Cinq orientations pour refonder la gauche - AgoraVox le média citoyen
mercredi 20 janvier 2010 - par Daniel Arnaud

Cinq orientations pour refonder la gauche

A deux mois des Régionales, et à deux ans de la prochaine Présidentielle, quel cap pour la gauche ? Et s’il s’agissait d’assumer enfin la social-démocratie ? Courtes réflexions pour un long débat, à discuter, à compléter... et à contredire.

Réhabiliter le libéralisme

Le libéralisme est trop souvent réduit au néolibéralisme. Ce dernier, qui renvoie également à l’ultralibéralisme économique, est une doctrine qui prône la dérégulation au profit de la prédominance du marché. Il repose sur la fiction selon laquelle le "laisser faire, laisser passer" aboutirait à son propre équilibre ; alors que, sans contrôle par la loi, il consacre inévitablement la "loi du plus fort" et génère toutes sortes d’abus. Le libéralisme, en revanche, est avant tout une doctrine politique héritée des Lumières, et à laquelle on doit la plupart des conquêtes démocratiques. Il vise effectivement l’émancipation de l’individu. On lui doit la séparation des pouvoirs, le suffrage universel, ou encore les droits de l’homme. C’est une profonde erreur de confondre les deux termes, et de les abandonner à la droite. Cette confusion appauvrit le débat, alors que la gauche devrait se montrer capable de dénoncer le creusement des inégalités sociales sans pour autant renier les acquis libéraux.

En finir avec la diabolisation de la concurrence

Que n’a-t-on stigmatisé la "concurrence libre et non faussée", en particulier au moment du référendum sur le projet de Constitution pour l’Europe en 2005 ! En réalité, à moins de vouloir le retour à une expérience collectiviste, elle va de paire avec l’adhésion à l’économie de marché, qu’il s’agit seulement de réguler. Dans certains secteurs d’activité, la concurrence peut d’ailleurs servir le bien commun. Juste deux exemples insulaires. Pendant des années, la SNCM a eu le monopole sur le transport maritime entre la Corse et le continent. Le coût de la traversée, assez élevé, se voyait en partie justifié par la présence d’agents d’accueil... dont l’utilité demeurait obscure, et dont l’amabilité laissait parfois à désirer. Depuis l’arrivée de la Corsica ferries, le prix d’un Ajaccio-Toulon se révèle autrement plus accessible, et la baisse des tarifs profite d’abord aux plus modestes. Il est en train de se passer la même chose pour le transport aérien : avec l’apparition de la concurrence et des compagnies à bas prix sur le marché, Air France doit également réviser le montant de ses vols. Il était temps ! Un Ajaccio-Paris pouvait revenir à 200 euros, quand un Paris-Rome en low-cost se négociait autour de 40 euros. Cherchez l’erreur... Le progrès, au vingt-et-unième siècle, ne consiste pas à s’enfermer dans une dichotomie opposant aveuglément le secteur public au secteur privé. Quelque soit le service, il s’agirait plutôt de déterminer un cahier des charges à respecter (sur la base du contrat), dans le respect du salarié, de l’usager et du consommateur.

Renouer avec la défense de la laïcité

La gauche, au nom de l’antiracisme, s’est longtemps fourvoyée sur la question du voile islamique, au point de se renier elle-même. Certains responsables du Parti socialiste sont en train de reproduire la même erreur au sujet de la burqa. En effet, la liberté de conscience et la loi de 1905 figurent au nombre des plus remarquables conquêtes des libéraux et des progressistes. Or, qu’il s’agisse du voile islamique ou de la burqa, il existe un risque réel de les voir mises en cause. Même lorsque les filles ou les femmes qui les portent prétendent le faire en vertu d’un "libre choix", rien ne garantit que les conditions de ce dernier soient réunies. L’oppression de l’individu par la communauté n’est souvent pas bien loin. La laïcité, au contraire, permet à chacun de se construire et de développer une identité personnelle. Elle rejette les pressions éventuellement exercée par l’entourage ou le milieu social, et vise l’émancipation individuelle. L’interdit vestimentaire à caractère religieux, à plus forte raison lorsqu’il se traduit par la dissimulation du visage dans l’espace public, contredit un tel projet. Aussi la burqa doit-elle être proscrite.

