lundi 29 novembre 2021 - par Sandro Ferretti

Claire Denamur, la fille qui « n’en a rien à se foutre en l’air... »

C’est le genre de fille qu’on imagine plutôt descendre de sa Mini-Cooper, avec deux têtes blondes à l’arrière, une belle villa d’architecte devant, un mari au boulot, un amant dans le placard, un smartphone dans chaque oreille, des macarons Ladurée à la main. La routine des belles bourgades des Yvelines…

Sauf que pas du tout. Celle-ci a la voix trop rauque pour être honnête, dans les bottes trop de questions pour lire Marie-Claire et dans les synapses des histoires de femmes qui auraient vingt ans de plus qu’elle. Une impression d’avoir vu le film avant même de s’être assise dans son fauteuil d’orchestre.

Comme une frangine de Bashung (qu’elle a connu trop tard) et sous le jean prometteur, comme une façon griffonnée de prendre la plaine à travers les trains. Quand on la voit, on ne sait trop ce qui domine, entre le risque de se prendre une pointe de Santiag dans les choses de la vie, ou bien son bruit de porcelaine cassée en dedans.

C’est pour ça qu’on peut s’asseoir un moment et l’écouter, avec son mélange subtil de brutalité masculine et son bruit de vaisselle cassée du côté du tiroir qu’on n’ouvre pas au premier venu.

Je me souviens très bien où et quand je l’ai vu pour la première fois, sur un passage à la TV belge (alors que, malgré son nom, elle n’est pas belge, ni de près ni de loin, mais d’origine franco- argentino-hollandaise).

J’étais avec deux amis de canal historique bashungien, et on l’a vu s’attaquer à « la nuit je mens » avec des rictus goguenards, tant il est vrai que tous ceux / celles qui ont tenté cette face nord ont tous lamentablement dévissé et sont rentrés direct se soigner à l’infirmerie de la vallée…

Mais non, ça l’a fait, on n’a pas moufeté, on s’est regardé sans maux ni mot dire. Je me souviens avoir resservi les verres de Brouilly (ou de St Amour peut être) dans le salon. En la voyant, « des requins qui fumaient plus ont rallumé leur clope ».

Certains d’entre nous se voyaient bien l’installer dans un petit chalet dans le Vercors, faire du saut à l’élastique sur les aqueducs, et puis rentrer le soir faire un feu qui crépite, toussa, toussa.

Celle-là, on allait en reparler, avec sa rauquitude bien placée et sans ostentation, son phrasé nasillard, sa guitare sobre mais efficace.

 

Et puis oui, on en a reparlé un peu.

Des albums soignés (« Vagabonde », « rien de moi », puis « Bang, bang »)

De ses dix ans passés aux Etats-Unis avec son père, elle a ramené (outre des 33tours du dit-père, Led Zep, Neil Young, etc) un gout prononcé pour le blues country, ou le country rock (on s’en fout un peu des étiquettes).

Couplé à une belle guitare vibrato sans frime, une basse discrète, des caisses claires et un batteur appliqué, ça a donné ça, en 2011 :

 

Et encore ce titre, où, bien qu’elle n’ait aujourd’hui que 37 ans (et 27 en 2011 quand elle enregistre ce morceau) elle parle intelligemment – comme le ferait une quinquagénaire- de la féminité et de la séduction qui se barre comme des bas filés, du fait qu’on aimerait bien retenir ce taxi et son compteur fou qui tourne sans cesse. Mais que cela ne se peut point, comme chantait Gérard Manset.

Pas de frime dans ses rimes.

Ca tape là où il faut pour faire tomber le bonhomme, juste en dessous du plexus.

 

Le calendrier s’est ensuite effeuillé, on s’est retrouvé un 34 septembre.

 

On s’est gentiment habitué à sa tessiture de voix d’un autre monde, sa voix cassée pour de vrai (pas comme celle du sieur Benguigui …).

Sa belle culture musicale des seventies et des eighties l’a par ailleurs conduit à faire de belles reprises (Lana del Rey, Johnny Cash, Cold War Kids, Florence & the Machine, etc)

 

Son apogée fut sans nul doute en 2015 la musique de film « l’Hermine  », (avec Lucchini et Sidse Babett Knudsen) qui inclut notamment ce petit bijou qu’est « Dreamers », qui l’a pas mal fait connaitre.

 Le morceau est superbe, mais l’hommage à « Summer wine » de Lana del Rey un peu trop appuyé tout de même (mais bon, je ne suis pas de la police des plagiats, non plus…)

Et puis elle a disparu.

J’ai lâché mes plus fins limiers à travers la plaine, qui ont fini par retrouver sa piste – toujours aussi belle - en juin 2020, dans un duo avec le trio « Diva Faune », sur une reprise de « Would you stand by me ? ».

 

Nous, on aurait bien voulu rester avec elle, puisque c’était demandé si gentiment, mais elle est repartie « on the road again », in the middle of nowhere.

Depuis, elle manque à l’appel. Et pour tout dire à la pelle, aussi.

