lundi 4 juin 2018 - par Laconique

La faillite de la pensée grecque

J’ai aimé les écrits de Platon par-dessus toutes les productions humaines. C’est pour moi l’auteur qui s’est le plus rapproché de la perfection, sur tous les plans : profondeur de la pensée, rigueur de la démonstration, fermeté du caractère et des principes moraux, élégance et beauté de l’expression. C’est bien le « divin Platon », comme l’appelaient les Anciens. Je me suis gorgé de pensée grecque, au soleil, sous les oliviers. J’ai adhéré à cette pensée avec un engagement absolu. Et pourtant, en arpentant les rues et les transports en commun de plusieurs grandes villes de France, j’en suis venu à tenir, moi aussi, cette pensée pour fausse, tout simplement erronée, malgré le prestige dont elle se pare toujours aux yeux des amants de l’idéal.

Toute la pensée de Platon est centrée sur la cité parfaite. C’est l’objet de La République, c’est l’objet des Lois, ses deux ouvrages les plus volumineux. Mais tandis que j’étais pressé contre mes congénères dans une rame de tramway, j’ai compris que la cité, en tant qu’entité pérenne et harmonieuse, était tout simplement une illusion, une idée, rien de plus. Dans la réalité, il n’y a pas de cité, il n’y a que des individus. La pensée grecque, obsédée par l’abstraction et par la permanence, a édifié cette construction monumentale de la cité, avec ses lois, son ordre, sa finalité. Mais ce sont bien les chrétiens qui avaient vu juste. Toutes ces Babylones sont des édifices précaires, menacés, corrompus, et finalement illusoires. Nous vivons « les derniers temps », la fin du monde, non pas dans le sens où le monde va s’embraser subitement, mais dans le sens où, pour chacun des membres qui constituent la cité, celle-ci va bientôt s’effacer, avec ses charmes et ses poisons, et le Jugement va venir. Toute génération s’efface, et le monde disparaît pour elle. Le monde de 1860 a totalement disparu, en une génération, malgré ses rocs, ses colonnes et ses lois. Il n’y a pas de cité humaine, il y a un univers mouvant, discontinu, et une fin qui s’approche pour tous. Voilà pourquoi toutes les tentatives pour établir une utopie dans le monde réel ont abouti à des tragédies atroces.

La ville est une entité imparfaite, fragile et peut-être mauvaise. Malgré ses dehors imposants, il n’y a nul salut à en attendre. Ce qui vient, c’est le Seigneur, avec son épée tranchante, pour juger le monde et séparer le bon grain de l’ivraie.



18 réactions


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 4 juin 2018 13:05

    Ce point de vue est assez rassurant en fait. Ainsi va l’ordre des choses.


  • Étirév 4 juin 2018 13:28

    Platon (429-347)