Rompre avec les dérives du pédagogisme

Depuis une trentaine d’années, l’idéologie qui tourne autour des thèmes de "l’élève au centre du système" et de "l’élève doit construire lui-même ses savoirs", sous prétexte de "s’adapter" à lui, a contribué à l’accroissement des inégalités scolaires. La trop fameuse fracture sociale se double d’une fracture culturelle qu’il serait temps de prendre en compte. L’élève issu d’un milieu modeste, et qui entre au collège avec un vocabulaire réduit à 300 mots, ne progresse plus si les cours qui lui sont donnés tournent autour de ces 300 mots, au motif qu’il serait "trop difficile" d’élever le niveau d’exigences, et de lui en apprendre d’autres. L’élève issu d’un milieu privilégié (dans lequel on utilise couramment 3000 mots), en revanche, a toutes les chances d’accéder aux meilleures places avec ou sans l’école. Pour rétablir l’égalité des chances, l’école doit à cet égard cesser d’être un lieu d’animation sociale dans lequel on offre du divertissement plus ou moins appauvri, en fonction du public rencontré. Elle doit redevenir un lieu de transmission des savoirs, avec les mêmes exigences pour tous. Ce qui suppose que le professeur doit pouvoir mettre de mauvaises notes (sans être stigmatisé comme "trop sévère") pour mieux indiquer à l’élève ce qu’il doit faire pour en avoir de meilleures, et qui ne soient point usurpées.

Lutter contre le stress au travail

L’affaire des suicides chez France Télécom est venue rappeler que le fait d’avoir un emploi ne suffit pas : encore faut-il s’interroger sur les conditions dans lesquelles il est exercé. On peut être mal au travail ; jusqu’à en mourir. A partir de ce constat, l’erreur qui pourrait être commise à gauche serait, selon une grille de lecture néo-marxisante, de mettre tout abus exclusivement sur le compte du capital, de la lutte des classes ou de la course au profit. Bien d’autres facteurs entrent pourtant en jeu (enjeux de pouvoir, rejet de l’altérité, etc.), et les processus de harcèlement moral au travail frappent tout autant des secteurs préservés de l’obsession des bénéfices ou de la cupidité des actionnaires. On détruit aussi des salariés dans le service public, et avec des méthodes parfois plus violentes qu’ailleurs, précisément parce que le fonctionnaire bénéficie de la sécurité de l’emploi et qu’il est plus difficile à écarter. L’émancipation du travailleur, qui est constitutive de l’identité de la gauche, est passée aux XIXe et XXe siècles par l’élaboration d’un Code du travail et par l’obtention d’acquis sociaux. Ils doivent être préservés, mais cela ne suffit plus. Le harcèlement moral au travail, dont il n’est pas toujours possible de prouver la réalité, permet précisément à l’exploiteur contemporain de contourner le droit. Penser le XXIe siècle avec une grille de lecture obsolète reviendrait à se condamner à apporter des réponses inappropriées aux problématiques de l’avenir. Avec la tertiarisation des sociétés occidentales, la lutte contre l’aliénation de l’individu nécessite une réflexion sur des phénomènes nouveaux et complexes, qui ne concernent plus seulement le mineur ou le carriste. Etienne Lantier serait peut-être aujourd’hui infirmier, professeur, voire cadre supérieur. Le chantier est vaste...

