Commentaire de JMBerniolles
sur EPR : la « cocotte minute » nucléaire
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Pour ceux qui désirent connaitre le fond du problème :
La
dernière action
de transparence de l’ASN concernant l’acier de la cuve et du couvercle de l’EPR
Flamanville et les EPR chinois rentre plutôt le cadre d’un nouveau coup asséné à notre nucléaire, même si le problème est réel.
Dans ce cas précis, la transparence a ses limites, c’est à dire que l’on n’est pas
informé des points essentiels. Il s’agit juste de porter un coup à notre
nucléaire sans se préoccuper du fond du problème. Qui révèlerait un nombre
incroyable d’absurdités dans la démarche de lancement de l’EPR [c’est à
ce niveau que joue aussi le niveau d’incompétence de nos responsables] :
* commencer par construire à l’étranger
* faire appel à un consortium Areva/Siemens qui divorce en cours de route [avec quelques conséquences révélées notamment sur le contrôle/commande]
* changement de maitre d’œuvre
* sous traitance généralisée et mondialisée au niveau des matériels. En Finlande les problèmes sont arrivés dès le béton...
* penser que la liquidation de notre sidérurgie n’a pas de conséquences techniques [La métallurgie est une science complexe et extrêmement pratique. Raison pour laquelle Mittal achète notre sidérurgie pour récupérer les technologies]
* problème lié au capital même, puisque qu’avec un taux d’actualisation de 5% (alors que notre croissance est nulle et que l’on entre en déflation) tout retard dans le chantier a un poids énorme sur le coût final du MWh [qui a plus que doublé par rapport à ce qu’il devrait être]
* ..
Sur la question de la cuve et du couvercle de l’EPR :
* commencer par construire à l’étranger
* faire appel à un consortium Areva/Siemens qui divorce en cours de route [avec quelques conséquences révélées notamment sur le contrôle/commande]
* changement de maitre d’œuvre
* sous traitance généralisée et mondialisée au niveau des matériels. En Finlande les problèmes sont arrivés dès le béton...
* penser que la liquidation de notre sidérurgie n’a pas de conséquences techniques [La métallurgie est une science complexe et extrêmement pratique. Raison pour laquelle Mittal achète notre sidérurgie pour récupérer les technologies]
* problème lié au capital même, puisque qu’avec un taux d’actualisation de 5% (alors que notre croissance est nulle et que l’on entre en déflation) tout retard dans le chantier a un poids énorme sur le coût final du MWh [qui a plus que doublé par rapport à ce qu’il devrait être]
* ..
Sur la question de la cuve et du couvercle de l’EPR :
Donc
on peut se poser la question de la livraison sur le site, pour la mise en
place, de matériels, à fortiori de l’importance de la cuve et de son couvercle,
non conformes.
Dans cette affaire il y a beaucoup de questions. Je vais chercher quelques réponses si possible.
Envisageons le pire.
L’acier des cuves [sur ce thème de l’acier des cuves le document de base est « solidarité Japon » Académie des sciences Juin 2011 Yves Brechet]
Supposons donc qu’il y a des zones dans le fond de cuve primaire et dans le couvercle dont la composition de l’acier sort assez nettement des spécifications.
Notons d’abord que le fond de cuve est en zone froide avec un collecteur froid qui à priori amoindrit les chocs thermiques.
Il n’en est pas de même du couvercle de cuve qui est plus exposé aux variations thermiques et est plus chaud. Le problème est donc peut-être plus sensible sur le couvercle, mais les flux de neutrons sont sans doute plus élevés sur le fond de cuve. Refaire un couvercle de cuve ne condamne pas le réacteur. La question du fond de cuve est plus compliquée.
1) le premier point est celui des caractéristiques mécaniques. Est ce que c’en est au point que la microstructure cristalline et la morphologie soient vraiment très différente dans ces zones par rapport au corps des objets forgés ? si on aboutit à des caractéristiques mécaniques très différentes, il est clair que l’on retrouvera des points d’accumulations de contraintes, ce qui n’est pas bon pour les principaux problèmes suivants.
2) Le deuxième point concerne les problèmes majeurs qui concernent le vieillissement des structures.
Il y a deux éléments :
a) la corrosion sous contraintes
b) l’effet des flux de neutrons (d’énergie > 1 Mev)
A ce niveau, on est plus concerné par les caractéristiques des joints de grains.
