mercredi 21 décembre 2011 - par Vincent Delaury

« A Dangerous Method » par le Docteur Cronenberg

David Cronenberg, l’un des plus grands cinéastes actuels, nous revient après deux excursions réussies dans le polar (A History of Violence, 2005, Les Promesses de l’ombre, 2007) avec A Dangerous Method (2011), présenté à la 68e édition de la Mostra de Venise en septembre dernier. Ce drame romantique, doublé d’un thriller psychanalytique, nous présente un « duel » entre deux sommités intellectuelles de la psychanalyse : Sigmund Freud (1856-1939) et son disciple Carl Gustav Jung (1875-1961). Une jeune femme souffrant d’hystérie, Sabina Spielrein (jouée impeccablement par Keira Knightley), est soignée par le psychiatre et psychologue suisse Jung : elle passe bientôt du statut de patiente à celui de maîtresse. C’est alors qu’elle entre en contact avec Sigmund Freud que leur relation, dans une société autrichienne encore toute puritaine, est révélée…

Calme plat, mer d’huile, générique somptueux jouant sur les pleins et déliés de la calligraphie, nappes wagnériennes du compositeur Howard Shore, reconstitution minutieuse, beauté des images couleur crème, femmes toutes de blanc vêtues : contrairement aux apparences, on est bien dans un film signé Cronenberg, le « Maître de l’horreur viscérale » ayant engendré par le passé des films fantastiques ou d’horreur lorgnant vers le gore tels que Scanners (1980), Videodrome (1982), Dead Zone (1983), La Mouche (1986), Crash (1986) et autres eXistenZ (1999). Sous des allures traditionnelles qui le font s’éloigner, depuis Spider (2001), d’une imagerie traditionnelle propre aux films d’épouvante, le cinéma du Dr Cronenberg n’en est pas moins dérangeant, via notamment de… petits coups d’accélérateur propres à l’auteur pour nous faire basculer du réalisme corseté vers les forces inconnues de l’inconscient et la sauvagerie des pulsions ; dans A Dangerous Method, il faut entendre un Vincent Cassel matois, campant Otto Gross, dire à un Jung droit comme un i qu’il doit « baiser sa patiente jusqu’à l’agonie  » (sic). C’est brutal, on est bien chez Cronenberg.

Ici, après ses incursions dans le drame psychanalytique (Faux Semblants, Le Festin nu, Spider), le film d’action (A History of Violence) et le film de gangsters (Les Promesses de l’ombre), le cinéaste canadien continue sa mue formelle tout en parlant encore et toujours de l’un de ses thèmes majeurs : la psychanalyse, s’accompagnant de ses corollaires : la sexualité, la médecine et le corps comme champ d’expérimentation. Ainsi, en y regardant de près, le cinéma de Cronenberg, sous une facture désormais lisse qui entraîne que d’aucuns confondent trop facilement classicisme et académisme, creuse le même sillon : aller fouiller du côté de la sexualité, du cerveau humain, de l’identité et du double. Son premier film, Transfer (1966, un court métrage de 7 mn), traitait déjà de la relation ambiguë entre un psychiatre et son patient : on y voyait un patient suivre son analyste de manière compulsive. Et le duel Freud/Jung dans A Dangerous Method n’est pas sans rappeler l’aventure troublante des médecins jumeaux de son chef-d’œuvre Faux Semblants. Mais, devant son dernier opus, le film de l’auteur auquel on pense le plus (on reste frappé par la monstration de l’hystérie chez Sabina Spielrein/ Keira Knightley qui crée un corps crispé à la beauté convulsive), c’est Spider. Sur fond d’étrange enquête, on plongeait avec ce film introspectif, qui fut à sa sortie pour Cronenberg un échec commercial, dans les arcanes de la folie : il s’agissait d’une exploration vertigineuse du cerveau humain d’un psychopathe. Cette Sabina Spielrein, Russe juive, était-elle folle ou bien est-ce la société austro-hongroise au style 1900, très réprimée, qui voulait la faire passer ainsi parce qu’elle parlait trop ouvertement de sexe et du corps ?