Daniel Arnaud

Retrouvez cet article dans son contexte original sur http://generation69.blogs.nouvelobs.com/

 

 



20 réactions


  • jako jako 20 janvier 2010 10:12

    Flute !, trompé par le titre et lu trop vite, en y revenant je regrette mon plus.
    Avant de s’occuper du problème supposé d’oppression de la femme avec la b.urka
    (concerne quelques personnes) s’occuper déja des milliers (millions ?) de femmes maltraitées en france dans leurs belles et douces famille, ensuite une fois le c.. propre on verra.
    Plus votre paragraphe sur la « concurence libre et non faussée » je trouve que partant sur des bases sociales différentes elle est très très faussée aujourd’hui non ?


    • Daniel Arnaud Daniel Arnaud 20 janvier 2010 18:37

      Mais réfléchir sur la burqa n’empêche pas de parler des femmes maltraitées, non ?

      Avec les « bases sociales différentes », ce n’est pas la « concurrence libre et non faussée » que vous abordez, mais le problème de l’égalité des chances. Or, la démagogie pédagogiste qui sévit depuis 30 ans n’a fait que la réduire en amplifiant le phénomène des ghettos scolaires. Parce qu’en renonçant à donner une instruction exigeante aux plus modestes sous prétexte de « s’adapter à leur niveau », on n’a fait que les priver des moyens de prendre l’ascenseur social.... L’école ne fait que reproduire les inégalités, et de moins en moins de profs votent à gauche. Il serait peut-être temps de se demander pourquoi...


    • jako jako 21 janvier 2010 08:08

      Merci Daniel de votre réponse, 100% d’accord avec vous sur l’éducation


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 20 janvier 2010 10:21

    Et s’il s’agissait d’assumer enfin la social-démocratie  ?
    [ & de ]
    Réhabiliter le libéralisme

    Pourquoi ne pas opter franchement pour un Capitalisme anthropocentrique et philanthropique ?
    Pour un Nouvel Ordre Économique Français Équitable !


  • LE CHAT LE CHAT 20 janvier 2010 10:28

    la Corse est toujours très chère , je paie plus cher en transport un camion complet pour Porto vecchio que pour Londres au départ de Marseille !!!!

    tu peux rajouter la moralisation de la classe politique , en Paca les gens dit de gôche n’ont rien à envier à la droite en matière de corruption , de pratiques mafieuses .....


    • LE CHAT LE CHAT 20 janvier 2010 15:12

      enfin une bonne nouvelle dans le cadre de cette affaire


      le jugement ce jour ! ça fait du bien ! smiley

      Le président socialiste d’une intercommunalité des Bouches-du-Rhône, Bernard Granié, a été condamné aujourd’hui à 1 an de prison ferme et 5 ans d’inéligibilité par le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence, pour corruption dans le cadre d’un marché public.

      Le tribunal a interdit également au président du Syndicat d’agglomération nouvelle (SAN) Ouest Provence d’exercer toute fonction publique pendant 5 ans, avec exécution provisoire du jugement, et l’a condamné à 100.000 euros d’amende. Cinq ans de prison ferme et d’inégibilité avaient été requis en novembre à l’encontre de Bernard Granié.

      Le président du SAN, qui regroupe six communes autour de l’étang de Berre, dont Fos-sur-Mer, était accusé d’avoir perçu 300.000 euros en liquide de la société Provence Recyclage entre 2003 et 2006, en échange d’informations sur un marché de collecte des déchets attribué par la collectivité.

      L’ancien maire de Fos-sur-Mer, 62 ans, nie les faits qui lui sont reprochés. Selon l’accusation, il n’avait effectué aucun retrait en espèces sur ses comptes bancaires entre décembre 2003 et janvier 2007. L’un de ses avocats, Me Michel Pezet, a indiqué qu’il ferait appel du jugement, sans préciser dans l’immédiat si l’élu allait démissionner.


    • alberto alberto 20 janvier 2010 16:25

      Bien vu, Le Chat : d’ailleurs, on parle du monsieur (et de quelques autres du même calibre) ce jour dans le Canard qui demande si les scandales à répétitions concernant les traitements des déchets entre les différents département de la « côte » ne vont pas lui valoir le surnom de « Côte d’Ordures » !

