Commentaire de Pierre JC Allard
sur La dérive des dérivés...
Voir l'intégralité des commentaires de cet article
@oeil-de-lynx
À votre demande, me voici pour saluer la salle. Je réponds à quelques questions et commentaires
@fhefhe
« Combien représente l’Economie « Immatérielle » par rapport à l’Economie Réelle ? ou plutôt L ’Economie Utile à l’Economie Inutile... ??? » Pierre JC Allard a déjà donné une idée du rapport. Je précise avec quelques chiffres.
Chaque jour, il s’échange sur notre planète environ 2,3 trillion $US en flux monétaires, pratiquement la totalité par voie électronique. Ces transactions visent divers objectifs ; en premier lieu, des ventes et achats de monnaies pour couvrir des échanges commerciaux, mais surtout pour spéculer sur d’autres monnaies, spéculer à l’aide de dérivés financiers, ou pour « hedger » des investissements divers face aux fluctuations de monnaie.
Or, dans une année, la totalité des échanges commerciaux réels s’élève à environ 2,3 trillion $US. C’est dire que – chaque jour ! – il se transige en flux monétaires l’équivalent de toutes les transactions commerciales d’une année. Le rapport entre économie matérielle et immatérielle est donc de l’ordre de 365 pour 1.
2. La valeur notionnelle de tous les dérivés financiers contractés sur la planète s’élève à environ 600 trillions $US, selon les comptes de la Banque des Règlements Internationaux. Certes, il y a nombre de double et triple calculs dans ce total, mais cette valeur notionnelle donne quand même un ordre de grandeur raisonnable de l’économie virtuelle.
Or, le Produit Intérieur Brut (ou PIB) de tous les pays du monde s’élève à environ 60 trillion $US, en étant fort généreux (c’est plus de l’ordre de 55 trillions $US). Donc, le virtuel, avec les montagnes de dettes potentielles qu’il véhicule, représente 10 fois l’économie réelle.
Des gens nient que cette valeur notionnelle représente une quelconque réalité, en disant qu’elle représente seulement une valeur de référence. C’est vrai en partie, mais pour une petite partie seulement. Ce notionnel est le montant sur la base duquel on calcule un échange de flux financiers futurs.
Par exemple, banque A consent de payer à banque B, pour une période de 6 mois, 2 ans ou 5 ans, un montant qui équivaut à l’écart négatif qui prévaudra à n’importe quel moment entre un taux d’intérêt fixé d’avance et le taux LIBOR. Dès que l’écart s’avère positif, c’est banque B qui devra à banque A. Le taux d’intérêt convenu s’applique à un notionnel de base qu’on fixe plus ou moins arbitrairement à 100 M$ ou 500 M$ ou 2 milliards$, selon les sommes approximatives qu’on veut échanger.
Donc l’échange entre les deux joueurs représente une dette dans un sens ou dans l’autre qui, à terme, pourra se solder par une sortie d’argent bien moindre que 100 M$ ou 500 M$ pour l’un ou l’autre joueur – mais cette sortie pourra également être bien supérieure ! Tout dépend de ce qui se passera dans le casino international des taux d’intérêt.
Ce genre de calcul ne vaut que pour les dérivés les plus simples qu’on appelle les plain vanilla swaps. Dans des catégories plus sophistiquées de dérivés de crédit (CDO, CDS, alouette…), le notionnel peut rapidement devenir une somme due très réelle.
Yan Barcelo
