Commentaire de Ibraluz
sur Moines contre Mollahs : question tolérance 1 à 0 pour les moines
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à Ka
Jusqu’à présent, je n’avais entrepris de m’adresser directement à vous, me contentant d’opiner de la tête, le plus souvent, à la lecture de vos commentaires. Il me semblait que vos analyses, arrondissant bien des angles, complétaient harmonieusement mes propos, parfois tranchants, sans doute trop. Mais bref : mon amour de la paix, qui s’épanouit, certes, en islam, ne m’a pas tout à fait guéri d’une tradition guerrière, cocardière et rugbystique, et mes (dé)mêlées avec Patrick, un peu outrancières, m’incitent aujourd’hui à me tourner vers votre ambassade, reconnaissant le tact de votre démarche religieuse, c’est à dire : de liaison... Fasse le Seigneur de l’Ihsan nous en donner, à tous, les meilleurs fruits. Amine.
Permettez-moi de commenter, tout d’abord, une phrase de Patrick, tirée d’un de vos échanges. Elle me semble significative d’une part importante de ce dont il est question ici.
« l’islam n’est pas un message original mais une compilation de mythes archaïques [...] ».
Il s’agit moins d’original que d’originel (bien que les deux qualificatifs entretiennent de puissantes connexions de sens, aujourd’hui malheureusement négligées). L’islam est la POSITION correcte, originelle, de la créature envers son Créateur, réveillée périodiquement à nos consciences, enclines à tous les étourdissements suscités par la riche diversité de nos sens ; réveillée, disais-je, par des messages divins, variablement entendus, interprétés et conservés, qui nécessitent, dès lors, de plus ou moins fréquents rappels rectificateurs. C’est la proposition offerte par le Saint Coran. On l’admet et l’on est musulman. On la méconnaît et l’on est non-musulman. Si les premiers ont le devoir de témoigner aux seconds de leur foi, de la défendre en cas d’attaque, ils n’ont aucun droit, ni aucun pouvoir, à la leur imposer. Je crois que nous sommes, au moins tous les deux, d’accord sur ce point.
La problématique humaine est celle de sa relativité. Alors qu’il pressent, reconnaît intuitivement, parfois intellectuellement, le caractère absolu de son origine et de sa fin, il est confronté, en permanence, à ses limites existentielles, qui, de ses perceptions à ses conceptualisations, lui interdisent l’accès total à cette connaissance permanente, totale, non seulement de l’Absolu, mais encore de la moindre réalité qui l’environne : rien ne peut être tout à fait connu et cette borne, tout à la fois aiguillon et clôture du moindre savoir, a quelque chose de précieux : elle garantit la liberté de chacun, nous pousse à nous « entre-connaître », à « rivaliser dans les bonnes œuvres »... Mais il bien facile de l’oublier, surtout lorsque l’on se sent en position de force ; par exemple, au sein d’une majorité d’opinion...
Le risque majeur, toutes positions idéologiques confondues - et cela renvoie dos à dos TOUS les sectarismes, théistes ou athées - tient à cette tendance, constante, à confondre Absolu et absolutisme, Totalité et totalitarisme. On fait de telle ou telle convenance, étayée par l’expérience directe, le raisonnement logique, la tradition institutionnelle, orale ou écrite, formalisée ou non-dite, discutée ou sacrée, une valeur congelée, éternisée, absolue. Il n’est certes pas facile de reconnaître, humblement - c’est à dire : humainement - l’irrémédiable relativité de nos points de vue, fussent-ils des plus élaborés. C’est cette difficulté même qui polarise la modernité occidentale entre progrès et catastrophe, induisant des déséquilibres faustiens de plus en plus périlleux, mortifères à l’échelle planétaire, où sous l’officiel : « Tous les hommes sont égaux en droits » ; s’entend communément : « mais certains le sont plus que d’autres. »
Pourtant, cette difficulté est aussi une facilité. Elle autorise des constructions sociales dans la durée, dépassant ; ou mieux, cherchant à intégrer ; tous les particularismes individuels. Le langage, par exemple, dont le caractère arbitraire ne devrait échapper à personne, et dont personne n’échappe, du moins d’une manière transmissible. « Elle est bonne, cette pomme ? Tiens, goûte ! », peut fort bien se vivre entre sourds-muets... Quelle heure est-il ? Midi, vous indique votre hyper-chronomètre à quartz. En réalité, c’est une fiction, une convention sociale, qui ne correspond, en un lieu donné, qu’à une relative exactitude, astronomiquement parlant, que 4 jours par an. Et nous ne parlerons pas des juteuses écritures financières internationales jouant sur le brutal décalage temporel qui fissure l’océan Pacifique... Bref : l’arbitraire est le lot des sociétés humaines, plus généralement au profit des petits malins que des simples d’esprit...
Est-il plus sage d’appuyer cette relation au monde sur la science - qui n’est pas le scientisme, si fréquemment brandi - ou sur la foi - qui n’est pas le fanatisme, auquel certains voudraient la réduire ? Personnellement, je crois le débat dépassé, DU MOINS PARTOUT OU LES INTERACTIVITÉS CULTURELLES SONT DEVENUES ORGANIQUES et j’illustrerai ma position - relative, encore et toujours - par une image qui me semble évocatrice. Chaque jour, je contemple la course du soleil autour de la plate terre. On m’a appris que, d’un autre point de vue, plus global, la terre est ronde, tourne autour du soleil et que ce constat est vérifiable. Je le crois. Et cependant, je ne cesse de contempler la lente ballade solaire autour des plaines et des monts. Les aubes et les crépuscules, même illusoires, me ravissent toujours autant, règlent mon horloge biologique, la conduite de mon jardin potager, et ce n’est que très rarement, à l’occasion, par exemple, de quelque voyage intercontinental, que m’interpelle la rotondité du plancher des vaches. Je le reconnais sans aucune gêne : dans ma vie, le point de vue dominant, utile, efficace, demeure celui de la platitude terrestre et des cycles solaires au dessus...
J’ai, par ailleurs, le goût de l’Absolu. C’en est presque une maladie, une vraie passion, dévorante, parfois cruelle, comme seules savent l’être les amours exclusives. Après avoir rejeté une morale qui me semblait dénuée de toute métaphysique, et désespéré de vivre pleinement une métaphysique dégagée de toute morale, j’ai convenu, difficilement, un pacte entre cœur et raison, en situant, avec l’islam, la Transcendance en axe moral. La difficulté, c’était, évidemment, d’accepter l’invraisemblable idée, d’un point de vue strictement logique, du caractère absolu du Saint Coran. Mais en me soumettant à cette règle du jeu, arbitraire, dont je n’ai compris que plus tard, au contact d’excellents maîtres, la si simple limite : absolue, certes, l’Ecriture, mais relatives, toujours, ses lectures - j’ai découvert, paradoxalement, de nouveaux espaces de liberté ; exotiques, certes, pour une part ; mais aussi, et c’est beaucoup plus intéressant, internes à mon ancien univers mental. Comment traduire cette découverte ? Vous la rendre intelligible, à vous, musulmane de « souche », comme à Patrick, et à bien d’autres ? J’espérais, j’espère toujours, du forum, de cet Agoravox, quelques pistes en ce sens : la relation entre battre et débattre est peut-être analogue à celle entre couvrir et découvrir... Y parviendrons-nous mieux ensemble ? Merci de bien vouloir prêter attention à cette question, salamou aleyki, et à bientôt, je l’espère.
