Commentaire de Abouzeyd
sur Liban, Pologne oriental ?
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On dirait que les amis libanais de l’auteur sont de bons chrétiens ou sunnites un brin « racistes ». Le Hezbollah n’est pas d’origine iranienne, mais bel et bien une construction politique libanaise. Au début des années 80, une foultitude de petits mouvements chiites, plus ou moins religieux et plus ou moins radicaux, existent en concurrence, voire en opposition ; on estime d’ailleurs que c’est l’un d’entre eux qui est responsable des enlèvements des Français au Liban pendant cette période. L’invasion israélienne de 1982 permet la fédération de ces mouvements en un seul, le Hezbollah, dont les cadres, dès l’origine, sont des clercs et des laïcs, les laïcs étant souvent d’ « origine » marxiste. Soutenu par l’Iran, oui, certainement, mais iranien, non. On estime aussi que l’acte constitutif du Hezbollah ou son « opération inaugurale » est le double attentat contre les forces françaises et américaines, considérées comme des occupants, alliés d’Israël. Puis pendant une vingtaine d’année, le Hezbollah va mener une lutte de libération des territoires libanais occupés par Israël, pour finalement voir Tsahal quitter le sud Liban en 2000. De ce jour, le Hezbollah a obtenu une aura incontestable au Liban : le libérateur du sud, le « restaurateur » de l’honneur arabe. Le Hezbollah a des députés au parlement et entretien toujours une armée de résistance, selon la terminologie officielle libanaise (officielle, car admise par les gouvernements successifs, y compris celui de Siniora) et non pas milice (toujours officiellement), comme l’avance néanmoins certains partisans de l’actuelle majorité politique. Mais voilà, le Hezbollah regroupe principalement des chiites en son sein. Son leader Sayed Hassan Nasrallah est un clerc, les militants sont majoritairement chiites et s’il existe des militants et même des cadres hezbollahi sunnites ou chrétiens, force est de reconnaître qu’ils restent plutôt marginaux. Or les chiites forment souvent le lumpenprolétariat du Liban (tout comme des pays arabes en général). La bourgeoisie sunnite des grandes villes les méprisent ouvertement. Les expressions qui les désignent sont péjoratives, pour ne pas dire insultantes. La bourgeoisie orthodoxe partage le plus souvent ce point de vue, y compris la bourgeoisie maronite, mais force est de constater depuis peu, que la foule maronite, semble-t-il toujours attachée au général Aoun, suit le Hezbollah, sans avoir forcément exactement le même agenda.
Plaisanterie délicate qu’on se raconte entre gens biens à Beyrouth : « venez visiter le nouveau zoo de Beyrouth, place Riad el-Solh... attention les animaux sont mangeurs d’hommes. » La place Riad el-Solh est celle où se déroule depuis une quinzaine de jours la manifestation de l’opposition pour réclamer un tiers de blocage au gouvernement. Les animaux du zoo, anthropophages de surcroît, sont bien entendu des chiites. Raciste était écrit entre guillemet au début de ce texte car il n’y a même pas de différence ethnique entre chiites, sunnites et chrétiens au Liban, mais comment faudrait-il dire ; confessionaliste ?
Le douze juillet 2006, le Hezbollah enlève deux soldats israéliens, comptant s’en servir comme monnaie d’échange afin de faire libérer quelques libanais toujours détenus en Israël, pour actes qualifiés de terrorisme par Israël, compris comme résistance à l’occupation au Liban. Ce n’est pas la première fois que pareille chose se passe, c’est la première en revanche que cela se passe en, semble-t-il, coopération avec les Palestiniens, puisque peu de temps auparavant pareille chose était survenue à Gaza et de plus ça se passe dans un contexte régional tendu, pressions et embargos américain partiel sur la Syrie, dossier nucléaire iranien. Le Hezbollah a été « mandaté » par ses parrains pour détourner l’attention et exercer une pression en retour, pas impossible du tout. Mais les chiites ont un agenda propre. Jamais leur situation n’a été aussi favorable dans le monde arabe. L’Iran semble prêt à leur donner un coup de main, sûrement pas désintéressé, mais tout est bon à prendre, les Etats Unis ont éliminé Saddam Hussein et ont remplacé son implacable répression anti-chiite par un pouvoir chiite, enfin le Hezbollah est sorti de 33 jours de guerre intensive contre Israël invaincu, donc au vue de la rue arabe, même sunnite, vainqueur... c’est le moment où jamais pour les chiites arabes de sortir de leur condition, de réclamer leur part du pouvoir et du gâteau. C’est aussi ce que fait le Hezbollah.
Ceci dit, les américains feront-ils un deal avec la Syrie pour la pacification de l’Iraq, sur le dos du Liban ? possible, que peut attendre un gouvernement Siniora qui n’a pas cessé d’être à l’écoute de l’administration US, de lui faire des concessions, des courbettes et des bisous même en pleine guerre avec Israël, alors que la destinatrice des bisous, Mme Rice ne cessait de répéter que les conditions d’un cessez-le-feu n’étaient pas réunies ? que peut attendre un gouvernement dont l’administration US se prétend l’amie et qui n’a rien fait pour retenir le bras de son vrai ami, qui ne s’est pas contenté de taper le Hezbollah, ce que la bourgeoisie sunnite, orthodoxe, maronite et même chiite (parce qu’on pourrait parler de la bourgeoisie chiite, complice, le plus souvent, de l’exploitation de ce lumpenprolétariat) aurait accepté sans trop sourciller, mais qui a systématiquement détruit les infrastructures publiques et privées du pays ? que peut attendre n’importe quel allié du tiers-monde des américains ? pas grand chose, franchement, une alliance de circonstance qui s’estompera aussitôt que l’analyse de Baker prédominera à Washington.
D’ailleurs je pense que la majorité gouvernementale le sait qui veut presser la création d’un tribunal international, comme pour se prémunir du retour de la Syrie. Convaincue, à tort ou à raison, que les responsables syriens sont coupables de l’assassinat de Hariri et de la succession d’assassinat qui a endeuillé le Liban, ils doivent penser que ce tribunal mis en place, les officiels syriens éviteront de s’en approcher. Encore faut-il qu’ils soient coupables. Pas impossible, mais pas sûr. D’aucun, par exemple, accuse les Forces Libanaises, dirigé par Samir Geagea, qui a passé plus de dix ans en prison pour un attentat contre une église (Geagea est chrétien-maronite) d’être à l’origine de l’assassinat de Pierre Gemayel, dans le but de décrédibiliser le Général Aoun allié du Hezbollah. Ceci dit, Geagea est le seul chef de milice de la guerre civile à avoir purgé une peine de prison pour ses crimes. Les autres sont soit morts (comme Hobeika, responsable des massacres de Sabra et Chatila, plus que probablement éliminé par des agents israéliens comme on liquide un témoin gênant), soit dans l’opposition (comme Nabih Berri, président de la chambre et ancien chef des milices Amal) ou dans la majorité (comme Joumblatt, chef du PSP -parti socialiste progressif- dont il a hérité la direction de son père, assassiné par les Syriens, parti et milice druze).
Enfin, ne nous voilà guère plus avancé...
