Commentaire de Christophe Certain
sur La bombe atomique de l'autoentrepreneur
Voir l'intégralité des commentaires de cet article
Etant moi-même auto-entrepreneur, j’ai quelques réflexions à apporter à ce sujet :
d’une part, ce statut est peut-être une bombe atomique sociale mais ceux qui peuvent travailler avec ce statut ne sont pas à la charge de la société pendant ce temps-là. Si ça ne marche pas ils peuvent toujours arrêter et faire autre chose étant donné que les frais d’inscription sont très faibles. Et quelle est la différence entre chercher des clients et ne pas en trouver avec le statut d’auto-entrepreneur ou arriver en fin de droit au chômage ? Les allocations ne sont pas éternelles. Tant qu’à faire autant chercher des clients si on sait qu’on ne peut pas trouver d’employeur.
Alors c’est vrai c’est tellement mieux d’avoir un emploi salarié dans une entreprise citoyenne qui ne prend pas ses employés pour des esclaves, plutôt que de bosser pour des clopinettes, mais ce n’est pas donné à tout le monde. Si je prends mon exemple personnel, j’ai 43 ans, je suis développeur de sites web depuis 15 ans, et aucune société ne veut de mes services en tant que salarié avec un salaire décent, je n’ai jamais de réponse aux CV que j’ envoie de temps en temps pour voir quand je trouve un poste qui me plairait vraiment, alors qu’il y a 10 ans je n’avais que l’embarras du choix.
Avec le nouveau statut j’arrive tout juste à survivre alors qu’avec l’ancien, j’ai depuis 3 ans creusé mon endettement au lieu de m’enrichir. Aujourd’hui je ne suis pas en concurrence avec des grosses boîtes à qui je vais tondre la laine sur le dos en raison du peu de charges que je paie, je suis en concurrence directe avec des informaticiens marocains ou malgaches qui font la même chose que moi pour le tiers du prix... Expliquez-moi comment je peux faire pour lutter ? Aller vivre au Maroc ? En entreprise ce n’est pas mieux car pour vous donner un ordre d’idées, aujourd’hui on embauche sur Paris des jeunes ingénieurs à 1500€ voire 1200€ par mois dans les grosses boîtes. Je précise bien sur Paris !
Vous aurez du mal à me faire pleurer sur le sort des artisans, notamment dans le bâtiment, qui ont des carnets de commande pleins 2 ans à l’avance ici à Nantes (il est vrai qu’ils doivent souffrir peut-être un peu avec la crise, mais on n’en parlait pas quand l’argent rentrait à plein depuis 10 ans). Quant à leurs employés (j’en connais dans mon proche entourage) ils profitent tous des 35 heures pour arrondir leurs fins de mois en faisant du boulot au noir. Et je ne parle pas de tous ceux qui retapent des appartements au noir depuis des années, au vu et au su de tout le monde, et qui vont même refaire des appartements chez des inspecteurs des impôts, tout en touchant le RMI.
Ce n’est pas de la provocation poujadiste, il se trouve que je connais de près au moins deux personnes qui sont dans ce cas depuis des années et qui survivent eux aussi comme ils peuvent, même si certains dans le lot doivent certainement gagner un peu d’argent à la fin. Combien ça coûte en charges sociales qui ne rentrent nulle part tout ça ? Il faut arrêter l’hypocrisie.
Parmi les gens qui ont mon âge et que je connais, aucun n’ a les moyens de payer un artisan pour faire des travaux chez lui (par exemple mes beaux-parents ont fait refaire leur petite salle de bain par des artisans cela leur à coûté 7000 € pour poser une douche, un peu de carrelage et mettre deux coups de peinture, et on a été obligés de repasser derrière avec ma femme car les finitions étaient mal faites) Ils font donc logiquement appel à des gens qui coûtent moins cher. Ah c’est vrai ce n’est pas bien d’embaucher des gens au noir, mais comment faire autrement ?
Nous sommes dans une vaste spirale déflationniste qui ne dit pas son nom. Et c’est pour cela que ce nouveau statut devenait indispensable pour prolonger un peu le système avant que des millions de travailleurs n’aient plus de travail du tout. Le long terme est sacrifié pour sauver le court terme, jusqu’à ce que tout explose. A chaque tour de spirale notre niveau de vie descend d’un cran, comme cela s’est passé aux Etats-Unis, jusqu’à la faillite totale du système, car personne pour l’instant n’a envisagé de moyen de sortir de cette spirale infernale. Il n’est plus temps de savoir si le statut d’auto-entrepreneur est bon ou pas, il est la seule bouée de sauvetage pour beaucoup de gens avant le RMI. C’est le système dans son ensemble qui est sur le point de sombrer. Et ceux qui ne s’en aperçoivent pas doivent être encore un peu trop haut dans la sphère sociale pour voir à quoi ressemble la clochardisation des couches les plus basses du pays.
