Commentaire de Luc-Laurent Salvador
sur Comprendre Soral
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Alinéa,
Merci pour la franchise et la sincérité de ces prises de position.
Le fait de les exprimer est en soi une bonne chose car cela permet la continuation du dialogue alors que l’impression qui en ressort est celle d’une radicale prise de distance de votre part.
Mon sentiment est que vous êtes dans une heuristique de « perception de personne » qui se base sur des comportements, des attitudes pour inférer un système de valeur qui vous apparaît à mille lieux du vôtre.
Il semble que vous ne vouliez plus rien savoir de la pensée d’un individu qui se comporte en si flagrante transgression des (saines) valeurs qui sont les vôtres.
Cette réaction me paraît compréhensible en référence à ce qu’en psychologie on appelle « l’erreur fondamentale d’attribution » qui fait qu’on tend à attribuer à l’individu des dispositions quand il faudrait plutôt reconnaître l’impact de la situation.
Pour l’hypernarcissique Soral, la situation de dialogue est une situation « duel » (sic) dans laquelle il va chercher à s’imposer. Et tous les moyens sont bons ou presque pour cet objectif. Il est donc beaucoup plus maîtrisé dans son propos lorsqu’il est en monologue.
« So what ? » aurais-je envie de dire !
L’histoire est replette de personnages, grands et moins grands qui étaient portés par une vision grandiose d’eux-mêmes et ont tenté de la « réaliser » par tous les moyens.
On pourrait penser à toute une clique de dictateurs, mais que diriez-vous si je vous citais ici de Gaulle ?
Franchement je vous recommande l’excellente interview de Abauzit sur Meta TV qui est consacrée à une contre-histoire du gaullisme. C’est renversant.
D’où il ressort que, comme dans le texte sur Hitler que Electric nous invite à lire (merci à lui, car c’est un document de valeur je crois), on pourrait dire que « de Gaulle n’avait pas de doctrine (une certaine idée de la France) mais de l’appétit et des desseins (pour lui avant tout) ».
Qu’on ne s’y trompe pas, je reste gaulliste sur le fond, cad, en référence à une « certaine idée de la France » qu’il a su promouvoir quand ses successeurs n’ont su que la déconstruire, mais je suis à présent sans illusion sur le personnage.
Et alors ? me direz-vous. Eh bien oui, justement. Et alors ? le fait que de Gaulle ait pu être celui qu’Adrien Abauzit décrit ne change pas un iota aux actes bénéfiques à la nation qu’il a accompli lorsqu’il s’est trouvé au pouvoir.
Certes, on pourrait le rendre comptable de ses crapuleries et de ses trahisons mais il est à présent mort et enterré, dès lors, considérant qu’on juge un arbre à ses fruits et que je trouve ceux-ci excellents, je ne m’offusquerai pas du fumier que l’on trouve à ses pieds.
Je pense qu’on peut voir les choses pareillement pour Soral. Autrement dit, je pense que ce n’est pas une bonne stratégie de juger de la valeur d’une pensée sur l’emballage.
Il faut cesser de croire que Soral est un hypnotiseur. Si les gens l’écoutent et le suivent c’est parce qu’ils lui reconnaissent une autorité qu’il n’a pas usurpée dans la mesure où, la norme de réciprocité étant ce qu’elle est, on ne donne que ce que l’on a déjà reçu.
Soral est suivi parce qu’il donne le pouvoir de faire sens de ce monde chaotique. C’est parce qu’il jouit de ce plaisir de maîtrise, de ce pouvoir, de cette emprise enfin retrouvée sur l’ordre des choses, que le public le suit et lui donne donc une autorité tout à fait légitime.
Bien sûr, tout ceci ne garantit pas que Soral ne se trompe pas. Mais pour le moment (au-delà de la manière qu’il a de le faire) tout ce qu’il dit se vérifie extrêmement bien.
L’épisode de diabolisation de la « bête noire » Dieudonné est assez probant de la validité des thèses qu’ils soutiennent l’un et l’autre (au-dessus, c’est le soleil).
Avez-vous une meilleure explication de la réalité factuelle que constitue l’hystérie du monde médiatico-politique à l’égard de Soral et Dieudonné que de conclure qu’il est sous l’emprise d’un groupe de pression sioniste quasi tout puissant ? L’épisode du conseil d’Etat qui décide en deux heures contre toute la jurisprudence, c’est quoi si ce n’est un « smoking gun » dans les mains de ce lobby ?
Il faut arrêter de rejouer les scénarios paranos et se méfier des mouvements de foules en jugeant qu’elles sont forcément folles.
Quand des moyens de propagandes sont en place, on peut avoir tous les doutes du monde, mais quand un gars solitaire sans financement de Wall Street ou de la City est suivi par des centaines de milliers de lecteurs et d’auditeurs, ça ne peut être que par la force de sa logique.
Bref, Soral nous donne à voir un tableau cohérent de l’Apocalypse qui est nôtre. On peut ne pas aimer l’histoire qu’il raconte mais c’est elle qu’il faut critiquer, pas le personnage.
Or, son discours est de plus en plus difficile à critiquer car ce qu’il dit se vérifie tous les jours dans l’actualité.
ET ON SE FOUT DE SAVOIR SI CE QU’IL DIT IL L’A LU AILLEURS. Les enseignants ne disent rien qui viennent d’eux-mêmes, il n’en reste pas moins que nous reconnaissons les meilleurs d’entre eux comme nos « maîtres. »
S’il faut aller au fond des choses, je ne dirais pas que j’ai fait de Soral un maître à penser mais je reconnais bien volontiers que dans ce paysage d’apocalypse tel qu’il nous apparaît de plus en plus clairement, il a été un bon guide.
Maintenant, je suis sur la route et même si je chemine (conceptuellement) en toute autonomie, j’essaie de ne jamais manquer de reconnaître ce que je dois.