      P.S. J’oubliais, l’article est assez nul...

      Bien à toi.


    • LE CHAT LE CHAT 21 janvier 2010 09:35

      salut alberto ,
      si tu as lu le bouquin Gomora , il s’agit des même pratiques mafieuses que chez les napolitains . Il y a un scandale à Marseille avec Guerini aussi .....


  • joelim joelim 20 janvier 2010 10:45

    Vous avez raison pour la définition du libéralisme au sens général. Mais on parle très souvent de libéralisme avec un contexte implicite, l’économie, or le libéralisme économique prône, lui, que l’intervention de l’Etat doit être aussi limitée que possible. Et c’est justement le problème économique actuel le plus préjudiciable à l’intérêt commun ! L’ambiguïté est réelle, il faut évidemment du libéralisme mais avec des garde-fous.

    Cette seule voie pragmatique du juste milieu est difficile à expliquer succinctement, et d’ailleurs peu de politiques sont convaincants à ce sujet (autant qu’à d’autres...).


  • Mathieu 20 janvier 2010 13:12

    J’adhère parfaitement à cet article.


    Le problème aujourd’hui, c’est que rien de ce qu’il contient n’est classé « à gauche ». Vouloir tout ça et vouloir que ce soit la gauche, c’est complètement impossible aujourd’hui en France.

    Et moi j’en ai pris acte, et tiré les conclusions qui s’imposent.

  • Yena-Marre Yena-Marre 20 janvier 2010 14:08

    Bonjour,
    Pas forcément d’accord avec votre article concernant le libéralisme, ça sent un peu trop le DSK pour moi.
    Le titre pose question : pourquoi refonder alors qu’il faudrait surtout rassembler.


  • saint_sebastien saint_sebastien 20 janvier 2010 16:19

    article ridicule ... la gauche est ce qu’elle est car elle n’a plus aucun sens , puisque c’est la même chose que la droite ...

    la gauche est libérale , Jospin a privatisé notre économie.
    Quand je dit la gauche , je parle du socialisme , qui par opposition au libéralisme et au communisme , est plutôt nationaliste ... pas pour rien qu’hitler a usurpé ce terme.

    Le socialisme est difficilement compatible avec l’Europe puisque qu’elle est libérale et mondialiste.
    Votre remède est donc de dire que la gauche doit être encore plus comme la droite si elle veut gagner les élections ... ? 
    Dans ce cas , c’est vouloir faire croire aux gens qui votent qu’ils ont le choix entre plusieurs sociétés , ce qui est aujourd’hui faux.

    La seule chose qui peut faire gagner la gauche , c’est l’usure du pouvoir , mais elle n’est pas aujourd’hui une alternative à la droite , fondamentalement ...

    Le parti socialiste français doit disparaître , ceux de droite iront à droite , les vrais socialistes formeront un nouveau parti avec un véritable projet de gauche. C’est la seule issue à tout ce cirque , et le bidouillage ne fera que ralentir cette issue inévitable ...

  • Daniel Arnaud Daniel Arnaud 20 janvier 2010 18:23

    @ Mathieu


    Justement, ces éléments ne doivent pas forcément se trouver à droite. Sur le libéralisme par exemple, Bertrand Delanoë avait raison de se déclarer « libéral ET socialiste » ; et il expliquait très bien pourquoi. Evidemment, les plus sectaires l’ont disqualifié, sans prêter attention au contenu de l’interview dans laquelle il expliquait sa position (dans le Nouvel Observateur). Il montrait notamment très bien comment la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy (dont l’une des traductions est le non respect de la présomption d’innocence) était illibérale, puisqu’historiquement on doit aux libéraux les garanties d’un procès équitable et la lutte contre l’arbitraire...


    @ Saint_Sébastien

    Votre propos illustre bien la posture caricaturale des plus sectaires susdits : il n’y aurait que la gauche antilibérale et la droite libérale. Bref, choisis ton camp, camarade ! A force de voir les choses en noir et blanc, on finit malheureusement souvent en nuit et brouillard...

