Commentaire de Petitou
sur Génération précaire
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Voilà pourquoi les médias tapent à longueur de temps sur la fac. Il est si facile de faire croire aux jeunes que le savoir ne sert à rien et qu’il faut se remplir les poches à tout prix puisque les gens sont des moutons avides de richesses matérielles et que de cette façon ils ne s’exercent pas à la critique ni même à la réflexion.
Mes parents (père artisan-maçon, mère au foyer) m’ont poussé à tout prix à faire des études, pour en mettre plein la vue aux autres et dans l’espoir que j’amasse de la thune pour assurer leurs vieux jours. Le CAP horticulture que je voulais faire les a bien fait rigoler.
La fac je la paye 400 euros l’année, j’ai des profs déments et je prend mon pied tous les jours. Et quand j’aurais mon doctorat, vu qu’il y a peu de places dans ma branche ( oui les réductions de postes dans l’Education nationale touchent surtout les matières qui ne rapportent rien de sonnant et trébuchant, comme l’Histoire), mon mari et moi on fera le même boulot que son grand-père : paysan (et pas agriculteur). Le paysan, celui qui aime sa terre, qui la travaille et qui vit dessus. Ce vieux monsieur n’a que le « certif » en poche mais des connaissances à revendre à la pelle. Une encyclopédie de sagesse et de lucidité qui ramasse les truffes en observant les mouches. Il sait que ce que l’on a appris n’est qu’à soi et que cela ne se monnaye en aucune façon, que l’esprit s’en nourrit jusqu’à la mort même en temps de disette.
Je gagnerais 3000 euros par mois que je ne saurais même pas quoi en faire. Et tout le monde me rit au nez chaque fois que j’ose le dire tout haut. Un toit, à manger, à boire, une famille, la santé, de l’amour et le savoir. Il y a encore des gens qui croient à ce que l’on qualifie de balivernes ou d’utopie. Et qui vivent de cette façon. Je ne pleure pas quand je bosse à l’usine, à Macdo (vraiment le pire de tous au vu des cadences mais le seul qui embauche tout le monde) ou au supermarché à me faire traiter comme une chienne par les chefs ou par les clients. Les sous tombent le 5 de chaque mois, sont aussi vite dépensés en livres et en nourriture qui me nourrissent de façon plus que convenable.
Je m’en tape de faire des boulots de merde alors que j’ai bac+2 et que je parle anglais et italien couramment. Je fais ce qu’il faut pour participer aux dépenses de la famille, on ne roule pas en 4x4 et ça ne nous fait pas envie le moins du monde. Et la nuit je dors très bien.
Et chère mademoiselle A, si vous n’êtes pas encore écœurée par le monde du commerce, allez donc à Londres, en deux mois vous y aurez trouvé un CDI à la hauteur de vos attentes.
