Commentaire de Emmanuel
sur Un certain communautarisme aggrave les problèmes de racisme


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Emmanuel (---.---.1.201) 27 octobre 2006 15:03

Je connais tout un tas de français « de souche » qui sont très fier que leurs parents ou grand parents se soient battu pour la France ou qu’ils aient participé à la résistance. Ca façonne une personnalité. Tu t’inscris dans une filiation « glorieuse » et c’est une aide non négligeable dans la construction de ta personnalité.

A contrario si j’étais fils (ou fille) de Harki j’aurais beaucoup de mal à m’investir pour la France sachant que mes parents l’ont fait et se sont fait rouler en beauté (voir à ce titre le témoignage de Leïla, fille de harki, http://oumma.com/spip.php?article2194).

Les soldats de l’époque ne se plaignaient pas du racisme puisqu’ils étaient différents, ils vivaient dans un système colonial où il y avait les Français d’un côté et les Français « musulmans » de l’autre (les Français d’Algérie de confession juive ont obtenu par décret les même droits que les français « normaux »). Plus tard après l’indépendance les parents continuaient à ne pas se plaindre considérant le racisme « normal » et se disant « après tout on n’est pas dans notre pays ». D’ailleurs je connais des gens de cette génération qui pensent encore comme ça.

Le problème de la nouvelle génération, c’est qu’ils ont été à l’école républicaine. Pour ma part j’ai 30 ans et je me rappelle de « touche pas à mon pote » et de comment on nous disait tout le temps qu’il n’y a pas de différence que Mohamed ou Mamadou (pour caricaturer) sont comme nous, etc. C’est d’ailleurs ce que tu disais toi-même dans ton article.

Cependant entre le discours, les lois et la réalité du terrain il y a un delta très important. Je ne vais pas te refaire le couplet sur les boites de nuits, les vexations quotidiennes ou le racisme quotidien (frontal dans les milieux populaires, comme dans les usines, sournois dans les milieux plus intellectuels).

Il ne faut pas non plus mettre tout le monde dans le même sac, je suis d’accord avec toi.

Pour revenir à « indigène » le message de ce film ce n’est pas de dire « les pauvres ont les as engagés de force pour se faire descendre par les nazis ». Le film délivre deux messages important :
-  aux français « de souche » il leur dit : « regardez ces arabes et ces noirs que vous critiquez tant se sont battu avec courage pour la France et ont, eux aussi, versé un lourd tribu humain ». Pour une fois on passe du discours « humanitaire » du genre « on accueil toute la misère du monde » à un discours plus positif « on accueil des gens qui nous ont aidé quand on avait besoin ». Bref il y a un échange. Le but est aussi d’essayer d’éroder la thèse de la cinquième colonne islamique ayant pour objectif de détruire la France (cf. certaines réactions à ton article)
-  aux français issus des anciennes colonies on renvoie enfin une image positive.

Cependant beaucoup de gens ont du mal à voir ça des deux côtés. Certains français pensent qu’on leur demande encore de s’excuser (alors qu’il s’agit seulement de reconnaître l’apport de ces soldats) et certains Algériens pensent qu’il s’agit d’une tentative de réhabiliter la colonisation (suite à la loi votée l’année dernière).

Ensuite tu t’étonnes que les enfants se réclament de l’héritage parental. Tout enfant se construit par rapport à ses parents, à l’histoire familiale (à moins de remettre en doute les théories psychanalytiques et autres). Lorsque qu’un individu estime que ses parents ont été victime d’une injustice il n’est pas rare qu’ils se sentent obligés d’obtenir justice pour pouvoir se construire (cf. l’affaire Seznec, après deux cents ans les petits enfants se battent encore pour obtenir réparation).

Maintenant dire que les personnes qui demandent la reconnaissance du rôle de leur parents s’enferment et ne créent rien me semble très réducteur. D’où tiens-tu cette information ? (parce que sinon on entre dans la conversation de comptoir)


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