On touche là à deux thèmes importants du film : la sexualité et ses perversions (le sadisme, le masochisme) et le judaïsme qui va de paire avec la psychanalyse. On se souvient que le régime nazi condamna les théories de Freud qui, en raison de ses origines israélites, quitta en 1938 Vienne pour Londres. Dans le film, Freud met en garde Sabina Spielrein, qui vient de nouer une relation avec un non-Juif en la personne de Jung : « Ne faites pas confiance aux aryens. Nous sommes Juifs, nous resterons toujours des Juifs pour eux. » Et, si elle est fascinée par l’opéra de Wagner (Siegfried) – attention, spoiler -, c’est parce qu’il met en scène un inceste, or Spielrein éprouve du plaisir dans le sadomasochisme parce que ça lui rappelle un trauma infantile : des pratiques sadomasochistes avec son père, s’accompagnant bientôt d’une excitation qu’elle éprouvait quand il la frappait. A la question de Jung (« La première fois que votre père vous a battue ? »), sa patiente de lui répondre – « Ca m’a excitée. » Cronenberg met alors les pieds dans le plat en filmant une fessée pour traduire le point d’achoppement entre agression physique et plaisir sexuel. L’idée étant pour Spielrein que l’instinct de mort, sur fond d’Eros-Thanatos, est partie prenante de la sexualité. A noter que l’actrice Keira Knightley a failli refuser le rôle de Sabina Spielrein à cause de cette scène (la fessée). Mais le cinéaste l’a rassurée en lui indiquant que Michael Fassbender (Jung) frapperait une boîte, puis la fessée serait composée postérieurement au montage. Ayant bu un shot de vodka juste avant la scène, Knightley aurait menacé son partenaire de jeu en plaisantant : « Mon garde du corps m’attend à l’extérieur. Si tu me touches, il te casse les jambes » ! 

Cronenberg, avec sa dernière cuvée (A Dangerous Method) montre efficacement comment dans cette bonne société de l’époque, constituée d’hommes en cols blancs serrés et de femmes corsetées que l’on parait de robes blanches pour les voir à tout prix comme des anges, parler de la sexualité était encore tabou. Au passage, il montre bien la rivalité entre le paternaliste Freud et son disciple Carl Gustav Jung. Grosso modo, celui-ci reproche à Freud de tout ramener au sexe, dans le film on entend même ceci – « Mais si Freud parle autant de sexe, c’est qu’il ne baise pas !  ». Pour Jung, la libido n’a pas qu’un caractère purement sexuel, c’est avant tout une énergie vitale et universelle qui pousse l’homme, pour s’en sortir, à lorgner du côté du mysticisme, du chamanisme, en vue d’entraîner une osmose entre l’individu et le cosmos. Pour Freud, cette « psychologie des profondeurs » est la porte ouverte aux élucubrations ésotériques et aux sciences occultes. Etonnamment, dans le film, on sent que David Cronenberg a plus d’empathie pour le personnage de Jung que pour celui de Freud. Or, au niveau idéologique, Cronenberg, c’est l’inverse. Ne cessant de mettre en avant la primauté du corps, ce « cinéaste organique », qui fusionne corps et esprit (selon l’idée que les phénomènes corporels ont un impact direct sur la psyché et vice-versa), est bien plus proche de Freud que de Jung ; ce qu’il ne manque pas de rappeler à Isabelle Regnier dans Le Monde du 20/12/2011 : « Jung était à la mode dans les années 1960. La spiritualité, le mysticisme, le symbolisme, l’inconscient collectif… Tout cela allait bien avec la drogue, la musique, l’injonction à être créatif… Je connais des gens qui ont suivi des thérapies jungiennes, d’autres des thérapies freudiennes, avec succès dans les deux cas. Mais étant donné que je suis athée, et que je pense que ce dont Jung parle au fond, c’est de religion, je ne peux pas le suivre. Freud était athée. Ce qu’il dit, c’est qu’il faut que nous nous acceptions pour ce que nous sommes. La réalité, pour lui, c’est le corps humain. Il suffit de voir mes films pour comprendre que je partage ce point de vue. De toute façon, qu’est-ce que filme un cinéaste ? Le corps humain, c’est le sujet du cinéma. »

Bref, avec A Dangerous Method, Cronenberg signe un film ambitieux, du 4 sur 5 pour moi. En même temps qu’il nous donne une leçon de psychanalyse distinguant deux écoles primordiales (freudienne et jungienne), il montre une sulfureuse histoire d’amour entre un homme, Jung, et une femme passionnée, sa patiente.

