Commentaire de Christian Labrune
sur La faillite de la pensée grecque
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« Même Descartes savait que la science ne peut justifier la science »
"Elle le renvoyait aussi à ce malin géni qu’il évoquait et qui vient
troubler la quiétude simplificatrice de la science ; un malin géni qui
n’a rien à voir, ni avec « Dieu » et pas davantage « diable », et qui
s’appelle tout simplement la « complexité » naturelle des choses de la
nature et des états de nature, dont la nature humaine ! «
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@Ecométa
Je ne retrouve absolument pas Descartes dans ce que vous écrivez. Le »malin génie« des Méditations n’a rien à voir avec les sciences et encore moins avec la »complexité« . C’est l’argument du doute hyperbolique, dès la fin de la première Méditation :
»Je supposerai donc, non pas que Dieu, qui est très bon, et qui est la
souveraine source de vérité, mais qu’un certain mauvais génie, non moins
rusé et trompeur que puissant, a employé toute son industrie à me
tromper ; je penserai que le ciel, l’air, la terre, les couleurs, les
figures, les sons, et toutes les choses extérieures, ne sont rien
que des illusions et rêveries dont il s’est servi pour tendre des
piéges à ma crédulité ; je me considérerai moi-même comme n’ayant point
de mains, point d’yeux, point de chair, point de sang ; comme n’ayant
aucun sens, mais croyant faussement avoir toutes ces choses« .
Dans la deuxième Méditation, Descartes écarte cette hypothèse et reformule le cogito ergo sum du Discours de la Méthode :
»Mais il y a un je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé, qui
emploie toute son industrie à me tromper toujours. Il n’y a donc point
de doute que je suis, s’il me trompe ; et qu’il me trompe tant qu’il
voudra, il ne saura jamais faire que je ne sois rien, tant que je
penserai être quelque chose. De sorte qu’après y avoir bien pensé, et
avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure et
tenir pour constant que cette proposition, je suis, j’existe, est
nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce ou que je la
conçois en mon esprit.
On est là dans une perspective qui est celle de la logique appliquée à la métaphysique, et cela n’a rien à voir avec les sciences, encore moins avec la morale ! Si vous voulez avoir des précisions sur la les variations dans la définition du cogito entre le Discours et les Méditations, lisez les Leçons sur Descartes de Ferdinand Alquié ou, mieux, les Méditations cartésiennes de Husserl.
Je voudrais bien savoir par ailleurs d’où vous pouvez tirer que « même Descartes savait que la science ne peut justifier la science » ! Vous pourriez prêter cette conception à Pascal, peut-être, mais certainement pas à un Descartes qui prend soin, fort prudemment, de séparer radicalement la science et la religion. La science n’a pas à se justifier : elle est, et les « longues chaînes de raisons » des mathématiques nous offrent la seule expérience possible de l’apodicticité.
Pascal est un pur sophiste, dont la réputation est fort peu méritée. Alexandre Koyré, dans ses Etudes d’histoire de la pensée scientifique le remet à sa vraie place, qui est fort modeste.
Ne me parlez pas du pauvre Morin : le copain de Tarik Ramadan est désormais gâteux à l’extrême et je crains qu’il ne l’ait toujours été.