    Pour ma part, je n’assimile pas (ou plus) le gouvernement Jospin de 1997 à 2002 à l’adversaire. Entre les 35 heures et le « travailler plus pour gagner plus », il y a une marge... Le problème du Parti Socialiste, en revanche, c’est justement de ne pas avoir assumé la Social-Démocratie. D’où cette ambiguïté permanente : il se présente devant l’électeur en laissant entendre qu’il va tout révolutionner (comme s’il allait mettre en cause l’économie de marché), alors qu’une fois aux responsabilités, il est contraint d’admettre comme Jospin que « l’Etat ne peut pas tout » (puisqu’il n’a jamais été question de mettre en cause l’économie de marché). Alors il déçoit et alimente le vote protestataire. Quand Manuel Valls s’interroge sur le nom du parti, il met le doigt sur un point qui n’est pas anodin...
    Par ailleurs, dire que la gauche et la droite « c’est la même chose », sans aucune nuance, c’est ce qui contribue à faire les 21 avril... Saint_Sébastien, vous êtes un allié objectif de ceux que vous dénoncez.


  • jaja jaja 20 janvier 2010 19:32

    Le PS c’est la droite ! Qu’on arrête de tenter de culpabiliser en les traitant « d’alliés objectifs » de Sarko ceux qui n’ont pas renoncé aux valeurs de gauche qui sont tout le contraire de ce que disent et surtout font les « sociaux-libéraux » (lire les partsans du libre marché de la société capitaliste)...

    Privatisations (Jospin), guerres coloniales, subventions aux entreprises privées qui licencient, allongement de l’âge de départ à la retraite etc... ne font pas partie de la culture de « gauche »...

    Il faut refonder une vraie gauche décidée à s’en prendre aux profits capitalistes et désireuse de redistribuer au peuple ce qui lui appartient en commençant par socialiser les banques et les entreprises privées licencieuses.

    Ras-le-bol de la fausse gauche....


    • Philippe D Philippe D 20 janvier 2010 19:36

      Pour faire 10% des voix aux élections ?


    • jaja jaja 20 janvier 2010 19:42

      Peu importent les élections manipulées par les médias bourgeois ! Ce qui compte c’est la force révolutionnaire du peuple sans laquelle rien ne change ni ne changera jamais....

      On a de nos jours des partis d’adéhrents qui s’assemblent uniquement pour voter pour des brêles qui entuberont tous et tour à tour le bon peuple...

      La vraie gauche a besoin d’un parti de militants associés pour virer le pouvoir par la Révolution et instaurant l’égalité sociale entre toutes et tous...

      Le reste c’est du baratin...


  • Walid Haïdar 20 janvier 2010 21:30

    Moi aussi je suis libéral (au sens politique et des moeurs, et même au sens économique du terme), et de gauche, mais surtout républicain.


    Mais je suis en total désaccord avec votre article (sauf sur l’introduction), et presque entièrement d’accord avec jaja et son poing levé.

    Voici pourquoi :

    Introduction :

    Oui, il est malheureux de laisser à la droite le terme de libéralisme, car elle ne sait que le dévoyer. La liberté est la notion progressiste ultime. Reste à savoir comment la promouvoir authentiquement. La droite n’a pas le bagage intellectuel adéquat pour ça. Le problème... c’est que la gauche ne l’a pas tout à fait non plus.

    C’est le peuple qui l’a, et lui seul... mais en puissance seulement. Ne tombez pas trop vite dans la caricature en m’assimilant dès lors à un « extrêmiste de gauche », terme pratique pour exclure du domaine de raisonnable se qui ne résonne pas juste aux oreilles policées.

