Commentaire de Moristovari
sur Le paradoxe de la révolution
Voir l'intégralité des commentaires de cet article
Tout comme le chômage est une composante nécessaire du capitalisme, la contestation est une composante nécessaire de la démocratie. L’intéressant n’est pas dans l’existence de ces phénomènes mais dans leur relation, notamment via les facteurs d’inhibition qui les régulent. A ce titre l’histoire est sans doute plus claire que le présent. Souvenons-nous de tout ce que les juifs ont connus d’humiliations et d’horreurs, en temps de paix, avec résignation - bref la capacité d’adaptation, d’oubli, de résistance immobile, de l’être humain - et à quel point nous sommes encore loin d’un tel contexte pourtant encore impropre à la révolte. Un poème de René Cousinier, dit la branlette, est en ceci fort symbolique.
Dans le ghetto de VarsovieMarchait sans but Samuel LEVYCalotte noire, vêtements usésA petits pas désabusésIl sifflotait d’un air joyeuxChantant la gloire des HébreuxDans le ghetto de VarsovieMarchait sans but Samuel LEVYUn air allemand lui vint en têteEt il pensa, quel trouble-fête !Que les allemands, gentils nazisDepuis un mois, étaient iciDans le ghetto de VarsovieMarchait pensif Samuel LEVYIntellectuel il fut maçonEt sans chercher d’autres raisonsIl construisit avec ses frèresCe mur qui devint leur lisièreDans le ghetto de VarsovieMarchait fourbu Samuel LEVYRudes hivers aux froides nuitsFamine, typhus, épidémiesSalaire unique : pain quotidienGentils cadeaux des purs AryensDans le ghetto de VarsovieMarchait transi Samuel LEVYIl passent muets, livides et pâlesCortège puant et en haillonsD’un pas boiteux, lent et fatalTout est fini : déportationDans le ghetto de VarsoviePleurait sans bruit Samuel LEVYIls sont restés longtemps ainsiHébétés, apeurés et transisMais un matin couleur de suifIls ont criés « courage, Juifs ! »Dans le ghetto de VarsovieSe battait Samuel LEVYTous ils sont morts dans la batailleEt rien ne reste du ghetto que quelques pierresDernier véto barricadé dans la murailleDans le ghetto de VarsovieVivra toujours Samuel LEVY !
