Commentaire de Waldgänger
sur Honte et perplexité
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Waldgänger
24 août 2010 01:27
Salut COLRE, tu m’as fait sortir de ma retraite.
Je sais bien que j’ai encore pas mal de choses à apprendre, la jeunesse sans doute, comme tu le dis. 

Tu sais, c’est assez compliqué en ce qui me concerne. Il y a deux-trois ans, je pouvais avoir envie de lire in extenso du Soral, ce que je n’ai d’ailleurs jamais fait. J’ai été à ATTAC à une époque, mais je ne m’y suis plus reconnu à un moment, notamment quand j’ai vécu un conflit dans la boîte où j’avais un boulot pourri, impossible à analyser avec les critères traditionnels de la « lutte des classes » (mais il est possible de l’expliquer avec d’autres grilles). Je suis passé à autre choses, surtout en commençant à m’ouvrir à d’autres références.
Le problème est que ces auteurs ne se revendiquent plus de la gauche, ou qu’ils ont été rejetés par elle. Un Baudrillard s’est fait bien plus attaquer au nom des valeurs de gauche à défendre que par des journaux comme le Figaro ou autres. Et je ne sais pas si tu te souviens du traitement fait par des journaleux dit « socialistes » à Bourdieu juste après sa mort, entre Colombani, Jean Daniel (« il avait ses réseaux »), Julliard ou Joffrin (« adieu Pierre Bourdieu, vous n’étiez pas toujours loyal »). Et le peu d’intérêt envers des penseurs qui sont finalement plus connus aux USA sous le vocable de French theory, dont finalement la presse parle très peu.
Pourtant, il est indéniable que la plupart de ces personnes se sont réclamées de la gauche ou du marxisme à une époque. Un Foucault ou un Bourdieu n’ont jamais renié l’affiliation, il me semble que c’est pareil pour un Derrida ou un Guattari, un Baudrillard ne s’est pas dégagé tout de suite du marxisme. Au fond, toute une pensée alternative à l’ordre dominant actuel se porte très bien sur le plan théorique, elle a même pas mal de succès aux le vrai problème est dans ce que l’on pourrait appeler la culture des masses, sans que ce soit péjoratif, c’est plus un équivalent de « majorité silencieuse », un monde avec qui j’ai des relations, parfois amicales d’ailleurs.
Au fond, si je te fais ce développement, c’est pour te dire que je ne sais plus très bien ce que veut dire ce qu’est la gauche, si c’est pour ressembler à des Shawford ou des Sisyphe ou des ZEN, sans parler de tous ces clones aboyeurs antisarko, je n’en suis plus, mais si c’est pour garder une critique (mais renouvelée et repensée) de l’ordre dominant actuel, je reste à gauche. Mais c’est devenu compliqué, car beaucoup gardent des opinions sur la redistribution, la protection sociale, la résistance à l’ordre établi, mais sans pouvoir s’y référer, voire en se faisant dénier la qualification de « gauche ».
Tu sais, il y a des personnes dont je me sens proche en matière de vision de la société (au sens politique), comme toi et Badguru (enfin, dans ses déclinaisons variées). Ca pourrait te surprendre car vos angles d’approche et vos priorités ne sont pas les mêmes, mais c’est absolument vrai. Ce n’est pas une exclusion des autres, car il y en a avec qui je me sentirais peut-être plus d’affinités de ce point de vue en échangeant des idées (ou en reprécisant), mais c’est le cas à l’heure actuelle.
Si on pouvait réduire la connerie à un camp, ce serait trop simple. Je suis d’accord, mais il se trouve qu’en ce moment, je ressens comme un malaise vu mes opinions, car je trouve que même si ce sont des crétins avant tout, je n’arrive pas à ignorer leurs camps politiques revendiqués. La vérité, ou du moins ce que je crois, c’est que le mot de gauche est devenu odieux à beaucoup ici, je ne donnerais pas de nom car il est toujours possible de se tromper sur tel ou tel cas individuel, mais il y en a beaucoup à qui une forme de moralisme qui refuse de se salir les mains, à la bonne conscience indignée facile sort par les yeux, sans parler des sympathies avec tous les mouvements douteux de la planète, pour peu qu’ils soient « anti-impérialistes ». Et sur qui stérilise toute discussion, qui fait dans le simplisme, je trouve qu’il y a une dissymétrie, même si ça ne change pas mes idées et que cela ne modifie en rien l’opinion que je peux avoir de gens comme toi.
Mais moi, j’ai pour principe depuis quelques années de toujours voter, je m’y suis tenu, et je n’ai encore pas voté pour des partis de droite, ce qui n’est d’ailleurs pas près de se faire à mon avis.
Ce qui est désolant, c’est de voir la foule de types qui se revendiquent de la gauche et qui n’ont rien à dire. Un type comme Peachy, qui est drôle une fois par mois, et combien dont j’ai oublié le nom (mais quel intérêt pour une mémoire de les retenir ?). Il est vrai aussi que j’ai vu plus d’une personne avec des idées dont je pourrais me rapprocher mais qui ont quitté AV dans les vieux fils, je pense à Marsu, mais aussi à Zalka et à Forest Ent, deux que je n’ai pas connu mais que j’ai pu lire un peu. Tout ça pour dire que l’AV actuel n’est pas représentatif, pour pas mal de raisons, et que je ne suis pas dupe autant que tu crois. Et finalement, ce qui fait peut-être ce phénomène est qu’à mon sens, mais cela peut être contesté, AV lui même a comme raison d’être et comme ligne directrice depuis trois ans cette protestation vaguement de gauche, qui va d’un Morice à l’antisarkozysme, en passant par la théorie du « complot oligarchique ». Forcément, il serait alors logique de trouver beaucoup de gens de ce type sur ce site.
Pour conclure, sache que mes observations sont surtout par rapport à AV, et que si je prends des exemples ailleurs, c’est surtout pour éclairer un propos. Je sais ce que votent la plupart de mes amis, et même si la politique ne les intéresse pas plus que ça, ils votent à peu près comme moi.