    Platon en Vérité...
    La lutte commencée par Socrate va continuer. Platon est son élève.
    Il s’agit de renverser la Divinité féminine et de lui substituer toutes sortes d’entités chimériques. C’est de cela que Platon va s’occuper.
    Dans son Cratyle, il donne une étymologie de Zeus, cherchant à lui donner les 2 sexes.
    L’étymologie sanscrite de Zeus est Dyaus (de div, briller, d’où dêvâ ; diva) qui veut dire ciel. Dyaus est devenu, en grec, Zeus.
    Quand on a masculinisé la Divinité, on y a ajouté « père » et on a fait Dyaus-pitar (ciel-père), devenu en latin Ju-piter.
    Primitivement, Zeus signifiait « la Mère », ou « celle par qui la vie est donnée aux êtres ». On a écarté cette signification pour ne plus accepter que celle de Ciel qui semble en éloigner « la Femme », alors que cela l’en rapproche, puisque partout l’homme jeune avait comparé la femme aux astres du ciel qui illuminent et rayonnent.
    Mais nous sommes arrivés à une époque de réaction masculine contre l’amour primitif et les idées qu’il avait fait naître ; la femme, maintenant, est regardée par l’homme orgueilleux de haut en bas, c’est-à-dire avec une vue qui descend, puisque c’est le rôle de la sexualité de faire descendre, chez l’homme, l’influx nerveux du pôle cérébral vers le pôle générateur. Vue de cette manière, la femme n’est plus, pour l’homme, qu’un sexe, il ne la considère plus que dans la partie inférieure du corps, cette partie que l’on avait symbolisée par un animal (le lion dans le sphinx).
    Il compare la Mère à la terre, elle devient tellurique ou chtonique ; il ne comprend plus son esprit, et ne pouvant plus s’élever jusqu’à lui, ou le croyant si haut qu’il le met maintenant dans un Ciel imaginaire.
    Cette forme nouvelle que l’on cherchait à donner à la religion causait partout des troubles profonds.
    La Femme est donc de moins en moins divines. « Les Déesses et les hommes sont un même sang », dit Pindare, s’acheminant vers la négation de la Divinité.
    Mais les noms des Déesses avaient été remplacés partout par le mot « immortelles » ou « éternelles », et ce qualificatif, dont on ne comprenait plus l’origine, achevait de compliquer la question.
    Cependant, si Platon rejette la Divinité féminine, il se déclare dieu lui-même et se fait appeler le « divin Platon ». Il se dit fils d’Apollon, et nourri par les abeilles du mont Hymette.
    Donc, il a une naissance miraculeuse, comme tous, les orgueilleux prétendus divins. Pour compléter sa divinité, il déclare qu’il vécut vierge.
    Dans sa République, Platon se préoccupait de chercher quelle pourrait être la meilleure forme de gouvernement masculin.
    Il expose sa conception de l’Etat en attribuant la plus grande importance aux qualités viriles.
    Platon dit (Livre IV) : « Si on demandait à un législateur de faire de bonnes lois, voici ce qu’il répondrait : « Donnez-moi un Etat gouverné par un tyran ; que ce tyran soit jeune, qu’il ait de la mémoire, de la pénétration, du courage, de l’élévation dans les sentiments ; et enfin que toutes ces qualités puissent être utiles au dessein que je me propose.  »
    « Je mets au premier rang la tyrannie ; au second, le gouvernement monarchique ; au troisième, une certaine espèce de démocratie ; au quatrième, l’oligarchie, qui, de sa nature, est le moins propre à donner naissance à ce gouvernement parfait, parce que c’est dans l’oligarchie qu’il y a le plus de maîtres. »
    Ce tyran que Platon rêve et qu’il fait ressembler au précepteur de Télémaque, au sage Mentor, c’est Minerve, masquée, du reste, sous les traits de Mentor, c’est la Sagesse féminine donnant droit à l’autorité absolue parce qu’elle est l’image de la Justice.
    Mais, du moment où c’est d’un gouvernement masculin qu’il s’agit, comme on ne peut plus supposer que la Justice et la Sagesse vont se trouver réunies dans un homme, on est bien forcé de reconnaître qu’un tyran n’est qu’un vulgaire despote, régnant contre l’intérêt de tous. Du reste, l’histoire va le prouver.
    Il est curieux de constater comment l’homme qui attaque les droits de la Femme va de l’égalité à la supériorité.
    Quelle place Platon donnait-il aux femmes dans sa République ? Il réclame la communauté des femmes pour les hommes, mais ne dit pas si les femmes auront aussi la communauté des hommes. Il voulait, suivant l’ancien usage, que l’on fasse en sorte que les enfants ne connaissent pas leur père.
    Le communisme de Sparte, vanté par Platon, comprend les biens et les femmes en commun : un système qui consiste à faire le bonheur des gens malgré eux. En attendant, il propose d’envoyer au gymnase les femmes des guerriers vêtues du costume symbolique de la Mère Eve ; il propose aussi de faire périr les enfants mal constitués. Comme on le voit, les femmes constituent le troupeau humain. Il est bien entendu qu’aucune d’elles ne doit se distinguer, cela porterait ombrage au sexe masculin. C’est ainsi que ce philosophe chassait Homère de sa République. De la part d’un misogyne, n’est-ce pas là une preuve que le grand poète anonyme, appartenait au sexe détesté ?
    Il masculinise la Matrie et en fait la Patrie. Il fait dire à Socrate, dans Euthyphron : « Viens devant la Patrie comme devant la Mère commune. » Voyez la contradiction, il n’ose pas dire devant le « Père commun », cela choquerait trop les idées reçues.
    Platon admettait les femmes aux leçons qu’il faisait dans les Jardins d’Académus, mais il exigeait qu’elles prissent l’habit de l’homme pour faire partie de son auditoire. Parmi ses disciples, on cite Axiothée de Phlionte en Arcadie, et Lasthénié de Mantinée, qui se déguisèrent en hommes pour suivre ses leçons ; Et ce ne furent pas les seules, au dire de Clément d’Alexandrie.
    Cet ostracisme du sexe féminin ne doit pas nous étonner : c’est le résultat du vice connu sous le nom d’éphéborastie, que l’on s’accorde aujourd’hui à flétrir, mais qui fut célébré chez les Grecs et les Romains par la poésie et les arts presque à l’égal de l’amour naturel.
    Platon sentait l’énormité de son audace et redoutait le sort de Socrate. C’est pour cela qu’il quitta son pays et parcourut l’Egypte. Et Cicéron qui le relate, ajoute qu’il reçut des prêtres égyptiens une partie de ses connaissances. Sa métaphysique serait d’origine orientale.
    Diogène Laërce raconte que Platon acheta pour 100 mines (ou 11.000 deniers) l’ouvrage de Philolaüs, un Pythagoricien, dans lequel il puisa et qu’il reproduisit dans le Timée en en faussant le sens.