    Premier paragraphe : la concurrence. Tout à fait, la concurrence, est saine, dans presque tous les domaines. Mais c’est surtout le contexte des rapports de force qui détermine si oui ou non une institution, ou une entreprise, ne va pas abuser de sa position. Tout est affaire de contrôle démocratique. La concurrence est un des outils qui permettent de garantir l’efficacité et le respect des clients, mais ce n’est absolument pas le seul, et il n’est pas suffisant (sinon l’ultra libéralisme serait fondé).

    Sur ce plan économique encore, il est notoire que vous poussez exclusivement dans le sens social-libéral classique. Mais que faut-il penser à gauche, du fait établit selon lequel la santé aujourd’hui, via les industries pharmaceutiques, est fortement inclinée non pas à améliorer la santé des gens, mais à faire des profits ? Quel est votre niveau de connaissance de la corruption organisée des industries pharmaceutiques sur nos dirigeants et sur notre recherche ? Le fait est que les faits plaident pour une remise en question de la privatisation de l’industrie pharmaceutique, de sa vocation à faire du profit. Car quelle institution cherchant à faire du profit financerait la recherche sur des traitements qui ne coûtent rien ? aucune. La concurrence me direz-vous ? L’entente et la mécanique de l’establishment vous répondrai-je. Renseignez-vous donc sur ce qu’il en est du Sida, des maladies auto-immunes, des cancers... et demandez-vous si tout ceci n’est pas exploité par une industrie avide.

    La gauche a aussi fortement besoin de remettre radicalement en question l’establishment capitaliste. Et elle ne le fait pas. Or cet establishment est tout sauf libéral. Il est cupide, avide de pouvoir, dominateur, et destructeur.

    Paragraphe 2 : la burqa. La burqa est une imbécilité sans pareil, souvent un outil de domination, parfois un choix, fondé sur de mauvaises raisons, et pas mal d’ignorance et de peur. Mais l’interdiction de la burqa est à peu près aussi idiote que la burqa. En tant que libéral, je considère que l’état n’a pas à se mêler de cette question en particulier, ni d’aucun problème vestimentaire. En tant que Républicain, j’estime que c’est à la République de faire son devoir sur le plan de l’éducation, du respect des droits des femmes, et du respect de la personne humaine tout court. Que quelques excentriques portent un voile intégral, ce n’est pas l’affaire de la république, qui ne doit pas se mêler de l’accoutrement des gens. J’ai été choqué par le débat sur le voile en 2003. On était sensés faire un débat national sur l’éducation, et on a parlé que de voile. C’est une honte. Comme si le voile était plus ostentatoire que les tenues débridées, plus ostentatoire que le poisson qu’on mange systématiquement le vendredi à la cantine, que les spots publicitaires ambulants que son devenus les élèves... La marchandisation de nos enfants n’a rien de laïque non plus, et l’interdiction du voile à l’école, c’est simplement la méthode la plus abrutie qui soit : celle de l’exclusion. La responsabilité de l’école, c’est justement d’ouvrir les esprit, et d’accepter les différences, parce que la république et l’esprit rationnel n’a pas peur des traditions, il n’a pas peur du dialogue car i sait que la vérité argumentée, documentée, instruite, l’emporte. La meilleur façon de libérer les enfants du voile, ce n’est certainement pas de leur fermer les portes de l’école de la république. C’est d’avoir confiance dans nos valeurs laïques, de les défendre et de les professer : par le savoir, et non pas la manifestation criante de la peur de l’autre : son exclusion.

    La réhabilitation des valeurs républicaines passe par l’affirmation soutenue de ses principes à travers les institutions au premier rang desquelles se trouve l’école, et SUR LE COMBAT CONTRE LA MARCHANDISATION DE LA VIE, DES IDÉES, DES ESPRITS, DE L’ESPOIR, DE LA CULTURE, DE LA SOCIÉTÉ TOUTE ENTIÈRE !

    On fait du commerce avec tout un tas de choses, c’est très bien, mais les enfants doivent avoir accès aux valeurs républicaines, et pour cela, ils ne doivent plus être à la merci de la bouillie clinquante dont le capitalisme contemporain inonde leurs petites caboches !