En tant que sheriff du coin, je ne lâcherai pas l’affaire. Les recherches ne s’arrêteront pas avec la nuit. Je ne mens pas…

 

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19 réactions


  • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 29 novembre 2021 14:12

    Et puis aussi ces deux morceaux que j’aime bien,( qui bizarrement « ont sauté au montage », comme on dit dans le cinoche) :

    https://www.youtube.com/watch?v=5lbf7BPYSOc

    et ceci ;

    https://www.youtube.com/watch?v=XetTDj8-o2w


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 29 novembre 2021 20:54

    Tain le Zep ricain ...on va bientôt me dire que Ozzy est chti ( bon j’aimerais) ! Nan mais allo !


    • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 30 novembre 2021 08:45

      @Aita Pea Pea
      Jamais dit ( ou écrit) que Led Zep était amère loque...
      Juste que la miss ( cf. pas mal d’interview) a fait son apprentissage de culture musicale aux USA dans les vinyles de son père chez qui elle a vécu 10 ans ( qui mélangeait britons, US, français, etc)
      On peut très bien écouter Zucchero dans l’Ohio sans que ca fasse de M. Fornacari un américain.
      De toutes façons, l’escalator pour le ciel part aussi bien de San Diego que de Birmingham ou d’Orcières-Merlette.
      PS : je crois te l’avoir déjà dit, mais c’est toujours mieux de lire lire vraiment les articles avant de commenter.


  • PhilVite PhilVite 30 novembre 2021 01:34

    Le mystère. Finalement c’est ce qu’on aime chez les femmes (enfin chez certaines, parce que franchement pour d’autres, allez savoir pourquoi...). Faut que ça vive dedans, qu’il y ait des yeux qui regardent vraiment et qui nous disent des choses que les mots ne peuvent pas dire. Un peu comme la musique, une vibration qui nous relie au monde auquel on ne comprends rien, celui des nuits d’été pleines d’étoiles, celui des couchés de soleil rouges après l’orage. J’aime ces femmes qui nous disent avec ou sans mots que la vérité est ailleurs et qui nous laissent penser que faire un bout de chemin avec elles pourrait nous en rapprocher. Bon, après faut savoir qu’il y a autant de faussaires femelles que mâles, y’a pas de raison, et que le mawashi-geri du retour à la réalité peut faire bobo quand on ne tient plus ensemble sur le trapèze...

    Vous avez raison Sandro, fouettez vos limiers qu’ils nous retrouvent encore une fois cette quasi quadra d’exception qui semble encore en avoir sous le pied.


    • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 30 novembre 2021 08:37

      @PhilVite
      Pas mieux.
      Où est-ce que je signe mon procès-verbal ? En bas à droite, c’est ça ?


    • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 30 novembre 2021 13:37

      @PhilVite
      Puisque vous avez été sage, que vous avez eu la délicatesse de ne pas me parler politicailleries et autres covideries ( version « continuons le combat, etc ») et de parler de la vraie vie (tant qu’il y en a), un petit supplément d’âme de la belle :

      https://www.youtube.com/watch?v=RuvLmmTewF4

      Pour le reste, avec mes chiens de traineaux, on l’avait facilement retrouvé : tous les 500 mètres, il y avait des traces de son passage, de ceux qui l’avaient croisé : des mecs qui criaient Aline pour qu’elle revienne, des suicidés, des divorces en cascades, des mecs rentrés dans les ordres, d’autres qui se sont suicidés à la REM, d’autres qui criaient Ave Krishna dans l’aube rouge...


    • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 30 novembre 2021 14:10

      (...)
      d’autres encore qui prenaient le périph à contre sens en hurlant « viva la muerte », niveau Porte de la Muette, avec des champignons de Paris fumés plein les narines, et qui voulaient en finir si elle ne revenait pas tout de suite à la maison faire un tiramisu...
      Un vrai danger, ces filles là, m’sieur Philvite.
      Heureusement peu nombreuses, mais elles peuvent faire des dégâts considérables chez les esprits faibles.
      Aussi, avec mon parti d’en rire, nous proposons un permis spécial (à points) pour que ce genre de filles ne soit pas en vente libre, lâchées dans la nature, au risque de mettre au chômage toutes nos quinqua mélenchoniques, la goldo collée à la lèvre supérieure, criant « non au vaxxin » sur Bastille / Nation.
      Vous me comprenez, j’en suis sur.

      Ensemble, continuons le combat contre les jolies filles intelligentes, qui chantent bien, avec un petit oiseau blessé au fond de la gorge.


    • PhilVite PhilVite 1er décembre 2021 00:44

      @Sandro Ferretti

      C’est bien ça le problème, les spécimens de ce calibre ne sont guère compatibles avec la blanquette du dimanche chez mamie Josiane. Et c’est bien sûr une erreur navrante que de les envisager sous cet angle car toujours, un jour ou l’autre, ça leur susurre à leurs entournures qu’il y a encore tellement à voir plus loin, ailleurs. ’Faut se faire une raison’ comme disait la susnommée mamie en remettant une troisième tournée de blanquette de consolation.

      Et pourtant on reprendrait un ticket sans la moindre hésitation...