 



17 réactions


  • Fergus Fergus 21 décembre 2011 16:22

    Bonjour, Vincent.

    Merci pour cet article. Je vais d’autant plus aller voir le film que j’ai beaucoup apprécié en 2009 la pièce de Hampton au théâtre Montparanasse. Samuel Le Bihan y jouait Jung tandis que la lumineuse Barbara Schulz y tenait (et de quelle manière !) le rôle de Barbara Spielrein.

    La réputation justifiée de Cronenberg et la bande-annonce prometteuse ne peuvent que me conforter dans ce projet.

    Cordialement.


  • Vincent Delaury Vincent Delaury 21 décembre 2011 17:00

    OK Fergus et n’hésitez pas à revenir ici faire part de votre ressenti après visionnage du film.
    Cordialement,
    VD


  • Valerianne Valerianne 24 décembre 2011 12:45

    Bonjour,

    Merci pour votre article, intéressant.

    Juste une remarque, néanmoins, à propos de « Spider ». Il ne s’agit nullement d’un film présentant un psychopathe, mais d’un film présentant un personnage de schizophrène. La psychose (dont fait partie la schizophrénie) n’ayant rien à voir, mais vraiment rien à voir, avec la psychopathie... smiley


    • Patrick Samba Patrick Samba 25 décembre 2011 02:53

      Bonjour,

      bien que l’on s’éloigne du sujet de l’article, mais que vous souhaitez être exigeante sur les termes, Valérianne, je vais me permettre une remarque. En affirmant que « La psychose(...) n’a rien à voir, mais vraiment rien à voir, avec la psychopathie », ne seriez-vous pas un peu péremptoire, voire un tantinet gonflée ?
      Parce que,
      - et d’une, les choses ne sont peut-être pas aussi simples et claires (et d’ailleurs l’un des intérêts du film « A dangerous method » est, entre autre, de démontrer que l’absolutisme dans les disciplines de la psyché est problématique, comme partout d’ailleurs mais peut-être encore plus dans celles-ci. Je vise ici particulièrement l’ostracisme intellectuel dont souffre en France l’oeuvre de Jung dont on peut constater grâce au film qu’il est démesuré),
      - et de deux, le terme « psychopathie » dans le langage courant est aussi un terme générique signifiant : pathologie du psychisme, et que donc tout malade souffrant de troubles psychiques est un psychopathe.

      Et puisque l’on est dans les précisions, êtes-vous bien sûr, l’auteur, qu’il s’agisse bien d’un inceste ? Je ne garde pas le souvenir de l’évocation d’un acte de cet ordre, mais d’humiliations intriquées avec une excitation sexuelle voire une pratique d’ordre masturbatoire. Mais il faut dire que l’intensité émotionnelle est grande dans ce passage du film, et les paroles rapides, ce qui rend par conséquent l’écoute ou la lecture (en VO) délicate.


    • Patrick Samba Patrick Samba 25 décembre 2011 03:00

      Ah, et j’ajoute, avec votre article ça fait sur Agora Vox deux passionnantes critiques. Merci.


    • Valerianne Valerianne 25 décembre 2011 10:53

      Bonjour Patrick Samba,

      Je suis sûrement péremptoire, tout simplement parce que ça me lasse de constater, notamment dans certains médias, comme les gens confondent les deux termes. Notamment dès lors qu’on parle d’actes criminels.

      Pour faire simple, un psychopathe (que certains appellent aussi « sociopathe »), relèvent de l’état-limite. Il a complètement conscience de ce qu’il fait (il éprouve d’ailleurs rarement des remords, de la culpabilité...), avec un mode aux autres assez pervers, parce que son rapport à la réalité n’est pas perturbé, contrairement au psychothique.

      Alors évidemment, que certains criminels, psychopathes, essayent de faire croire à l’altérité de leur conscience au moment de l’acte, par opportunisme, pour échapper à la responsabilité pénale, il y en a, d’où peut-être d’ailleurs la confusion pour les journalistes...

      Mais la structure de leurs personnalités est très différente.