    Paragraphe 3 : Rompre avec la dérve du pédagogisme. Je vous y trouve bien manichéen. L’adaptation des programmes à la médiocrité du paf et des guirlandes omniprésentes, certes non. Mais comment élever le niveau si les pauvres n’ont personne pour les aider chez eux pendant que les riches ont des cours particuliers subventionnés par l’état (50% des dépenses à domicile exonérées d’impôts) ? mmm ? comment ? Comment, quand les pauvres sont de plus en plus à la merci de la chianli publicitaire pendant que les riches lisent et utilisent des RTT pour en faire profiter leurs gamins ? Comment élever le niveau sans que la république combatte ouvertement les dérives de la société marchande et son idéologie débilitante ? (cf mon paragraphe au dessus)

    Paragraphe 4 : lutter contre le stress au travail. Parfaitement. en abolissant la hiérarchie. Ca c’est libéral, et de gauche. En faisant la promotion de la collaboration plutôt que de la subordination. En encourageant l’initiative. Il existe des techniques de managment dites « agiles » qui sont révolutionnaires à cet égard, et qui ne sonnent pas creux comme le terme usel de « collaborateur », utilisé à tord pour désigner les subordonnés ou les décideurs. Voilà une idée force pour la gauche : détruire les pyramide et comprendre la supériorité des réseaux, en faire la promotion.

    Mais ça c’est révolutionnaire, et votre gauche n’en veut pas. Elle pense que ce n’est pas raisonnable. Ce qui est raisonnable, c’est de continuer d’accompagner un capitalisme qui fonce dans le mur. De l’accompagner avec des réformes bidon qui font avancer ’un pas de tortue dans la bonne direction (dans les meilleurs cas), pendant que la fusée capitaliste détruit toujours autant sur son passage. La première secousse de la crise est « passée ». Le deuxième round ne sera pas aussi « tendre », et il arrive sous peu.

    Mais tant que tout ne sera pas détruit, on trouvera des gentils pour railler la critique radicale d’une société faussement démocratique, faussement libérale, faussement juste, et surtout faussement raisonnable.

  • loco 21 janvier 2010 00:31

     Tiens, juste un petit moment d’humeur sur la gauche qui présente les mêmes produits que la droite.  L’ascenseur social !!! Ah ça a de la gueule cette connerie ! C’est ça l’espoir proposé par votre gauche ? Bravo, l’ouvrier, l’employé de nouveau orphelin ; car mon cher monsieur, l’aspect pyramidal de la société n’échappe à personne, et proposer à quelques « happy few » de se sauver par le haut n’empêchera pas les autres de rester dans la merde de l’écart honteusement croissant des niveaux de vie. Oui, je devrais dire « élus », oh pas pour respecter la langue, mais parce que c’est bien là le raisonnement de ceux qui souhaitent être élus, être au-dessus, distingués. C’est chouette, c’est ce que propose Sarko, vous pourrez vous reconvertir ! Sauf qu’on a des amis, des enfants, plus ou moins doués, ou handicapés, et oui, et qu’on ne veut pas les voir dans la misère. Alors l’équité, l’ « égalité des chances » (idiotie sociologique démontrée) non, merci . Il y a un objectif, oui, ambitieux qui s’appelle Égalité et ça, c’est de gauche !!! Courage !!!


  • tylhdar tylhdar 21 janvier 2010 02:34

    Le PS, le nouveaux parti libéral.


  • florent1968 florent1968 2 février 2010 16:37

    C’est justement parce que je suis libéral que je dis que la concurrence libre doit être faussée.
    il arrive un moment où les entreprises sur un même marché libre, ne se font plus concurrence car il y a de fait situation d’oligopoles voir de monople.
    C’est la situation aujourd’hui dans la grande distribution alimentaire mais aussi dans la distribution des carburants (il est ainsi impossible de lancer un nouveau carburant)
    Respectons simplement le préambule de la constitution « tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait doit devenir la propriété de la collectivité »

    La burqa n’a rien à voir avec la laïcité : Ne donnons pas à la Burqa plus d’importance qu’elle ne doit en avoir. Ce n’est pas à la République de régler le problème de la Burqa mais auxx Musulmans.