    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 4 juin 2018 13:46

      @Étirév


      Votre point de vue se défend. Mais, s’il existe bien une entité divine, elle ne peut être qu’Hermaphrodite. Pas dans le sens qu’en donne la théorie du genre qui est une perversion de la chair.

  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 4 juin 2018 13:42

    Ce qui est certain c’est que ce beau pays est actuellement vendu aux chinois. UN SIGNE,...


  • Christian Labrune Christian Labrune 4 juin 2018 14:37
    à l’auteur,

    Tout le monde a un jour ou l’autre disserté sur la phrase de Renan : « la véritable admiration est historique ». En ce sens, on peut bien admirer Platon comme n’importe quel auteur de l’antiquité, à condition toutefois de savoir que le monde a bien changé. Ce qui n’empêche pas qu’un certain style de pensée ait toujours sa pertinence. De la même façon, plus près de nous, Descartes a écrit bien des sottises sur la physiologie humaine et sur la structure de l’univers ; sa théorie des « tourbillons » nous fait rigoler, mais son exigence rationnelle continue de nous inspirer.

    L’idéalisme platonicien s’est trouvé en butte au XIXe siècle aux attaques d’un matérialisme qui se prétendait scientifique à une époque où on n’en savait pas plus sur la matière que Démocrite, Epicure ou Lucrène, et n’était dont pas moins naïf. Le dépassement de cette alternative classique, on le trouve dans la phénoménologie husserlienne qui propose, avec la suspension de la thèse du monde (épochè), une approche beaucoup plus subtile de ce que nous appelons communément le « réel ».

    L’effondrement des conceptions politiques de Platon n’est pas une nouveauté. Dumarsais au XVIIIe siècle, aimait à citer encore cette phrase de la République : « Les peuples seront heureux quand les rois seront philosophes ou quand les philosophes seront rois ». Après l’émergence des totalitarismes fondés chacun sur une certaine « philosophie de l’histoire », clôturée par de ridicules apories, cette conception a pris un sacré coup de vieux !

    Il n’empêche que vous avez probablement tort de considérer que le concept de Cité - auquel j’associerai celui de nation - est définitivement mort. Les peuples qui ne sont plus des nations, comme la France et toute une partie de l’Europe, sont en train de crever. Depuis la dernière guerre, on a voué aux gémonies l’idée de nation, dans notre région du monde, parce qu’elle avait été à l’origine de bien des guerres. On est en train de s’apercevoir que sa disparition menace la civilisation même et que les seuls peuples qui seront capables de résister à cette barbarie montante qu’est l’islamo-fascisme sont précisément des nations. Minuscules comme l’état d’Israêl, géantes comme l’Amérique de Trump, la Russie de Poutine ou la Chine. Si les Européens résolus à une franche collaboration avec l’islamo-nazisme iranien ne le comprennent pas rapidement, ils sont foutus. 

