Commentaire de Walid Haïdar
sur Cinq orientations pour refonder la gauche
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Moi aussi je suis libéral (au sens politique et des moeurs, et même au sens économique du terme), et de gauche, mais surtout républicain.
Mais je suis en total désaccord avec votre article (sauf sur l’introduction), et presque entièrement d’accord avec jaja et son poing levé.
Voici pourquoi :
Introduction :
Oui, il est malheureux de laisser à la droite le terme de libéralisme, car elle ne sait que le dévoyer. La liberté est la notion progressiste ultime. Reste à savoir comment la promouvoir authentiquement. La droite n’a pas le bagage intellectuel adéquat pour ça. Le problème... c’est que la gauche ne l’a pas tout à fait non plus.
C’est le peuple qui l’a, et lui seul... mais en puissance seulement. Ne tombez pas trop vite dans la caricature en m’assimilant dès lors à un « extrêmiste de gauche », terme pratique pour exclure du domaine de raisonnable se qui ne résonne pas juste aux oreilles policées.
Premier paragraphe : la concurrence. Tout à fait, la concurrence, est saine, dans presque tous les domaines. Mais c’est surtout le contexte des rapports de force qui détermine si oui ou non une institution, ou une entreprise, ne va pas abuser de sa position. Tout est affaire de contrôle démocratique. La concurrence est un des outils qui permettent de garantir l’efficacité et le respect des clients, mais ce n’est absolument pas le seul, et il n’est pas suffisant (sinon l’ultra libéralisme serait fondé).
Sur ce plan économique encore, il est notoire que vous poussez exclusivement dans le sens social-libéral classique. Mais que faut-il penser à gauche, du fait établit selon lequel la santé aujourd’hui, via les industries pharmaceutiques, est fortement inclinée non pas à améliorer la santé des gens, mais à faire des profits ? Quel est votre niveau de connaissance de la corruption organisée des industries pharmaceutiques sur nos dirigeants et sur notre recherche ? Le fait est que les faits plaident pour une remise en question de la privatisation de l’industrie pharmaceutique, de sa vocation à faire du profit. Car quelle institution cherchant à faire du profit financerait la recherche sur des traitements qui ne coûtent rien ? aucune. La concurrence me direz-vous ? L’entente et la mécanique de l’establishment vous répondrai-je. Renseignez-vous donc sur ce qu’il en est du Sida, des maladies auto-immunes, des cancers... et demandez-vous si tout ceci n’est pas exploité par une industrie avide.
La gauche a aussi fortement besoin de remettre radicalement en question l’establishment capitaliste. Et elle ne le fait pas. Or cet establishment est tout sauf libéral. Il est cupide, avide de pouvoir, dominateur, et destructeur.
Paragraphe 2 : la burqa. La burqa est une imbécilité sans pareil, souvent un outil de domination, parfois un choix, fondé sur de mauvaises raisons, et pas mal d’ignorance et de peur. Mais l’interdiction de la burqa est à peu près aussi idiote que la burqa. En tant que libéral, je considère que l’état n’a pas à se mêler de cette question en particulier, ni d’aucun problème vestimentaire. En tant que Républicain, j’estime que c’est à la République de faire son devoir sur le plan de l’éducation, du respect des droits des femmes, et du respect de la personne humaine tout court. Que quelques excentriques portent un voile intégral, ce n’est pas l’affaire de la république, qui ne doit pas se mêler de l’accoutrement des gens. J’ai été choqué par le débat sur le voile en 2003. On était sensés faire un débat national sur l’éducation, et on a parlé que de voile. C’est une honte. Comme si le voile était plus ostentatoire que les tenues débridées, plus ostentatoire que le poisson qu’on mange systématiquement le vendredi à la cantine, que les spots publicitaires ambulants que son devenus les élèves... La marchandisation de nos enfants n’a rien de laïque non plus, et l’interdiction du voile à l’école, c’est simplement la méthode la plus abrutie qui soit : celle de l’exclusion. La responsabilité de l’école, c’est justement d’ouvrir les esprit, et d’accepter les différences, parce que la république et l’esprit rationnel n’a pas peur des traditions, il n’a pas peur du dialogue car i sait que la vérité argumentée, documentée, instruite, l’emporte. La meilleur façon de libérer les enfants du voile, ce n’est certainement pas de leur fermer les portes de l’école de la république. C’est d’avoir confiance dans nos valeurs laïques, de les défendre et de les professer : par le savoir, et non pas la manifestation criante de la peur de l’autre : son exclusion.
La réhabilitation des valeurs républicaines passe par l’affirmation soutenue de ses principes à travers les institutions au premier rang desquelles se trouve l’école, et SUR LE COMBAT CONTRE LA MARCHANDISATION DE LA VIE, DES IDÉES, DES ESPRITS, DE L’ESPOIR, DE LA CULTURE, DE LA SOCIÉTÉ TOUTE ENTIÈRE !
On fait du commerce avec tout un tas de choses, c’est très bien, mais les enfants doivent avoir accès aux valeurs républicaines, et pour cela, ils ne doivent plus être à la merci de la bouillie clinquante dont le capitalisme contemporain inonde leurs petites caboches !
Paragraphe 3 : Rompre avec la dérve du pédagogisme. Je vous y trouve bien manichéen. L’adaptation des programmes à la médiocrité du paf et des guirlandes omniprésentes, certes non. Mais comment élever le niveau si les pauvres n’ont personne pour les aider chez eux pendant que les riches ont des cours particuliers subventionnés par l’état (50% des dépenses à domicile exonérées d’impôts) ? mmm ? comment ? Comment, quand les pauvres sont de plus en plus à la merci de la chianli publicitaire pendant que les riches lisent et utilisent des RTT pour en faire profiter leurs gamins ? Comment élever le niveau sans que la république combatte ouvertement les dérives de la société marchande et son idéologie débilitante ? (cf mon paragraphe au dessus)
Paragraphe 4 : lutter contre le stress au travail. Parfaitement. en abolissant la hiérarchie. Ca c’est libéral, et de gauche. En faisant la promotion de la collaboration plutôt que de la subordination. En encourageant l’initiative. Il existe des techniques de managment dites « agiles » qui sont révolutionnaires à cet égard, et qui ne sonnent pas creux comme le terme usel de « collaborateur », utilisé à tord pour désigner les subordonnés ou les décideurs. Voilà une idée force pour la gauche : détruire les pyramide et comprendre la supériorité des réseaux, en faire la promotion.
Mais ça c’est révolutionnaire, et votre gauche n’en veut pas. Elle pense que ce n’est pas raisonnable. Ce qui est raisonnable, c’est de continuer d’accompagner un capitalisme qui fonce dans le mur. De l’accompagner avec des réformes bidon qui font avancer ’un pas de tortue dans la bonne direction (dans les meilleurs cas), pendant que la fusée capitaliste détruit toujours autant sur son passage. La première secousse de la crise est « passée ». Le deuxième round ne sera pas aussi « tendre », et il arrive sous peu.
Mais tant que tout ne sera pas détruit, on trouvera des gentils pour railler la critique radicale d’une société faussement démocratique, faussement libérale, faussement juste, et surtout faussement raisonnable.
