Commentaire de Pnyx - Daniel
sur Le piège des scandales
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Les grandes manoeuvres de la remise au pas de la libre expression sur
le net ont-t’elles commencé ? L’évènement déclencheur en a sans été le
formidable buzz qu’a provoqué la publication de la video du ’dérapage’
raciste de Brice Hortefeux.
Pour l’anecdote, le plus extraordinaire c’est que le 9 septembre, soit
deux jours avant, le Ministre de l’Intérieur déclarait lors d’un
déplacement à Sartrouville, pour parler de la vidéoprotection :
« Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez pas à avoir peur d’être filmé ! ».
Le 12 septembre la video est lancée sur le net et le lendemain à 16h,
700 000 internautes l’avaient déjà visionnée sur dailymotion, et plus
de 1 200 000 un mois plus tard.
Les réactions politiques seront très nombreuses, mais nous allons nous
concentrer sur celles qui très vite introduisent un habile
’détournement’, que Pierre Haski, cofondateur de Rue89 résume très bien
:
"On croit rêver : un des principaux ministres de la République fait une
plaisanterie raciste sous les regards d’une caméra de télévision, et le
problème, ce serait… Internet ! Dans la déferlante des commentaires qui
entoure l’« affaire Hortefeux » depuis deux jours, il n’y a rien de
plus stupéfiant, de plus consternant à mon sens, que ces brillantes
analyses qui ne voient qu’un seul coupable : le Web. (…)
Internet n’est dans cette affaire que le messager. C’est le message qui
est en cause. En l’occurence le dérapage de Brice Hortefeux et sa
capacité à occuper une fonction qui semble peu compatible avec l’humour
raciste. Tout le reste n’est qu’un nuage de fumée pour détourner
l’attention."
Mais est-ce seulement pour « détourner l’attention », ou au contraire
profiter de ce déchainement du web pour poser les jalons d’une mise au
pas de ce monde de liberté ?
Voici quelques extraits des propos qui vont dans ce sens :
François Fillon, Premier Ministre au JT de TF1. « Il est victime d’une campagne de dénigrement assez scandaleuse ».
Patrick Devedjian, ministre de la Relance : "Les hommes politiques sont
devenus des cibles, la frontière entre vie publique et la vie privée
s’efface de plus en plus« et »l’on cherche à isoler leurs propos,
trouver les moyens de les accuser. …/... "On peut de moins en moins se
permettre de faire des blagues ou des plaisanteries dans la société
fournie de commissaires politiques abondants que nous connaissons de
plus en plus".
Luc Chatel, porte-parole du gouvernement : "Cet exemple m’alerte, doit
nous interpeller tous sur la capacité qu’il y a, tout d’un coup, à
monter en épingle des bribes de séquences sur internet sorties de leur
contexte« . »c’est arrivé à plusieurs reprises".
Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale :
"Je crains que si on met sur un pied d’égalité des images comme
celles-ci, dont je persiste à dire qu’elles sont sorties de leur
contexte, avec d’authentiques reportages, il y a un vrai risque de
discrédit pour votre profession".
Par ailleurs, Jean-François Copé invite à la définition d’une
réglementation plus stricte des échanges et des contenus diffusés sur
le réseau. Il cite notamment le droit à l’oubli, le droit à l’intimité,
la propriété intellectuelle ou la protection des enfants.
C’est encore Jean-François Copé qui sur A2 déclare "qu’il faudra un
jour ou l’autre que l’on assume un débat public sur la question
Internet et la liberté« …/... »Cet immense espace qu’est Internet, dans
lequel on peut diffuser n’importe quelle image, la tronquer dans tous
les sens..."
C’est toujours Jean-François Copé qui dénoncera plus tard "des
campagnes dans les médias qui sont d’une violence absolument inouïe."
Henri Guaino, conseiller spécial de l’Elysée dira de son côté : "La
transparence absolue, c’est le début du totalitarisme« . »Il n’y a plus
d’intimité, il n’y a plus de discrétion"
Dans un article sur Slate, Nicolas Vanbremeersch pose l’enjeu :
"Quant au rapport entre médias et politiques, c’est plus sur les suites
de cette affaire, dans les jours qui viennent, que l’on saura qui
domine l’autre. Le politique, qui impose sa négation, ou les
journalistes, qui veulent faire respecter la vérité. Si le bras de fer
ne s’engage pas, on saura une chose : le politique aura, encore, marqué
un point."
L’a t-il marqué ? Par le portefeuille ? Cette prise de participation
dans Dailymotion et un siège au conseil engagent-elles ces grandes
manoeuvres ?
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Sur ce sujet, voir le sondage publié par Pnyx :
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La question mérite d’être posée !
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