    • Jean Roque Jean Roque 4 juin 2018 15:50

      @Christian Laburne
       
      Nation, foire ratée, cadavre que les mimes bichons boobalandais s’emmerdent à agiter pour l’illusion ; la laisser aux libéraux pour dépeçage finale. Parvenus tout en bas de la caverne fécale les gogochons ne s’inquiètent plus de tte façon.
       
      Il y a 2 stades de civilisation, au 2ième dans l’esclave naît le client larve du Supermarché multiethniqué, bobinard des sexes décérébrés bobo pousseurs de caddie.
       
      Négrier gocho offre hilare son inutilité politique pour faire de la pissotière Boobaland une poubelle migratoire convenable, pour pensée convenue soumise.
       

       


    • Ecométa Ecométa 5 juin 2018 10:38
      @Christian Labrune

      Déjà à son époque Platon s’interrogeait de savoir quelles raisons faisaient qu’un État, q’une civilisation, se délite, sombre dans l’esclavage (au sens de l’aliénation) et disparaît. Mêlant l’expérience et la démonstration, il concluait qu’aucune communauté ne cède si elle n’a à l’intérieur d’elle-même les germes de sa propre destruction. Ainsi, si Athènes s’est perdue, tout comme Rome d’ailleurs, ce n’est pas sous les coups de leurs ennemis, mais que leur régime, basé sur le népotisme et l’individualisme paroxysme d’individualité et plus de l’individualité, impliquait la dégénérescence, comme celle de toute cité livrée à la cupidité morbide ; comme cette époque de nouveau aliénée au capital par le capitalisme : usage paroxysmique du capital !

      C’est simple, on pourrait même dire simpliste, mais pour notre époque moderne au modernisme, celle du changement pour le changement, véritable paroxysme de modernité et plus simple modernité, la science est devenue générique de savoir et du « SAVOIR » et, il n’y aurait plus de « Savoir » comme d’ailleurs de « valeurs », même de « PRINCIPES », que de nature scientifique et technique… c’est ce qu’on appelle l’humanisme qui nous envoie droit vers le transhumanisme et la fin du principe d’humanité et donc de l’Humanité ! Au diable l’ontologie, la déontologie, l’éthique et l’altruisme : tous ces acquits intellectuels humains ! Renvoyée aux calendes grecques et aux oubliettes de l’histoire la « métaphysique », cette « épistémologie » première philosophie et première interrogation sensée qui sortait l’humain de l’état de pure croyance religieuse. Une question se pose : sommes-nous plus intelligent avec notre pléthore de savoirs technoscientifiques ? Non, il semblerait que non ; il semblerait même que nous soyons toujours au fond de la caverne avec les ombres qui s’agitent car toujours aussi ignorant de la « Nature », comme des « états de nature » qui ont émergés, dont la nature humaine : nous sommes de plus en plus ignorant de l’humain et du principe d’humanité ! 
       
      Nos sens, soi-disant, nous trompent, et c’est la raison pour laquelle il nous faut, rationalisme oblige, mourir au sensible ; autant dire : mourir à l’humain ! Opposition culture / nature oblige, culture exclusivement scientifique s’entend, la science justifiant la science, le « comment sans le pourquoi », nous avons développé un savoir en totale négation de la « Nature » et des « états de nature », dont la nature humaine ! Certes, qu’il faille rationaliser l’action ne fait aucun doute, mais que cette rationalisation ignore l’humain, ignore la nature humaine, si ouverte, si merveilleusement ouverte, sur le meilleur comme sur le pire, une telle rationalité, qui plus est essentiellement « quantitative » ; plus exactement, un tel rationalisme relève sans aucun doute de cette bêtise humaine infini évoquée par Albert Einstein ! 

