mardi 20 septembre - par C’est Nabum

Tourni-Canto * Tourni-Contons

 

La circonférence Bonichantée.

 

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Il n'est pas facile d'explorer une forme différente d'expression artistique quand le besoin d'accoler une étiquette se fracasse aux représentations traditionnelles. Il convient alors d'imposer un concept nouveau pour qualifier ce qui sort des sentiers rebattus, des chemins balisés qui conduisent par le bout du label, les spectateurs qui ont un besoin maladif de certitudes.

Le curieux, celui qui ose s'éloigner de sa tablette et affronter la terrible épreuve de découvrir sans avoir au préalable étancher sa soif de confirmation sur YouTube, est devenu une espèce en voie de disparition. Le public est désormais constitué majoritairement de personnes acquises, d'amis et de fans, de spectateurs qui n'ignorent rien du spectacle auquel ils vont assister.

Pour déplacer les foules ou à défaut, il ne faut pas rêver, une petite poignée d'individus arrachée à la tiédeur de leur domicile, le passage à la télévision fut jadis un incontournable avec le label, vu à la TV, qui offrait alors une exposition assurée. Désormais les réseaux sociaux font le travail avec une manipulation des choix et des goûts largement dictée par des algorithmes tout puissants.

Dans un tel contexte, ceux qui s'aventurent à vouloir se produire dans un genre qui ne peut se définir par des étiquettes convenues, éprouvent toutes les peines du monde à trouver quelques oreilles attentives. Le conformisme ambiant a un besoin impérieux de catégoriser, d'établir de grandes définitions qui doivent rester immuables.

Le conte est en mauvais compte dans cette folie des idées reçues. Il se doit impérativement d'être réservé aux enfants, de se tenir dans une bibliothèque ou un lieu confidentiel, feutré, presque secret. Il tourne le dos aux gens sérieux, désespérément adultes et indéfectiblement pragmatiques. Quant à la chanson, elle a depuis belle lurette, décidé de s'effacer discrètement derrière les genres musicaux qui exigent d'établir des tribus imperméables, oublieuse qu'elle est de l'importance qu'on donnait jadis aux paroles.

Imaginez donc ce que les organisateurs, les promoteurs, les tourneurs vont penser d'un duo qui propose ce qui se fait de plus obsolète dans ce monde en quête de la nouveauté. Un chanteur et un conteur, le pensum absolu, le spectacle soporifique par excellence, la garantie d'indisposer les malheureux qui se laisseront prendre dans leurs rets.

Personne ne songera qu'il peut s'agir d'un trouble mixte, un échange joyeux et pétillant entre deux compères qui se proposent de vous émouvoir, distraire, amuser, provoquer et instruire dans un curieux capharnaüm scénique. Ils se répondent, se contredisent, se complètent ou s'éloignent dans ce jeu de ping-pong comique et poétique qui ne peut se satisfaire de la formule : Contes et Chansons.

C'est un numéro plus subtil auquel il conviendrait, pour séduire les indécrottables de l'air du temps, de qualifier par un terme anglo-saxon. Il est vrai que l'improvisation, le comique politique, les dérapages irrévérencieux, les anachronismes et autres moments poétiques qui viennent faire tâche dans cette série, ne trouvent nulle définition acceptable et néanmoins compréhensible.

Alors, autant se construire un terme qui éloignera définitivement ceux qui disposent de 800 mots pour comprendre un discours. La circonférence bonichantée fera le tour de la question et sèmera le dépit chez les nouveaux bacheliers qui ne savaient pas ce que ludique signifie et leurs aînés qui n'en savent pas plus. Pour les derniers dinosaures de la langue de Molière, une petite invitation leur permettra de passer un excellent moment qu'ils ne regretteront pas. Nous n'attendons pas une invite venant des professionnels de la distraction vide de sens, de la vacuité à paillettes, du flonflon tonitruant. Tourni-Canto, Tourni-Contons, la circonférence Bonichantée !

À contre-mode.

Contacts : cnabum@gmail.com



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