      Et sus à la quinqua goldo ! (et Dunhill aussi !)


      (Au fait, vous savez qu’elle s’est aussi attaquée à la face nord hivernale ’Hallelujah’ ? Malheureusement je n’ai trouvé qu’un enregistrement tout pourri https://youtu.be/eLQ2jiXhwTU )


    • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 1er décembre 2021 08:49

      @PhilVite
      Nabsolument.
      Sur les reprises, elle en a fait une dizaine, dont « on the road again » ( son et image pourris également).
      https://www.youtube.com/watch?v=tlC2oPciiIg

      On the road again, c’est apparemment par là qu’elle est partie, à ce qu’on dit.
      La dernière à l’avoir vu, c’est une vieille quinqua de l’Ardèche à Camel en guise de trophy.
      Elle a maugrée « c’est ça, bon vent, on n’a pas besoin de greluche dans le genre par ici. Déjà qu’j’ai du mal à tenir mon Bernard avec la fille du buraliste qui fait rien qu’à lui montrer ses roberts quand il vient acheter son papier ZigZag... »
      Ouais, décidément le temps file vite, M’sieur Philvite..


    • PhilVite PhilVite 2 décembre 2021 13:00

      @Sandro Ferretti
      J’vous le fais pas dire mon pov’monsieur, moi qui ai fantasmé sur isabelle Adjani dans ’L’Eté meurtrier’, je le déplore mais c’est plus ce que c’était. Même les cagoles de village préfèrent internet aux pompiers du coin !


    • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 2 décembre 2021 13:22

      @PhilVite
      Ah, les pompiers qui descendaient du camion rouge avec leurs grosses lances...
      Elles en rêvaient, mais elles sont en EPHAD à présent.. ou sur Agoravox....
      Et ce pauvre Pinpon (alias Souchon) qui croyait pouvoir éteindre à lui tout seul les incendies de la miss Adjani.. Pfffuit.


    • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 5 décembre 2021 13:48

      @PHilvitte
      A propos de reprise par Claire D, ce petit bijou ici :
      https://www.youtube.com/watch?v=R7SudaE9OHI

      Un des rares cas où la « cover » dépasse l’original.
      ( video games, de Lana Del Rey)


  • zygzornifle zygzornifle 30 novembre 2021 09:04

    Comme Macron qui n’en n’a rien a foutre de détruire la vie de nombreux citoyens .....


  • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 1er décembre 2021 17:51

    Ah, un connaisseur, à ce que je vois...

    Dans mon adolescence, j’ai connu un paysan qui avait une belle expression, tant pour les juments rétives que pour les dames itou :

    « celle-là, drôle de bête à mener boire... »


  • The White Rabbit The White Rabbit 1er décembre 2021 21:04

    Bonsoir Sandro,

    Remarque complétement hors-sujet, mais que s’est-il passé ce soir avec votre commentaire sous cet article ?


    • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 1er décembre 2021 21:30

      @The White Rabbit
      Bonsoir,
      Je n’en sais pas plus que vous.
      J’ai du toucher une corde sensible, mais laquelle, de quelle guitare et qui est le guitariste qui a intérêt à « aller chouiner » ?
      Je constate que dans ce site à la dérive ( que je fréquente tout de même depuis 2008, je crois savoir de quoi je parle ) au trafic réduit à la portion congrue, un « auteur » de 3 articles en 10 ans se met aussitôt, 15 minutes après que je l’ai « mouché » (ée) en public sur les plagiats qu’il contient (titre de ce pauvre Hervé Prudon, DCD), plagiat de «  de Boris Bergman , à obtenir de ce site moribond :
      la suppression des posts démasquant l’imposteur ( et ses plagiats), notamment d’Hervé Prudon, qui n’est plus là pour se défendre, et »mes nuits sont plus belles que vos jours« . Mais ce bouffon croit-il que personne n’a »des lettres«  ??????.

      Le site ne nous avait plus habitué à une telle célérité depuis... 10 ans au moins .
      Je laisse les fins limiers du site à l’enquête.
      Pour ma part,  »messieurs les censeurs, bonsoir« , comme dirait l’autre.

      Je ne suis pas certain que ce site agonisant puisse se permettre longtemps de se jouer des derniers auteurs historiques qui restent.

      Quoique. Des stagiaires récemment promus, may be.
       »L’important, c’est de garder le moral et de boire frais", comme disait un grand monsieur que j’ai connu.
      Buvons frais.


    • The White Rabbit The White Rabbit 1er décembre 2021 21:36

      @Sandro Ferretti

      En effet, le site est en état de mort cérébrale et votre commentaire ne contrevenait en aucune façon à la charte, cette cathédrale faite d’allumettes.
      Il aura été très rapide pour me bannir en tout cas.
      Les stagiaires aiment jouer avec le feu.

      Donc buvons frais smiley


    • The White Rabbit The White Rabbit 6 décembre 2021 20:44

      @2 de pique

      Analyse pertinente que je partage depuis longtemps.


    • jacques 5 février 11:40

      Pas grave, on republie en février sur un site moribon quelle logique !


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