Et la question porte sur la création et la propagation de fissures (c’est la notion de ténacité qui est aussi liée aux caractéristiques ductiles/fragiles du matériau)
L’irradiation crée des lacunes dans le matériau et agit sur les caractéristiques mécaniques. Donc les mécanismes a et b ont tendance à se combiner défavorablement.
Dans tous les cas il faut étudier les caractéristiques mécaniques de l’acier « déviant ».
Si ce matériau est très différent au niveau de la microstructure et des phases, ainsi qu’au niveau des accumulations d’éléments aux joints de grains, en toute rigueur on n’échappe pas à une étude sous irradiation. Là, si l’on veut faire une étude dans des temps raisonnables, il faut un haut flux de neutrons rapides. Le Jules Horowitz qui aurait du être en service depuis très longtemps s’il n’y avait pas eu l’étouffement politique de notre nucléaire, va beaucoup manquer.
Donc dans le pire des cas on peut aboutir à une situation de blocage par l’ASN.
Cette affaire pose de multiples questions, notamment celle de savoir à quel niveau du processus les anomalies ont été trouvées, puis déclarées.
Le fait qu’Areva soit à la fois constructeur et maitre d’œuvre est un des problèmes de ce dossier.
Elle est révélatrice de toutes les perversités auxquelles ont conduit les changements organisationnels et structurels imposés sur une base de mondialisation, dans le nucléaire comme ailleurs, par des politiciens au service d’un système essentiellement financier.
Dans cette affaire il y a beaucoup de questions. Je vais chercher quelques réponses si possible.
Envisageons le pire.
L’acier des cuves [sur ce thème de l’acier des cuves le document de base est « solidarité Japon » Académie des sciences Juin 2011 Yves Brechet]
Supposons donc qu’il y a des zones dans le fond de cuve primaire et dans le couvercle dont la composition de l’acier sort assez nettement des spécifications.
Notons d’abord que le fond de cuve est en zone froide avec un collecteur froid qui à priori amoindrit les chocs thermiques.
Il n’en est pas de même du couvercle de cuve qui est plus exposé aux variations thermiques et est plus chaud. Le problème est donc peut-être plus sensible sur le couvercle, mais les flux de neutrons sont sans doute plus élevés sur le fond de cuve. Refaire un couvercle de cuve ne condamne pas le réacteur. La question du fond de cuve est plus compliquée.
1) le premier point est celui des caractéristiques mécaniques. Est ce que c’en est au point que la microstructure cristalline et la morphologie soient vraiment très différente dans ces zones par rapport au corps des objets forgés ? si on aboutit à des caractéristiques mécaniques très différentes, il est clair que l’on retrouvera des points d’accumulations de contraintes, ce qui n’est pas bon pour les principaux problèmes suivants.
2) Le deuxième point concerne les problèmes majeurs qui concernent le vieillissement des structures.
Il y a deux éléments :
a) la corrosion sous contraintes
b) l’effet des flux de neutrons (d’énergie > 1 Mev)
A ce niveau, on est plus concerné par les caractéristiques des joints de grains.
Et la question porte sur la création et la propagation de fissures (c’est la notion de ténacité qui est aussi liée aux caractéristiques ductiles/fragiles du matériau)
L’irradiation crée des lacunes dans le matériau et agit sur les caractéristiques mécaniques. Donc les mécanismes a et b ont tendance à se combiner défavorablement.
Dans tous les cas il faut étudier les caractéristiques mécaniques de l’acier « déviant ».
Si ce matériau est très différent au niveau de la microstructure et des phases, ainsi qu’au niveau des accumulations d’éléments aux joints de grains, en toute rigueur on n’échappe pas à une étude sous irradiation. Là, si l’on veut faire une étude dans des temps raisonnables, il faut un haut flux de neutrons rapides. Le Jules Horowitz qui aurait du être en service depuis très longtemps s’il n’y avait pas eu l’étouffement politique de notre nucléaire, va beaucoup manquer.
Donc dans le pire des cas on peut aboutir à une situation de blocage par l’ASN.
Cette affaire pose de multiples questions, notamment celle de savoir à quel niveau du processus les anomalies ont été trouvées, puis déclarées.
Le fait qu’Areva soit à la fois constructeur et maitre d’œuvre est un des problèmes de ce dossier.
Elle est révélatrice de toutes les perversités auxquelles ont conduit les changements organisationnels et structurels imposés sur une base de mondialisation, dans le nucléaire comme ailleurs, par des politiciens au service d’un système essentiellement financier.