       

       


    • Patrick Samba Patrick Samba 25 décembre 2011 12:54

      « Mais la structure de leurs personnalités est très différente ».

      Bon, on va avoir du mal à se mettre d’accord. Et en même temps ça a quoi d’étonnant ? Ca va faire deux siècles que les psy s’écharpent sur la sémiologie psychiatrique (l’étude des signes des troubles psychiques, leur description, leurs limites...Cette parenthèse n’est pas pour vous). Et quand je dis deux siècles.... Ce débat a probablement dû toujours existé, avec néanmoins une probable accentuation depuis l’isolement de la « paralysie générale » (paranoïa syphilitique) puis la découverte de Pasteur qui espérait prévenir bien des maladies par des vaccins. Et depuis, et surtout de nouveau aujourd’hui, les étiquettes ont tendance à figer la réflexion, avec toutes les conséquences graves que cela peut avoir et pas seulement sur la santé des patients....

      Et alors justement ce film tombe bien. Il va redonner du souffle.

      Et d’ailleurs Jung, à qui Cronenberg prête des pratiques S-M (c’est lui qui le dit donc, et voilà cette fameuse limite du film historique sur un sujet comme celui-là...), est-il un pervers d’après vous ?
      Et bien sûr je vous pose la question par pure provocation...
      N’empêche.....


    • Valerianne Valerianne 25 décembre 2011 15:16

      Je n’aime pas les étiquettes (souvent trop enfermantes), mais en l’occurrence, je n’aime pas non plus les approximations qui font confondre « psychopathie » et « psychose ». Tous les psychiatres que j’ai rencontrés (et cela fait plus de 25 années que je les fréquente), je dis bien tous, m’ont confirmé que ces deux structures n’avaient rien à voir. Moi-même ayant posé la question très tôt, me demandant si avec mon indifférence structurelle, ma froideur affective... je ne risquais pas d’être psychopathe...

      Vous trouverez cette approximation (il y en a d’autres, comme celle qui consiste à penser que la schizophrénie est un dédoublement de personnalité...) partout sur le net, parce que les gens utilisent parfois n’importe comment un terme passé dans le langage commun... mais venant de psychiatres, ou de personnes connaissant bien la psychiatrie (car concernés), non. Comme ici (mais c’est un forum géré par un médecin) : http://www.atoute.org/dcforum/DCForumID5/5881.html

      Et vous comprendrez aussi certainement comme c’est pesant, pour certains (comme moi), ce mélange des genres... qui font écrire par certains (je pense notamment à des journalistes), des non-sens, et font qu’après, les français lambdas associent par ex « schizophrénie » et « fou dangereux ».

      Pour revenir à Spider, c’est un film qui présente un schizophrène, quelqu’un qui a des hallucations et des délires qui le poussent à tuer : http://schizo.sosblog.fr/Premier-blog-b1/Spider-Patrick-McGrath-folio-b1-p106.htm - rien à voir avec un tueur psychopathe, qui prend du plaisir à faire souffrir l’autre (considéré comme un objet) sans aucun remords ni sens de la culpabilité... Un autre lien d’un spécialiste des tueurs en série qui sait faire, lui, le distinguo : http://www.yozone.fr/spip.php?article13193

      Pour votre toute dernière question, je ne suis pas psychiatre, ni psychologue clinicienne, ni férue des étiquettes, mais je vous répondrais quand même subjectivement que non, pour moi, on n’est pas forcément pervers parce qu’on a des pratiques SM, que oui, il me semble qu’on peut pratiquer ce type de sexualité dans le plus profond respect de son partenaire (contrairement à un pervers qui ne respecte pas l’autre).


    • Patrick Samba Patrick Samba 25 décembre 2011 15:46

      Et bien tous les psychiatres que vous avez rencontrés ne sont pas très malins.. Vous n’allez pas arrangé l’image de cette profession !
      Mais je vous garantis avec la plus totale certitude qu’ils et elles ne pensent pas tou(te)s comme ça . Heureusement... D’ailleurs et Freud, et Jung, etc... étaient psychiatres.


