vendredi 14 juin 2019 - par rosemar

Ces invraisemblables midinettes...

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"Elles pouvaient m'emmener, me sublimer, ces invraisemblables midinettes, elles n'avaient qu'un geste à faire, un mot à dire, et je passais, à l'instant même et tout entier dans le monde du Rêve." C'est ainsi que Céline évoque la beauté des femmes américaines, divines apparitions qui subjuguent le narrateur de son roman, Ferdinand Bardamu dans "Le voyage au bout de la nuit".

 

Avec le mot "midinette", on entre dans le monde des apparences : créé à la fin du 19ème siècle, ce terme désignait à l’origine les ouvrières de la mode, qui se contentaient d’un petit repas frugal, une dînette, à midi. Contraction de deux mots, "midi" et "dînette", ce nom comporte un suffixe de diminutif -ette qui suggère une idée de légèreté, de frivolité.

 

Quel joli mot ! 

La midinette nous montre, désormais, une jeune fille ou jeune femme naïve et sentimentale qui affecte d’être une dame de qualité. C'est, là, le sens moderne du mot.

 

La midinette se donne des apparences, elle ne réfléchit guère. Dans le roman de Céline, elle apparaît comme une créature éthérée. On la voit en train de dévorer des yeux les devantures des magasins, "accaparée par l'attrait des sacs, des écharpes, des petites choses de soie, exposées" dans les vitrines.

 

Quand on parle aujourd'hui de midinette, on se représente une jeune fille fleur bleue, assez naïve et romantique. 

 

Les sonorités redondantes de ce mot, la voyelle "i" répétée, les consonnes dentales "d" et "t" qui se répondent, traduisent bien une forme de légéreté, de naïveté, de simplicité.

La midinette nous amuse, nous fait sourire, sa jeunesse lui donne une sorte d'inconscience, une forme d'élégance sympathique.

 

Le mot oscille entre tendresse et dérision, le mot hésite entre gentillesse et frivolité.

 

Bien que ce mot soit moins employé de nos jours, les midinettes existent toujours : romantiques, rêveuses, elles sont attachées à leur apparence, à leurs toilettes, à la mode.

 

On perçoit bien dans ce terme toute l'innocence de la jeunesse, toute son insouciance.

La midinette nous émeut, nous renvoie à notre enfance, à un monde de rêve, de nonchalance.

 

Les midinettes dans le roman de Céline ravissent le narrateur, deviennent pour lui des apparitions fugitives, des divinités difficiles à approcher : on perçoit une distance, car Ferdinand Bardamu, simple immigré ne semble pas avoir d'existence pour elles.

 

Le Dieu Dollar les sépare et on voit toute l'importance de l'argent dans la société américaine des années 30 : ces invraisemblables midinettes ne s'intéressent qu'aux vitrines des magasins où elles admirent des objets de luxe et ne voient même pas les êtres humains qu'elles croisent.

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Le blog : 

http://rosemar.over-blog.com/article-ces-invraisemblables-midinettes-122525008.html

 



10 réactions


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 14 juin 2019 17:53

    « Midinette » était un terme méprisant qui faisait référence aux couturières des grandes maisons parisiennes de la fin du 19ème siècle qui faisaient « dînette à midi », pendant que d’autres faisaient minette à Didi.

    Elles étaient supposées être frivole et sans cervelles puisque dans l’esprit des dandys de l’époque, elles équivalaient à l’idée que Macron se fait des ouvrières : des illettrées.

    C’était ça les midinettes. Céline en a infléchi le sens originel mais lui a conservé son côté condescendant, dédaigneux et dénigreur. La musique du mot devait lui importer davantage que la pertinence de son emploi.


    • Clocel Clocel 14 juin 2019 18:03

      @Séraphin Lampion

      Bref ! De la meuf à consommer sur place, sans l’emballer, sur le pouce, si je puis dire !


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 14 juin 2019 18:07

      @Clocel

      synonymes de midinette pour reverso : cousette, trottin, couturière, modiste, fille, arpète, grisette, arpette 


    • Fergus Fergus 14 juin 2019 18:24

      Bonjour, Séraphin Lampion

      Je partage votre avis.

      Sauf sur un point : Macron n’a jamais traité les ouvrières de GAD d’« illettrées » !!!
      Il a simplement reconnu que le fait que certaines ouvrières de l’entreprise étaient illettrées était un problème pour leur futur emploi, la disparition de l’abattoir les obligeant à chercher un job ailleurs, et donc à posséder le permis de conduire qu’elles n’avaient pas, faute de savoir lire ! D’où la recherche de solutions à trouver pour ces femmes. J"ajoute que je connaissais bien cette question lorsque j’habitais à Morlaix, à une vingtaine de Lampaul-Guimiliau où l’une de amies avait des parents.

      Macron est un type volontiers condescendant, c’est un fait, et qui se soucie peu des problèmes de classes populaires. Mais dans cette affaire on lui fait un mauvais procès !


    • Clocel Clocel 14 juin 2019 18:59

      @Séraphin Lampion

      Bob est d’accord ! http://www.languefrancaise.net/Bob/3576

      J’ai vérifié, car dans l’argot des années 50, un trottin, c’était plutôt une prostituée.


    • rosemar rosemar 14 juin 2019 21:31

      @Séraphin Lampion

      MERCI pour ce commentaire : un mot musical, un mot qui chante, en effet...


  • phan 14 juin 2019 22:04
    Valentine n’aime pas le marc trop doux, en revanche elle aime un bon coup de marc après une bonne mi-dinette.

  • Armand Griffard de la Sourdière Armand Griffard de la Sourdière 15 juin 2019 13:55

     C’est vrai qu’elles étaient craquantes les Midi.net .com...seulement aucune chance de les séduire en leur disant « vous êtes pas mal » fallait placer la barre beaucoup plus haut !

      « Vous êtes unique au monde » ( c’est le moins qu’elles toléraient )

     parce qu’elles le valaient bien ... hi hi hi  !  smiley

     


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