Commentaire de Christian Labrune
sur Rééditer les pamphlets de Céline ? Quel intérêt si ce n'est un intérêt financier ?
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Céline a écrit un chef d’oeuvre, Le voyage au bout de la nuit
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@Rosemar,
Quand j’étais en terminale, et aussi con qu’il est possible de l’être à cet âge, un certain conformisme m’induisait à lire ce qu’il fallait lire et qui manquait à ma culture, si embryonnaire que j’ignorais à peu près tout des turpitude de ce trou du cul littéraire des éditions Gallimard dans les années quarante. J’avais donc entrepris de lire ce bouquin que vous présentez comme un « chef d’oeuvre » et dont j’avais dû lire une quarantaine de pages sans pouvoir aller plus loin. Cela me dégoûtait profondément. Deux ans plus tard, étudiant en lettres, je m’étais cru obligé de refaire l’expérience. Même horreur indépassable pour un style pleurnichard, dégoulinant de ressentiment et absolument répugnant. Je ne PEUX pas consentir à rester, ne serait-ce qu’une demi-heure dans une pareille puanteur de latrines.
J’avais tout de suite compris la nature du dégoût que m’inspirait cette prose après une petite enquête dans les bibliothèques sur la vie et l’oeuvre du personnage pendant la guerre. J’ai enseigné les lettres pendant trente-huit ans. Pas une seule fois je n’aurai évoqué le nom de cette ordure.
Un jour, à la fin d’un cours où j’avais dû représenter à des élèves de seconde la nécessité de lire toutes les semaines au moins quelques centaines de pages et signalé les oeuvres les plus urgentes à découvrir, un élève était venu venu me voir. L’année précédente, en troisième, son prof lui avait fait étudier durant tout un trimestre le « chef d’oeuvre » que vous évoquez. Qu’est-ce que j’en pensais ? Etait-ce une bonne lecture ? Je me souviens très bien que je lui avais répondu : je n’aurais jamais accepté de serrer la main à une pareille ordure antisémite.
Le gamin me regarde, comme effaré : « Mais... je suis juif...’
On avait fait admirer pendant trois mois à un élève de collège dont la famille avait peut-être connu les pires horreurs (je n’en sais rien, et je ne savais pas même qu’il était juif) la »petite musique« de l’une des pires crapules que la France ait pu produire, sans même lui dire au préalable de quoi ce type était responsable.
Je n’avais rien ajouté et j’avais laissé le garçon à ses réflexions moroses. Je vous prie de croire cependant que si j’avais eu devant moi le »collègue", je lui aurais cassé la gueule.