    • Valerianne Valerianne 25 décembre 2011 16:05

      Permettez moi moi, de penser, que ce qui n’est vraiment « pas très malin », c’est de jongler avec ces approximations, et de tout mélanger comme vous le faîtes... ce qui porte préjudice aux personnes concernées (mais vous ne semblez pas, avec vos certitudes, vous en rendre compte...)

       


    • Patrick Samba Patrick Samba 25 décembre 2011 17:18

      Allez bon vous prenez la mouche. Il n’y a pas de raison je vous assure. Ce que j’avance n’est pas le fruit de l’approximation. Et si vous vous tolérez très mal les approximations sur le net et chez les journalistes, moi également, du moins pour ces derniers.
      Mais en plus je combat la nosographie psychiatrique basée sur une trop grande référence à la nosologie somatique médicale. L’esprit n’est pas le corps, et la psyché n’a pas à s’appréhender comme un organe (c’est d’ailleurs une tonalité du freudisme liée au fait que Freud était à l’origine neurologue).
      Je le pensais bien, ce film a tous les ingrédients pour déclencher des passions. 


    • Patrick Samba Patrick Samba 27 décembre 2011 08:41

      Bonjour,

      faut-il que je réagisse vu le nombre de « moinsage » ? (moins sage ?) Parce qu’il est parfois difficile d’en interpréter la signification (Avis spécifique sur le commentaire ? Petite ou « grosse » vengeance pour une position, politique ou non, prise ailleurs. Et le reste...)

      Je vais le faire puisque vous vous êtes exposée (mais vous n’étiez pas obligée).
      La nosologie (l’étude des maladies, leur catégorisation ou classification), comme tout autre sujet, peut être l’objet d’un débat sans fin. Qui plus est dans le domaine de la psychopathologie. Parce qu’il y est question de souffrance dans un univers aux dimensions et aux limites plus floues qu’elles ne le sont à priori dans l’espace somatique.

      Alors psychose OU sociopathie...... Les choses ne sont pas aussi simples. Tout simplement.

      Structures ? oui, sans doute, peut-être, mais à quel niveau, degré, importance de pathologie ?

      Ca peut être psychose ET un tout petit peu de psychopathie !!... Ou un tout petit peu de psychose ET un tout petit peu de psychopathie. Pas-psychose ET pas-psychopathie. « Etats limites ». Ou rien de tout ça... etc, etc... Et on peut remplacer ET par OU....Et c’est quoi un tout petit peu de psychose par rapport à la névrose ? Et un petit peu de sociopathie par rapport à la névrose ? Bref on peut ne pas en finir.
      Or on s’en fout un peu. Ou beaucoup.
      Ou pas du tout.....
      Mais en réalité ce qui importe c’est ... la souffrance. Non ?

      Et sa gravité. (Et on n’a pas forcément besoin de catégorisations étanches pour s’en faire une idée. Il y a d’autres critères pour dire si c’est grave, moyennement ou bénin.)

      Et puis surtout ce qui importe c’est... la manière d’y répondre (et ça c’est aussi abordé dans le film).

      (Et parfois il suffit de dire : « c’est pas grave », quand ça n’est pas grave, pour que ça ne soit plus « grave » du tout, mais qu’on a eu peur que ce le soit....)


    • Patrick Samba Patrick Samba 27 décembre 2011 09:25

      Et puis je voudrais rajouter : sur un sujet comme celui-là un commentaire c’est tout de même plus souhaitable (car plus clair) et respectueux qu’un moinsage.... ( je rappelle également qu’il s’agit tout de même ici et avant tout d’un lieu de débat, avec ce que cela suppose de risque éventuel...) 


  • Vincent Delaury Vincent Delaury 25 décembre 2011 10:00

    Patrick Samba : « Et puisque l’on est dans les précisions, êtes-vous bien sûr, l’auteur, qu’il s’agisse bien d’un inceste ? »

     Effectivement, inceste, terme discutable. L’ébat fait débat, pourrait-on dire...
    C’est vrai que le mot « inceste » en dit plus que ce que ne montre le film ; d’autant plus que c’est visiblement Jung qui fait perdre sa virginité à Sabina Spielrein - cf., dans le film, la tache de sang sur les draps blancs.
     
