Commentaire de Pierre JC Allard
sur La dérive des dérivés...


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Pierre JC Allard Pierre JC Allard 16 septembre 2009 02:17

@Zélectron

« « Les acteurs économiques réels se font plumer constamment par les opérateurs du casino. » Et si ce n’était pas que par les casinos ? Du genre :
- vendre ses tomates à 0.191€ le kilo pour être revendu à 2.80€ à l’hyper du coin
- le lait acheté à 0.179€ !!! etc...etc...

 

 C’est juste. Une arnaque est une arnaque est une arnaque. Mais on met rarement une économie entière en faillite en facturant un prix surélevé pour des tomates. Avec les dérivés et toutes les classes « d’actifs » financiers dont ils dérivent, on peut rapidement perdre le nord et se retrouver au fond d’un gouffre – comme c’est le cas actuellement.

 

@Internaute

Vous avez tout-à-fait raison de dénoncer les agences de notation et la déréglementation abusive. La situation des agences de notation mérite un chapitre en soi. Voici quelques indications. Aux Etats-Unis, on a laissé trois agences acquérir un monopole total (Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch Ratings ; je les appelle les 2,5 maîtres du monde, car S&P et Moody’s accaparent 80% du marché de la notation de crédit). Surtout, on a laissé ces agences imposer un modèle de rémunération tout simplement aberrant, qui s’est mis en place dans les années 1980 : ce sont les émetteurs de dette qui payent pour les services de ces agences ! Auparavant, c’était les acheteurs de dette, ce qui est plus sensé. Mais ce modèle n’était guère rentable et les agences vivotaient à la petite semaine. Avec leur changement de modèle contemporain de la croissance fulgurante des dérivés financiers, elles sont devenues multimilliardaires.

Or, quel joli pétrin propice aux conflits d’intérêt de toutes sortes. Et les conflits ont éclaté au grand jour, déjà avec Enron, encore plus avec les CDO des hypothèques à risque. Évidemment, les banques portent un blâme immense de compter sur les notations de ces agences plutôt que de mener leurs propres enquêtes – ce qu’elles font souvent, d’ailleurs. Mais dans les comités de décision, la pression pour aller vite et engranger les profits était tout simplement déterminante. Il faut dire aussi les les agences, en temps normal font un travail très sérieux et fouillé qui dépasse largement les moyens d’enquête d’une banque, aussi imposante soit-elle. Mais les deux défauts de base notés plus haut ouvraient la porte à toutes les dérives… et elles ont eu lieu.

Je suis tout-à-fait d’accord quand vous relevez la déréglementation qui a eu lieu sous Clinton. Mais le pire s’est produit sous Bush, tout particulièrement avec le Financial Commodity Modernizing Act de 2000. La façon dont les élus et les fonctionnaires ont succombé au chant de sirène des ténors du « libre marché » et de son « auto-régulation » marque, au mieux, une perte abyssale de sens commun et d’intelligence, au pire, une corruption crasse des principaux responsables. Or, quand la banque britannique Northern Rock a déclaré faillite en 2007 et que le gouvernement de ce pays – le plus ardent défenseur de cette idéologie perverse du libre marché – a accouru avec les deniers publics, le mensonge hideux et grimaçant de cette idéologie a surgi dans toute sa grimaçante contrefaçon. Tout l’échafaudage des contorsions financières imaginées par les banques reposaient implicitement sur l’attente que, en cas de crise, le gouvernement n’aurait d’autre choix que d’envoyer la cavalerie. Et il l’a fait. L’oligarchie n’a eu qu’à claquer des doigts, et les deniers publics ont coulé à flot.

Vous mentionnez le virtualité des trackers et autres instruments du genre. Dieu du ciel ! si la fumisterie de la finance virtuelle pouvait se limiter à ce genre d’instruments. Il y en a tant et tant et tant d’autres, plus pernicieux les uns que les autres.

 

 

@PYL

« C’est comme si en revenant au troc, vous donnez à quelqu’un le dessin d’un bison en lui demandant 2500 poules... »


L’image est délicieuse, comique et malheureusement très indiquée.


 Yan Barcelo

 


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