des citoyens de 2e zone - position d’infériorité systématique dans les négociations, les discussions, le recrutement.
Le maître qui arrive à faire croire à son esclave qu’il est heureux comme ça, qu’il a de la chance, celui-là est un maitre intelligent, mais l’esclave reste un esclave.
Sont-ils malins ou sommes-nous bêtes ?
"Il n’y a pas de guerre linguistique" c’est votre avis, mais ce rapport nous rappelle justement le contraire, juste avant que la France prenne la présidence de l’UE ...