      Tout change et en même temps rien ne change réellement, c’est ainsi qu’on se croirait revenu au IV è voire au V è siècles avant J-. C-, au temps des « sophistes » et des « cyniques » mouvements d’inspiration « élitiste bourgeois » dont Platon et Aristote combattaient les idées. Des « Sophistes », qui, déjà, réclamaient moins d’Etat, et avaient l’art de faire triompher une thèse sans souci de véracité, comme si réalité était vérité, ni d’authenticité, et encore moins de loyauté : persuader, séduire, « manipuler », se mettre en avant était leur seul et unique préoccupation ! Des sophistes qui faisaient payer leur enseignement souvent brillant au plan de la dialectique mais totalement contradictoire, en termes d’entendement, pris dans son ensemble. Quant aux « Cyniques », ils pensaient que la vie sociale est un ensemble de préjugés sans aucuns fondements à laquelle il faut substituer un « individualisme confinant à l’égoïsme », car, pour eux, la vertu se situe essentiellement dans les actes, dans l’action ; pas dans la réflexion et la méditation philosophique, qui, pour eux, sont des pertes de temps.

      « Les peuples seront heureux quand les rois seront philosophes ou quand les philosophes seront rois ».

      On peut remplacer rois par dirigeants politiques ;nous en avons un philosophe, « doctor » en philosophie et ça lui sert à quoi. Notre Président jupitérien est le roi des sophistes et des cyniques.

      Une question essentielle se pose : savoir pour quoi faire ? Pour mieux comprendre, en termes entendement, d’une bonne intelligence, une intelligence commune, ou pour mieux tout manipuler ?

      La réponse est claire : pour mieux manipuler ! 
       

    • Christian Labrune Christian Labrune 5 juin 2018 13:09

      @Ecométa

      Il y a plusieurs choses, dans ce que vous écrivez, qui ne résistent pas à la critique. D’abord, vous parlez d’une « nature humaine ». Or, il n’y a pas de nature humaine parce que l’une des premières questions de la philosophie, c’est celle de la liberté. S’il y avait une nature humaine il n’y aurait guère de place pour une liberté, rien ne changerait, si ce n’est comme changent les espèces : ça prend des millions d’années, et les individus qui les composent n’y sont pour rien. Or, nous ne sommes peut-être pas plus intelligents que les contemporains de Platon (24 siècles, c’était hier !) mais nous en savons beaucoup plus sur la nature des choses, et nous sommes plus que jamais en passe de réaliser le projet cartésien qui était de se rendre « comme maître et possesseur de la nature ». La génétique, l’informatique, les nanosciences, sont en train de changer complètement le « bipède sans plumes », et l’émergence de l’intelligence artificielle forte n’est plus très loin.

      A l’époque de Protagoras, on pouvait encore dire que « l’homme est la mesure de toutes choses », parce qu’on croyait savoir ce qu’il était et qu’il resterait indéfiniment. Le paradoxe est qu’on en sait infiniment plus sur l’homme, mais que plus on en sait, moins on peut le définir. Il est, comme disait Sartre, « ce qu’il se fait être ». Il n’a pas d’essence qui le détermine.

      On peut bien évidemment être mécontent de son époque. Les contemporains de Platon l’étaient déjà, et Lucien Jerphagnon dans C’était mieux avant s’amuse de cette illusion éternelle, De toute façon, on sait déjà que l’Homme est condamné à disparaître assez rapidement : on pourra bien essayer de l’augmenter (nous sommes déjà des hommes « augmentés »), il ne sera pas possible de maintenir longtemps une parité avec la machine intelligente planétaire qui finira par nous succéder. Dans un siècle au maximum, ce sera fini.


    • Ecométa Ecométa 5 juin 2018 13:48
      @Christian Labrune

      Même Descartes savait que la science ne peut justifier la science, et c’est pour cette raison, et dans la foulée du chantier scientifique, qui, par ailleurs est toujours ouvert et le restera de façon permanente, que Descartes avait ouvert le chantier de la morale provisoire.

