Commentaire de Mervis Nocteau
sur Foi et dignité dans les communautés polythéistes|animistes et plus largement païennes, mais aussi dans le monde occidental


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Mervis Nocteau Mervis Nocteau 12 juin 17:10

@Eric F. Qu’est-ce qu’une Divinité ? Par probité, je m’en tiendrai à ce que je nomme le physile*. Et la méthode la plus physile qu’il m’ait été donné d’apprécier, à ce niveau, est celle d’Alain Badiou, produisant une ontologie pour ainsi dire matérialiste historique, encore qu’essentiellement mathématico-lacanienne. Passons. Car toujours est-il qu’il nous permet de nous en tenir à « la théorie des ensembles ». Alors, qu’est-ce qu’une Divinité ? Une Divinité est un ensemble. Un ensemble de quoi ? De témoignages, de pratiques, d’artefacts. Inutile d’y croire, à ce stade, puisque les faits plaident pour une existence composite.

La question porte sur la nature voire plus bêtement la définition de la foi et de la croyance. Quand je disais que c’était l’idée, à @Jean Keim, je le disais grosso merdo. Vous venez introduire des difficultés. Résolvons-les.

@Jean Keim définissait la foi par la confiance, c’est-à-dire exactement son antique définition permettant la mutualité, du moins au moment charnière conduisant au besoin de foi dans le Dieu exclusif des monothéismes - et surtout au moment de sa christianisation et expansion idoine. Quant à la croyance, elle signifie littéralement avoir à cœur ce qui, pour le pire, conduit au cryptofanatisme monothéiste, à la ferveur monothéiste, enfin au fanatisme monothéiste. --- Tout ceci étant dit, et connaissant le larron, je pense que @Jean Keim n’allait pas aussi loin du tout, et s’en tenait à une rationalisation sommaire. D’ailleurs, on peut dire que faire confiance, c’est croire, puisqu’il faut avoir l’autre à cœur s’y fier. Ce qui signifie que, comme d’habitude, il ne sait pas ce qu’il dit... encore qu’il situait la croyance au plan de l’irréel - ce qui, comme on vient de le voir, est infiniment plus compliqué que ses « sommairetés »... desquelles découlaient néanmoins ce que j’ai nommé l’idée.

Car les polythéistes peuvent parfaitement s’en tenir à « Alain Badiou/la théorie des ensembles/témoignages+pratiques+artefacts » quant à croire ou ne pas croire, avoir ou pas la foi, quelles que soient les définitions ou les natures qu’on place derrière ces notions. (Et c’est aussi la raison pour laquelle, le polythéiste est mieux équipé pour comprendre le physile* que le monothéiste, à éviter pour commencer tout cryptofanatisme).

Ainsi n’a-t-on pas besoin, @Eric F, comme vous l’affirmez, que « la croyance en une Divinité précède son existence » quand on est polythéiste. La coutume, l’usage, suffit. C’est ce que nombre de reconstructionnistes** dans le milieu qualifient de prévalence de l’orthopraxie sur l’orthodoxie (le bon geste sur la bonne pensée) tandis que les monothéismes sont frustrés par l’orthodoxie (au sens large d’orthodoxie évidemment, non seulement du schisme de l’Eglise byzantine).

Donc la foi, au sens monothéiste, est facultative pour le polythéiste, ce que disait déjà l’article. Seule la ritualisation compte. La question d’une « mise en oeuvre de la foi » est donc éminemment monothéiste, puisqu’il est dans la démarche monothéiste, d’être cryptofanatique, c’est-à-dire d’enjoindre aussitôt à-/aiguillonner vers- la preuve de sa foi, comme témoignage de l’orthodoxie (seul le Dieu peut « sonder les reins »).

C’est à ce point que le polythéisme appert aux Modernes dans toute son étrangeté. Le Moderne moyen croit généralement (croire, au sens de se faire des idées) que le polythéiste n’a fait qu’augmenter la difficulté monothéiste avec plusieurs Dieux & Déesses, comme si ces Dieux & Déesses attendaient du polythéiste la même démarche qu’au monothéiste. Or, c’est précisément le monothéiste, qui est démené par son Dieu exclusif, tandis que le polythéiste n’a même pas besoin d’être mené par une seule de ses Divinités. Au contraire, le polythéiste mène sa barque, dans un monde où il se concilie - ou pas - la faveur des puissances - peu importe.

La ritualisation, essentiellement, assure la mutualité (fides) et permet, parfois, d’afficher sa majesté (dignitas). C’est sans absolutisme métacosmique, dans l’émergentisme cosmique.

___
* Physiles : ne se projetant que dans la physique, par principe physicaliste... Pourquoi s’ennuyer d’un néologisme ? Tout simplement parce que je trouve injuste, de les définir par la négative (irreligieux, incroyants, agnostiques, athées, etc.). Ils existent en tant que tels, sans privation (pour autant qu’ils ne doutent pas eux aussi !).


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