    Et c’est vrai que le réalisateur Cronenberg, que ce soit dans « A Dangerous Method » ou en interview, ne parle pas de... relations sexuelles explicites entre Sabina Spielrein et son père. Il précise simplement ceci (toujours dans « Le Monde », 20/12/2011, à Isabelle Regnier) : « Les pratiques sadomasochistes que l’on voit dans le film sont le résultat de nos déductions, à Christopher Hampton (qui a écrit le scénario) et à moi-même, mais elles sont tout à fait plausibles en regard de l’analyse qu’elle fait de la relation avec son père, de l’excitation qu’elle éprouvait quand il la frappait. » 
    Cdlt,
    VD

    Sur AgoraVox, à lire aussi sur le film : http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/je-t-aime-moi-non-plus-et-autres-106840


  • Valerianne Valerianne 25 décembre 2011 11:33

    Sinon, ce que j’ai trouvé très intéressant dans la critique de Vincent Delaury, c’est cette phrase : « Etonnamment, dans le film, on sent que David Cronenberg a plus d’empathie pour le personnage de Jung que pour celui de Freud. Or, au niveau idéologique, Cronenberg, c’est l’inverse. »

    ...car oui, j’ai aussi senti cette empathie à l’égard de Jung (même s’il est aussi présenté avec des défauts, notamment celui de ne pas assumer sa liaison avec Spielrein...), cf par ex la très belle scène au bord du lac, où Jung évoque à Spielrein son rêve apocalyptique.

    Je cite par ex les Cahiers du cinéma : « ...Il (Cronenberg) dépasse grâce à l’admirable puissance de synthèse de sa mise en scène le travail de description historique, pour atteindre à une dimension oraculaire lors du finale, sur les rives enchanteresses du lac Léman, lorsque Jung dévoile son rêve annonçant l’Apocalypse de la Grande Guerre qui va s’abattre sur l’Europe. La manière dont Cronenberg soumet ainsi le récit à la puissance des visions de Jung, seul personnage en mouvement du film (il faut louer le jeu tout en nerfs et contention de Michael Fassbender), est d’autant plus troublante que les deux autres personnages du »triangle« sont traités avec un implacable prosaïsme : Freud, éliminé au cours de la scène du paquebot, n’est qu’une espèce de momie rigide engoncée dans sa morgue de patriarche (Viggo Morgensen au bord de l’empaillement), tandis que Sabrina Spielrein rentre tristement, via une ellipse finale assez cruelle, dans la norme des conventions bourgeoises. »

    Comme par ailleurs, j’ai lu dans plusieurs interviews que Cronenberg se sentait nettement plus proche de Freud (notamment parce qu’il est lui aussi athé), ça m’a interpellée. Si Cronenberg était si opposé aux théories de Jung, il ne laisserait pas planer le doute ainsi sur le fait que celui-ci puisse faire des rêves prémonitoires (avec cette logique du « collectif » qui dépasse la simple interprétation « sexuelle » que revendique plus Freud...). A moins que ça ne soit que pour un choix « cinématographique »...

     

     

     


    • Patrick Samba Patrick Samba 25 décembre 2011 13:56

      Et au risque d’en remettre une couche, je suis très interrogatif sur la légèreté de Cronenberg concernant la réalité historique ( "Les pratiques sadomasochistes que l’on voit dans le film sont le résultat de nos déductions, à Christopher Hampton (qui a écrit le scénario) et à moi-même, mais elles sont tout à fait plausibles en regard de l’analyse qu’elle fait de la relation avec son père, de l’excitation qu’elle éprouvait quand il la frappait"), et la question des limites du traitement de ce genre d’évènement historique par un film (déjà évoqué dans les commentaires de votre article).
      Il faut tout de même se demander quel sera le souvenir et son influence que laisseront ces scènes SM dans la mémoire du spectateur... En France je parle, où Jung est déjà très discrédité.

      Vais-je changer mon opinion sur ce film, exprimée dans le fil de votre article ?  


  • Vincent Delaury Vincent Delaury 25 décembre 2011 12:04

    Merci Valerianne pour vos interventions.
    « A Dangerous Method ». Voilà un film qui fait parler de lui. En tout cas sur AgoraVox !
     Tant mieux, c’est un film exigeant, et bien plus retors qu’il n’en a l’air au départ.
    Comme toujours dans les dernières cuvées, en apparence sages, de David Cronenberg...


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