      Une morale qu’il voulait à n’en pas douter définitive mais qui n’aboutira pas car elle le renvoyait purement et simplement au doute, et surtout à cette philosophie qu’il a tellement critiquée. Elle le renvoyait aussi à ce malin géni qu’il évoquait et qui vient troubler la quiétude simplificatrice de la science ; un malin géni qui n’a rien à voir, ni avec « Dieu » et pas davantage « diable », et qui s’appelle tout simplement la « complexité » naturelle des choses de la nature et des états de nature, dont la nature humaine ! 

      Je suis pascalien, car Pascal, avec son principe cognitif, et bien avant les théoriciens de la physique quantique, avait une idée de la complexité des choses et que la simplification au simplisme de la science cartésienne relevait, conformément à ces acquits intellectuels, de l’incomplétude du savoir, de l’incertitude de la prédiction et de l’impossibilité de l’’individualisme méthodologique ! 

      Edgar MORIN nous dit que « Nous avons besoin, continue-t-il, de civiliser nos théories, c’est-à-dire d’une nouvelle génération de théories ouvertes, rationnelles, critiques, réflexives, autocritiques, aptes à s’autoréformer. Besoin de trouver des métapoints de vue sur la noosphère et sur nos esprits eux-mêmes. Besoins que se cristallise et s’enracine un paradigme permettant la connaissance complexe » !

      Au regard de ces acquits intellectuels et du principe cognitif de Pascal, de la complexité systémique, écosystémique et même méta écosystémique qui en résulte, une sérieuse remise en cause épistémologique s’impose !


    • Christian Labrune Christian Labrune 5 juin 2018 15:28
      « Même Descartes savait que la science ne peut justifier la science »

      "Elle le renvoyait aussi à ce malin géni qu’il évoquait et qui vient troubler la quiétude simplificatrice de la science ; un malin géni qui n’a rien à voir, ni avec « Dieu » et pas davantage « diable », et qui s’appelle tout simplement la « complexité » naturelle des choses de la nature et des états de nature, dont la nature humaine ! « 
      ========================================
      @Ecométa

      Je ne retrouve absolument pas Descartes dans ce que vous écrivez. Le »malin génie« des Méditations n’a rien à voir avec les sciences et encore moins avec la »complexité« . C’est l’argument du doute hyperbolique, dès la fin de la première Méditation :

       »Je supposerai donc, non pas que Dieu, qui est très bon, et qui est la souveraine source de vérité, mais qu’un certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant, a employé toute son industrie à me tromper ; je penserai que le ciel, l’air, la terre, les couleurs, les figures, les sons, et toutes les choses extérieures, ne sont rien que des illusions et rêveries dont il s’est servi pour tendre des piéges à ma crédulité ; je me considérerai moi-même comme n’ayant point de mains, point d’yeux, point de chair, point de sang ; comme n’ayant aucun sens, mais croyant faussement avoir toutes ces choses« .

      Dans la deuxième Méditation, Descartes écarte cette hypothèse et reformule le cogito ergo sum du Discours de la Méthode :

       »Mais il y a un je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé, qui emploie toute son industrie à me tromper toujours. Il n’y a donc point de doute que je suis, s’il me trompe ; et qu’il me trompe tant qu’il voudra, il ne saura jamais faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelque chose. De sorte qu’après y avoir bien pensé, et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure et tenir pour constant que cette proposition, je suis, j’existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit.

      On est là dans une perspective qui est celle de la logique appliquée à la métaphysique, et cela n’a rien à voir avec les sciences, encore moins avec la morale ! Si vous voulez avoir des précisions sur la les variations dans la définition du cogito entre le Discours et les Méditations, lisez les Leçons sur Descartes de Ferdinand Alquié ou, mieux, les Méditations cartésiennes de Husserl.

      Je voudrais bien savoir par ailleurs d’où vous pouvez tirer que « même Descartes savait que la science ne peut justifier la science » ! Vous pourriez prêter cette conception à Pascal, peut-être, mais certainement pas à un Descartes qui prend soin, fort prudemment, de séparer radicalement la science et la religion. La science n’a pas à se justifier : elle est, et les « longues chaînes de raisons » des mathématiques nous offrent la seule expérience possible de l’apodicticité.

