Commentaire de jakem
sur Responsabilité pénale des parents
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@jakem
2- La fabrique de la meute Le terme de meurtre, si exact soit-il du point de vue du droit, demeure insuffisant parce qu’il laisse croire à l’affrontement tragique d’un agresseur et d’une victime. Or ce qui s’est produit relève d’une autre logique : celle du lynchage. Le lynchage ne consiste jamais seulement à tuer un homme. Il consiste à fabriquer une meute. La victime cesse d’être un individu, elle devient le support autour duquel le groupe se construit, se reconnaît et affirme sa puissance. Chaque coup porté n’écrase pas seulement celui qui est à terre, il renforce ceux qui le frappent. Celui qui participe prouve sa fidélité. Celui qui encourage affirme sa place. Celui qui filme ne demeure pas extérieur au crime : il en prolonge la portée en transformant le supplice en spectacle et la violence en signe de reconnaissance.
Depuis plus de quarante années passées à travailler avec des jeunes violents, des policiers, des éducateurs, des enseignants, des habitants de quartiers profondément divisés, mais aussi avec des survivants du génocide des Tutsi au Rwanda et d’anciens génocidaires engagés dans un travail de reconstruction, je n’ai cessé de retrouver cette constante : la violence collective possède une logique qui lui est propre. Elle n’est pas la simple addition de violences individuelles, elle produit un homme nouveau, dont les actes sont modelés par le regard du groupe davantage que par sa propre conscience.
