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Commentaire de Christian Labrune sur La faillite de la pensée grecque - AgoraVox le média citoyen

Commentaire de Christian Labrune
sur La faillite de la pensée grecque


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Christian Labrune Christian Labrune 5 juin 2018 13:09

@Ecométa

Il y a plusieurs choses, dans ce que vous écrivez, qui ne résistent pas à la critique. D’abord, vous parlez d’une « nature humaine ». Or, il n’y a pas de nature humaine parce que l’une des premières questions de la philosophie, c’est celle de la liberté. S’il y avait une nature humaine il n’y aurait guère de place pour une liberté, rien ne changerait, si ce n’est comme changent les espèces : ça prend des millions d’années, et les individus qui les composent n’y sont pour rien. Or, nous ne sommes peut-être pas plus intelligents que les contemporains de Platon (24 siècles, c’était hier !) mais nous en savons beaucoup plus sur la nature des choses, et nous sommes plus que jamais en passe de réaliser le projet cartésien qui était de se rendre « comme maître et possesseur de la nature ». La génétique, l’informatique, les nanosciences, sont en train de changer complètement le « bipède sans plumes », et l’émergence de l’intelligence artificielle forte n’est plus très loin.

A l’époque de Protagoras, on pouvait encore dire que « l’homme est la mesure de toutes choses », parce qu’on croyait savoir ce qu’il était et qu’il resterait indéfiniment. Le paradoxe est qu’on en sait infiniment plus sur l’homme, mais que plus on en sait, moins on peut le définir. Il est, comme disait Sartre, « ce qu’il se fait être ». Il n’a pas d’essence qui le détermine.

On peut bien évidemment être mécontent de son époque. Les contemporains de Platon l’étaient déjà, et Lucien Jerphagnon dans C’était mieux avant s’amuse de cette illusion éternelle, De toute façon, on sait déjà que l’Homme est condamné à disparaître assez rapidement : on pourra bien essayer de l’augmenter (nous sommes déjà des hommes « augmentés »), il ne sera pas possible de maintenir longtemps une parité avec la machine intelligente planétaire qui finira par nous succéder. Dans un siècle au maximum, ce sera fini.


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