Commentaire de easy
sur De la Bastille
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Ah, le cheval de Troie !
J’avais oublié d’en parler.
Là encore, il est question de stigmatisation mais en grande partie volontaire, dans bien des cas.
Exemple : France 1590. Qu’il soit protestant ou catholique, un Parisien ne se distingue pas d’un autre parisien du fait qu’un quelconque caractère physique. Mais la tension est telle entre les deux groupes que des marques sont apparues, des marques vestimentaires. C’est volontairement que chacun, dans chaque communauté, cherche à se marquer. Idem pour les Juifs. De sorte qu’à la Saint Barthélemy, les catholiques excités voient tout de suite qui occire.
Ce n’est pas pour rien qu’il existe tant de signes communautaristes dans le Monde. Ca permet à chacun de prouver son appartenance à un camp. Et ceux qui ne se démarquent pas passent alors aux yeux de ceux qui sont démarqués pour des traîtres ou chevaux de Troie. Henri IV ayant viré en apostasie trois fois formant un paradigme du genre.
Là dessus, par dessus cette possibilité qu’a chacun de se communautariser en arborant quelque plume, chant, circoncision, taoutage ou bonnet, se trouve la problématique de ceux qui sont automatiquement démarqués par leur allure physique, quoi qu’ils fassent.
Quoi ?
Comment un Noir, un nègre, pourrait-il être de notre camp ? dit le Blanc.
Et voilà le Mammelouk, le Spahi, le tirailleur sénégalais, le Gurkha, l’Apache, le Harki, obligé, s’il sert dans l’armée du Blanc, obligé de faire du zèle fidéliste.
Bien entendu, l’enrôlement de supplétifs indigènes dans une armée d’invasion ou de colonisation est problématique et a parfois posé des problèmes aux chefs qui les conduisaient. Mais à part quelques cas de révolte, ces serviteurs se sont le plus souvent montrés particulièrement fidèles et zélés.
Aucun Japonais vivant en Amérique n’a trahi l’Amérique quand elle a répondu au Japon après l’attaque de Pearl Harbour. Aucun Amérindien non plus. Aucun Noir non plus.
Et le Géant profite alors de ce zèle obtenu par le risque qu’encourent les gens coincés entre marteau et enclume de passer pour ennemis, traîtres ou chevaux de Troie.
Le Géant les place en première ligne de tous les riques et méfaits.
Le zèle fidéliste du bon Nègre à son maître Géant est à double tranchant.
D’un côté il démontre que le Nègre peut embrasser la cause du Géant, même s’il en est envahi. Il démontre aussi l’équivalence de ses capacités, performances ou talents. De l’autre, il fait du principe du singe, de l’imitation, de la soumission à l’autorité (Cf Effets Matthieu, Hawthorne, Rosenhan, Milgram, Ash...) son paradigme, son identité.
Lorsqu’Aimé Césaire, Sadar Senghor, écrivent trop bien le français d’avoir usé leurs culottes autour de la Montagne Sainte Geneviève, ils se retrouvent dans cette ambiguïté.
Mais un Sioux, s’il ne pratique pas correctement l’anglais, comment peut-il comprendre le traité que Washington lui présente et qui le spolie de ses terres ancestrales ?
L’Apache, s’il ne singe pas le Red-neck au point de devenir sénateur, comment peut-il, autrement qu’avec des flèches et couteaux, faire entendre les revendications de son peuple ?
Ho Chi Minh se retrouve donc contraint de rédiger l’acte d’indépendance du Vietnam en français.
Il a bien existé quelques cas de refus absolu de toute compromission, tel celui de Chaka Zulu, mais la plupart du temps, le Petit a consenti à singer le Géant.
Que doivent faire les Beurs de France ?
Je pense qu’ils n’ont pas trop le choix. D’abord leur enfance 4-15 ans, ils l’ont vécue en France et de toutes manières, en ce moment, ils ont intérêt à se confondre avec le Géant.
On relèvera au passage que les Beurs de France qui sont bien acceptés sont ceux qui consentent à faire les clowns, à s’auto-railler. Quand ils s’expriment sérieusement, le Géant, en sa partie ignare, s’en méfie et se crispe.
