Commentaire de michel naud
sur Dialogue à venir sur deux systèmes du monde
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Bonjour,
Comme d’habitude je ne suis guère emballé des contributions de Bernard mais c’est bien évidemment car nous adoptons une posture radicalement différente ; matérialiste moniste, je m’inscris dans la tradition du rationalisme scientifique qui ne saurait se satisfaire des biais métaphysiques qui effleurent en permanence les productions de Bernard, même quand il évoque des disciplines scientifiques ou en marge de la science.
Comme d’autres commentateurs j’ai été surpris (en fait non ...) de découvrir cette référence à Freud. Personnellement je ne cherche pas à « psychanalyser Freud » pour chercher les éventuelles intentions cachées de quelqu’un qui se mettait explicitement sous la bannière du rationalisme. Un commentateur rapporte les tromperies désormais établies réalisées par Freud ; certes, mais il est vrai que cela ne saurait suffire pour invalider la psychanalyse.
Un autre commentateur fait état qu’il a beaucoup si ce n’est tout lu de Freud et qu’il trouve cela intéressant. Pourquoi pas mais là ne me paraît guère être le problème quand il est suggéré « En biologie Darwin. En psychologie Freud ». La question posée est celle de savoir si la psychanalyse a quelque chose à voir avec la science, si les thérapies d’inspiration psychanalytique ont quelque chose à voir avec la médecine scientifique. Et c’est là que le bât blesse. Car toute prétention à la scientificité se heurte immédiatement à la question de l’évaluation.
Le livre noir de la psychanalyse était sorti, en France, dans un contexte particulier : le lobby des psychanalystes lacaniens avait réussi à obtenir du ministre de la santé (Philippe Douste-Blazy)que le rapport d’évaluation des différentes psychothérapies réalisé par l’INSERM à la demande du même ministère de la santé soit retiré...
Que disait donc ce rapport qui était si dérangeant ? « Considérant l’efficacité prouvée (Grade A), le rapport disait que la thérapie cognitive et comportementale (TCC) est efficace dans 15 des troubles étudiés sur 16, que la thérapie familiale est efficace dans 5 troubles sur 16 et que la thérapie d’inspiration psychanalytique (et non la psychanalyse au sens strict, qui n’est pas envisagée dans le rapport) l’est seulement dans 1 trouble sur 16 : des troubles de la personnalité. Mais, dans cette indication, la TCC elle aussi est efficace (et avec plus d’études positives que la thérapie analytique). Ajoutons que deux articles récents, parus après le rapport INSERM, montrent que la thérapie cognitive est plus efficace que la thérapie psychanalytique. Bien entendu, la psychanalyse et la thérapie psychanalytique n’ont pas à se retirer sous les huées, mais ces conclusions, qui sont celles de tous les rapports d’évaluation y compris celui de l’Association internationale de Psychanalyse de 1999 en limitent singulièrement les applications pratiques et devraient inciter les analystes à plus de modestie » (extrait d’un article en attente de publication dont je suis co-auteur)
Pour plus d’informations, je vous recommande par exemple le dossier « psychanalyse » de l’association française pour l’information scientifique http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?mot7 et de replonger dans le numéro spécial qu’avait édité le Nouvel Observateur en Septembre 2005 http://mediagora.free.fr/infos/Dossier%20Nouvel%20Observateur%201er%20septembre%202005.pdf (au format .pdf) . On y trouvera notamment, en clôture du dossier, un dialogue de bonne tenue entre le psychologue scientifique Jacques van Rillaer et le psychanalyste Alain de Mijolla. Je cite simplement les derniers mots de van Rillaer qui, à mon sens, montrent bien où se situe la question de la scientificité
« Je pense qu’il y a d’une part des gens comme moi qui sont préoccupés de preuves, de scientificité, d’efficacité thérapeutique. Et d’autre part des gens qui recherchent une sorte de sagesse, de philosophie, voire de spiritualité. Je n’ai rien à objecter à cela, pas plus qu’au bouddhisme ou au yoga, à condition que le public soit informé de l’existence de plusieurs approches. La mienne, les thérapies comportementales et cognitives, se fonde sur les enseignements, modestes, partiels - mais vérifiables - de la psychologie scientifique. Contrairement à la psychanalyse, c’est une discipline qui utilise une poubelle : quand une hypothèse n’est pas vérifiée, elle va à la poubelle et laisse la place à une autre. »
A force de lire Bernard sur le site, je pense qu’à peu de choses près, ce qui nous sépare ce sont les deux premières phrases de cette courte citation de van Rillaer. Je revendique la première.
