Commentaire de Et hop !
sur Le conclave de 1958, prélude du concile Vatican II


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Et hop ! Et hop ! 9 août 18:40

@Pierre-Marie Baty

Le gallicanisme des rois consistait à bien faire la part des choses entre les domaines spirituels et temporels, et d’empêcher que l’église devienne une puissance politique ou économique et financière. C’est pour ça que Philippe le Bel avait supprimé les Templiers, avant de supprimer les Juifs, puis de rétablir une monnaie d’or. Il s’agissait de s’immiscer dans l’administration et de la dévolution du temporel de l’église et des innombrables oeuvres charitables et pieuses, pas de s’immiscer dans la théologie, l’enseignement scolaire et universitaire, le spirituel. Le gallicanisme des jansénistes parlementaires est beaucoup plus radical, il vise à prendre le pouvoir spirituel à l’Église pour le donner à État et aux individus, comme dans le calvinisme.

Il faut lire attentivement cet article, on y voit l’intrication et la convegeance du jansénisme, du libéralisme économique et des Lumières. On voit que ce La Chalotais qui est un pilier du jansénisme parlementaire était quasiment athée, qu’il était adepte de Quesnay, partisan de la libéralisation du commerce du grain, et de permettre aux seigneurs de faire valoir leur domaine directement pour leur compte, avec des justifications agronomiques du mouvement anglais des enclosures.

Le Jansénisme politique est très différant du Jansénisme de Port-Royal, les uns sont liberins alors que les autres sont très pieux, mais il y a une filiation et une continuité certaine des idées politiques (notamment la haine des Jésuites), et le cantralisme administratif, le jacobinisme avant les Jacobins avec lesquels il y a une filiation et une continuité toute aussi certaine, avec le Club Breton (issu de l’époque de La Chalotais et dont sont membres Armand Camus le rédacteur de la Constitution civile du Clergé), renommés Club des Amis de la Constitution (où il y a Sieyès), puis des Jacobins.

Le projet de la Fronde du Parlement était explicitement de centraliser tous les parlements régionaux (qui n’étaient que des juridictions d’appel régionales) en un parlement national, indépendant de l’autorité du roi, capable même de lui faire des remontrances, et de délibérer pour faire des lois comme la Chambre des Communes, il veut le pouvoir législatif. C’est donc bien un projet centralisateur visant à donner à la Bourgeoisie un pouvoir autonomisé et central sur toute la société. C’est lui qui fait la promotion de l’idée de Nation, comme corps politique unique et indivisible (alors que le roi dans son serment du sacre, jurait de protéger et maintenir les libertés de SES peuples, ces libertés résidants dans leurs coutumes locales, leurs langues, leurs traditions, leur race, on pourrait dire leur ethnie). Le projet janséniste, c’est la nationalisation et la laïcisation de tout, c’est la fusion des trois pouvoirs qui commence lorsque Sieyès obtient la réunion des trois ordres dans une Assemblée nationale.

Le Jansénisme parlementaire déteste les pouvoirs intermédiaires, il veut tout uniformiser, il déteste encore plus les pouvoirs de tutelle, il les considère comme tyranniques.

Le Jansénisme politique avait autant la volonté de s’autonomiser du pouvoir de Rome, que de celui du roi, il est aussi anti-papiste que les protestants, c’est pour ça que les Jésuites sont leur ennemi mortel depuis le début. Sous la Révolution, la guerre sera déclarée par la Convention aux royautés d’Europe comme lutte contre le « papisme politique ».

Le Jansénisme politique va envenimer au XVIIIe siècle les relations avec Rome dans la querelle de la Bulle Ungenitus, avec les appelants. Le but est de rendre le clergé national indépendant de Rome, de laïciser ses oeuvres comme avec l’Hôpital Général, de nationaliser le clergé, ce qui sera fait avec la Constitution civile du clergé, puis la nationalisation de ses biens. La bourgeoisie de robe ce sont des clercs laïcs qui ont le pouvoir judiciaire et administratifs, et qui veulent aussi le pouvoir spirituel du Clergé. Il n’est donc pas étonnant que la nationalisation du Clergé, puis de ses biens, soit suivie de la création d’une nouvelle religion non catholique, le culte de l’Étre Suprême, puis de la Raison et le Théophilanthropisme. 

Le projet des Amis de la Constitution et de ses membres, Armand Camus, de Issac Le Chapelier, Sieyès, Guillotin, est enfin réalisé : les trois pouvoirs sont confondus et centralisés dans les mains des bourgeois du Comité de Salut Public et de la Convention, il n’y a plus ni roi ni pape, ni corps intermédiaires, uniquement des fonctionnaires, des commissaires, des représentants en mission.


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