Commentaire de Morpheus
sur ACTIO POPULI
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Je ne sais pas si ACTIO POPULI est un effet secondaire du G1000, ou s’il en est issu. Je pense que ce n’est pas le cas, mais je vais me renseigner.
Lorsque je dis que la compétence n’a pas sa place dans le processus démocratique, je veux dire que c’est un argument contradictoire souvent entendu lorsque l’on parle du tirage au sort « oui mais les politiques sont compétents et le peuple est incompétent ». C’est à la fois vrai et faux. Primo, les politiciens sont peut-être compétents dans la gestion du pouvoir, c’est-à-dire la manière de parvenir ou de rester au pouvoir (la politikè), mais cela ne signifie nullement qu’ils possèdent les compétences utiles à la bonne gestion de tel ou tel ministère. Je gage que la plupart des ministres n’ont la plupart du temps aucune compétence dans les domaines dont ils héritent la charge (ce qu’on appelle politeia). On nous dit dans ce cas qu’ils font appel à des conseillers. Soit, mais alors pourquoi ne pas donner directement la responsabilité aux conseillers (si l’on veut que les responsables soient compétents, ce serait plus logique, non ?).
Dans le livre Principes du gouvernement représentatif, Bernard Manin évoque la question de la compétence, notamment dans ce passage que je vous cite : « Les Athéniens reconnaissaient la nécessité de compétences professionnelles spécialisées dans certains cas, mais la présomption générale allait en sens inverse : on estimait que toute fonction politique pouvait être exercée par des non-spécialistes, sauf s’il y avait des raisons manifestes de penser le contraire. On supposait en effet que si des professionels intervenaient dans le gouvernement, ils y exerceraient de fait une influence dominante. Les Athéniens avaient sans doute l’intuition que dans une structure d’action collective la détention, par certains acteurs, d’un savoir ou d’une compétence que les autres ne possèdent pas constitue par elle-même une source de pouvoir et qu’elle confère à ceux qui sont compétents un avantage sur ceux qui ne le sont pas, quel que soit par ailleurs la définition formelle de leurs pouvoirs respectifs. (...) La sélection par le sort garantissait donc que les individus exerçant les fonctions de magistrat ne disposaient pas du pouvoir supplémentaire que confère une compétence particulière. »
De nos jours, nous aurions par réflexe l’opinion contraire et nous considérerions plus logique qu’un élu dispose des compétences relatives à sa charge, cependant que l’on observe, dans les faits, que ce n’est presque jamais le cas (mais cela, nous l’oublions lorsque nous faisons valoir la compétence en opposition au tirage au sort). Nous sommes amené à penser que les élus seraient nécessairement plus compétents que le commun des mortels, du simple fait qu’ils sont « professionnels » de la politique. Or, c’est précisément cette professionnalisation de la politique qui est dénoncée et combattue dans la démocratie athénienne, car elle débouche (et est l’expression) de ce que les athéniens ne voulaient plus subir : l’oligarchie (le gouvernement du petit nombre).
Manin dit aussi ceci, qui me semble également pertinent : « La procédure élective ne garantit pas que la véritable excellence politique soit choisie. Les élections opèrent sur la base d’une perception culturellement relative de ce qui caractérise un bon dirigeant. Si les électeurs croient que les talents oratoires, par exemple, sont un bon critère de l’excellence politique, ils feront leur choix politique sur la base de cette croyance. Rien ne garantit, évidemment, que le talent oratoire soit un bon indice du talent politique. »
J’ai la conviction que l’idée générale concernant la compétence en politique est téléguidée par nos « élites », qui ont un intérêt évident à faire croire au peuple qu’ils sont seuls compétents pour gérer les affaires publiques, et que par conséquent, le peuple, par définition, leur est inférieur. Je n’y crois pas. Je considère que dans bien des cas, le peuple, réunit en assemblée, serait bien plus à même que les politiciens réunis en conclave, de prendre les bonnes décisions dans l’intérêt général, car ils décideraient de mesures qui les touche au premier chef. C’est en cela que je dit que la compétence (en matière politique) s’acquière par l’exercice (en très peu de temps), et n’est pas issue d’une longue période d’étude et/ou apprentissage. Mais il faut, pour bien saisir le sens et le fond de mon propos, faire la nuance entre politikè (lutte pour le pouvoir) et politeia (gestion de la chose publique, dans l’intérêt commun du plus grand nombre).
Cordialement,
Morpheus