      Pascal est un pur sophiste, dont la réputation est fort peu méritée. Alexandre Koyré, dans ses Etudes d’histoire de la pensée scientifique le remet à sa vraie place, qui est fort modeste.

      Ne me parlez pas du pauvre Morin : le copain de Tarik Ramadan est désormais gâteux à l’extrême et je crains qu’il ne l’ait toujours été.

  • Jean Roque Jean Roque 4 juin 2018 15:35

     
     
    « Entre le pénis et les mathématiques il n’y a rien. » Parapine
     

    « Dans le supermarché caverne des sexes pousseurs de caddie gogochons bonobobos multiethniqués, pour sortir à la lumière, il n’ y a que la maïeutique de Hanouna. » Soroste
     


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 4 juin 2018 16:26

    Excepté Pythagore et par certains aspects : Socrate. c’était effectivement un modèle de société phallocratique, qui a engendré le catholicisme et les bûchers de l’inquisition.


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 4 juin 2018 16:27

    Bon, il y a aussi DELPHE : L’ombilic du Monde


  • rogal 4 juin 2018 20:10

    Rien en Grèce hormis Platon ? Euclide ne compte pas ? Les mathématiques des Grecs sont le summum en matière de science d’objets immuables. Par leur développements, dont l’algèbre et l’analyse, elles nous ont donné la connaissance du monde physique et sa maîtrise.


    • Ecométa Ecométa 5 juin 2018 10:53

      @rogal


       A sa maîtrise ou à sa manipulation ?

      Qui se soucie des acquits intellectuels du XX è siècle ? Principe d’incomplétude, principe d’incertitude, principe d’impossibilité. Acquits intellectuels issu de la nouvelle physique, complexe et non vouée au simplisme cartésien, qui limitent la connaissances tant dans le domaine du raisonnement que dans celui de l’action.

      Qui se soucie du principe cognitif de Pascal ? Qui lui aussi prône la complexité et donc la prudence !

  • cathy cathy 4 juin 2018 23:23

    On ne peut pas réduire la Grèce seulement à Babylone. Le monde grec est très large, Il n’y a pas eu qu’Alexandre le grand, roi de Javan (d’Asie). Après la mort d’Alexandre, la Grèce a suivi d’autres directions.


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 5 juin 2018 14:20

    Jérôme de Stridon,a remarqué très tôt l’influence de la pensée de Platon sur Philon. Le Timée imprègne ses commentaires sur la Genèse du De Opficio Mundi et du Legum Allegoriaen 2. Chez Philon comme chez Platon, un Dieu bienveillant, appelé artisan chez Platon et architecte chez Philon, crée le monde. En fait, il crée avant le monde intelligible, le plan de l’architecte, antérieur au monde matériel. De même, comme chez Platon, l’architecte n’est pas responsable des failles de l’homme réel et du mal qui est en lui, car ce n’est pas lui, mais ses aides qui ont créé l’homme sensible94.

    Dés l’antiquité, Eusèbe de Césarée et Clément d’Alexandrie ont souligné combien Philon avait été influencé par le pythagorisme. Au demeurant, être platonicien et pythagoricien n’est pas antinomique dans la mesure où le porte-parole de Platon dans le Timée est un pythagoricien95. Notons que le Médio-platonisme et le Néopythagorisme qui se développent à peu près à la même époque présentent des caractéristiques semblables. Chez Philon, Les nombres « régissent les lois du monde physique » et sont le point de départ d’une meilleure compréhension du monde96. Le Un, la monade comme chez Pythagore, constitue « l’essence du divin »97. Le deux renvoie à la féminité, à un mode divisé. Le trois est un chiffre masculin. Le six (2*3) est « le monde parfait qui correspond à la création ». Le quatre est le nombre parfait puisque 2*2 et 2+2 font quatre. Le sept est le chiffre préféré de Philon : si, selon les pythagoriciens, il correspond à Athéna la vierge sans mère, pour Philon il représente Dieu lui-même. Le sept régit aussi la vie et le cosmos94. Le huit présente la beauté. Philon ne s’attarde guère sur le neuf, tandis que « les vertus mathématiques de la décade sont infinies »98.


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