    Dans notre société, nous avons un mode de vie accepté par tous, quelque soit sa religion, qui fait que dans la rue comme dans un lieu public nous nous déplaçons le visage découvert.
    Pour des raisons de bien vivre ensemble (on aime voir le visage de la personne à qui on s’adresse) mais aussi dans certains cas pour des raisons de sécurité

    Vous ne rentrerez pas dans une banque ou une bijouterie si vous avez le visage couvert que se soit d’une burqa, d’un casque intégral ou d’un masque de Mickey !

    Nous pouvons porter une casquette, un voile, un beret...sur la tête que la bonne éducation voudra que l’on retire en public (c’est pour cela que les signes religieux qui ne se retirent pas ne sont pas toléres) mais au moins verra t-on notre visage !
    Si le visage ne peut être vu ....alors pourquoi vivre en société ?

    Mais je suis un grand défenseur de la République Laïque. ni positive ni négative .
    Un grand défenseur de la REPUBLIQUE
    LAIQUE.
    SOCIALE
    DEMOCRATIQUE
    INDIVISIBLE

    « l’élève au centre du système » est une bonne chose. simplement pour arriver à l’égalité il faut forcément par l’inégalité des dotations.
    C’est cela que certains professeurs et responsables d’académies n’ont pas voulu entendre pendant des années.
    Le proviseur d’Henri IV a défendu son budget plutot que d’en lacher 10 % pour celui de Stain !
    Il n’y a pas eu d’ouverture de prépa Science Po ni de Prépa ENA dans les lycées de la grande couronne !
    De nombreuses écoles et collèges avaient comencé a mettre en place des cours du soir et de soutient pendant les vacances scolaires dans les zones en difficultés

    Aujourd’hui le professeur peut mettre des mauvaises notes. Mais ça ne sert strictement à rien !
    Il peut même demander le redoublement de l’élève ! ça ne sert à rien non plus !
    Le problème est là !
    En cas d’appel de la famille, c’est la famille qui l’emporte !
    Alors à quoi bon mettre des mauvaises notes !
    A quoi bon faire des remarques à l’élève turbulent qui sait que de toute façon il passera en classe supèrieure.
    Il y a de quoi faire une déprime !

     

    Le Stress au travail

    Je suis d’accord avec vous sur le stress au travail. Mais pour moi France télécom, tout comme Pole Emploi, ou la Banque Postale ne sont pas les bons exemples en tout cas pas dans ce sens.

    Que s’est ils passé pour France Télécom : En 20 ans Nous sommes passés des Postes et Télécommunication à France Télécom puis aujourd’hui Orange.

    Un employé , formé à cet effet et qui avait donc les diplomes recquis, à qui il était demandé un travail de qualité pour l’usagé il y a 20 ans se voit demander aujourd’hui un travail où la qualité n’a plus rien à voir, où ces compétences et formations ne sont plus reconnus mais où il doit vendre de la marge du profit au client.
    Il va se retrouver dans des situations où il risque de s’entendre dire qu’une intervention de sa part pour réparer un terminal, coute trop chere, (alors qu’il sait faire cette réparation et que ne pas la faire le frustre c’est son boulot de toujours) et qu’il vaut mieux aujourd’hui pour l’entreprise changer le terminal car il est fabriqué en Chine !

    Vous garder un job qui ne vous plait pas parce que vous devez bien vivre et faire manger votre famille. Durant ce boulot vous entendez réguliérement dire qu’il vaut mieux achetez à l’étranger plutot que faire appel à vos compétences que vous avez exercés pendant 20 ans au sein de l’entreprise !

    Avouez qu’il y a de quoi peter un cable !







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