Commentaire de Fanny
sur Comprendre Soral
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Les limites de la dissidence, et partant de Soral.
Le « système », c’est le business plus la trique en cas de révolte, point à la ligne.
C’est la rentabilité, le retour sur investissement, le payback financier. Plus un bras armé surpuissant pour le contrôle, et pour la conquête de nouveaux territoires. Le reste est marginal.
Le principe élémentaire du système est simple : l’investisseur emprunte à une banque, la banque imprime les billets et se fait rembourser le prêt avec intérêt. L’investisseur gagne de l’argent sur l’écart entre la rentabilité de son investissement et le taux du prêt. A priori, rien de diabolique, c’est notre quotidien quand on achète un studio pour le louer en vue de notre retraite. Mais de grandes religions ont perçu le danger, il y a de cela mille ou deux-mille ans.
Pourquoi Saddam Hussein et Kadhafi ont été tués ? Parce qu’ils ont menacé le dollar, instrument central du système protégé par son bras armé. Pourquoi Poutine est dans le viseur de l’OTAN ? Parce qu’il menace le dollar, parce qu’il résiste à voir toute l’Ukraine vendue au business sans limites et à son bras armé, au business avec minimisation du contrôle par l’Etat (selon la norme du Traité Transatlantique).
Qu’est-ce qui est source de profit ? C’est, entre autres, la « dissidence » au sens large. La dissidence est en effet source d’innovations, donc de profits. Innovations techniques (de loin le plus important, un inventeur ou chercheur est une sorte de dissident), financières, sociétales (GPA…), musicales, littéraires, idéologiques (à la condition de ne pas menacer le business dans son principe de fonctionnement, de ne pas toucher à l’argent).
Le « système » récupère tout à son profit, et génère la croissance mondiale. Même si dans ce processus certains (nous) perdent des billes alors que d’autres en gagnent (a priori plus nombreux).
L’avenir de la dissidence est d’être récupérée par le système. Les Soral (l’article l’analyse finement *), Chouard, Robin, Dieudonné et Cie, d’authentiques leaders charismatiques, opiniâtres et courageux, se feront peut-être un jour des « couilles en or ». En tout cas, ils le méritent si on les compare à la médiocrité ambiante (contradiction du système : son besoin de contrôle promeut des médiocres). Pour Zemmour, dissident politico-idéologique de talent que le système parvient tant bien que mal à gérer, c’est déjà fait (les « couilles en or »). Dieudonné est un cas à part car son immense talent lui permet de gagner de l’argent dans une posture dissidente et provocante : il sera intéressant d’observer la suite de son parcours (le système cherche fiévreusement une réponse adaptée à son cas particulier, en tentant de le dépouiller, en mobilisant la toute-puissance répressive de l’Etat instrumentalisé par le système).
Ce constat désabusé dénie toute vocation révolutionnaire à la dissidence politique/idéologique, et la décrit à la limite comme un carburant, parmi d’autres, d’un système qui se veut durable, mais qui redoute en même temps la survenue d’une crise menaçant sa survie. Mais une crise fatale ne serait sans doute pas le produit de la dissidence à proprement parler, « l’espoir d’abattre l’Empire » ne peut reposer sur la dissidence mais sur d’autres facteurs tels que : pénurie des ressources non renouvelables étouffant le profit, effondrement de la finance mondiale, effondrement écologique, guerre mondiale... Gare cependant, le système s’est doté de « gardes nationales » prêtes aux répressions les plus féroces : la dictature est une alternative probable en cas d’effondrement.
On peut toutefois reconnaître, en plein accord avec l’auteur de l’article, un grand mérite à la dissidence : elle éclaire la réalité et ses enjeux, permet de mieux l’évaluer et la comprendre en soulevant la chape de plomb du mensonge, de l’enfumage permanent auquel se livre le système via la maîtrise de tous les canaux de communication mainstream. La dissidence contribue ainsi à la santé publique, à l’équilibre mental des citoyens, en permettant de respirer dans un monde qui devient irrespirable. C’est là une autre contradiction du système : au nom des libertés individuelles s’installe progressivement une société totalitaire (version soft dans les pays riches), celle qui doit gouverner l’homme conformé aux normes mondiales du système, l’homme seul, isolé, coupé de sa culture et de son histoire, l’homme réduit à l’état exclusif de source de profits, en d’autres termes une marchandise parmi d’autres.
*Je serais plus critique que l’auteur de l’article (excellent par ailleurs) sur un point concernant Soral, sur son appréciation du rôle du peuple juif et de son élite dans l’histoire. Ce peuple fut souvent à « l’avant-garde », que ce soit en bien ou en mal (philosophie, capitalisme, bolchévisme …). Il l’est aujourd’hui en sciences, musique classique, colonisation … Si la musique classique était l’œuvre du diable, les juifs seraient diabolisés, tant ils sont représentés parmi les pianistes, les violonistes les plus brillants. Cette hypothèse est évidemment absurde, mais démontre par l’absurde l’erreur de Soral sur son appréciation de l’élite du peuple juif. Il amalgame sans discernement. BHL n’est pas Attali, qui n’est pas Zemmour, qui n’est pas Chomsky, qui n’est pas Shlomo Sand … Il devrait toujours préciser qu’il critique l’élite politique d’extrême droite israélienne qui rêve de nettoyage ethnique, et ses nombreux soutiens en Occident, en France tout particulièrement. Quant à son amalgame sionisme/mondialisation, c’est très discutable.
