samedi 20 avril - par Frozen

De la danse contemporaine en ouverture du Printemps de Bourges

Douze danseurs évoluaient sur les chansons de Serge Gainsbourg, chantées par Alain Bashung. L’Homme à tête de choux nous a fait revivre son amour tragique pour Marilou à la façon des films noirs américains.

Cet album-concept de Serge Gainsbourg date de 1976. Le narrateur est un « journaliste à scandale tombé amoureux d’une shampouineuse assez chou pour le tromper avec des rockers, il la tue à coup d’extincteur, sombre peu à peu dans la folie et perd sa tête qui devient chou. » expliquait Gainsbourg lors la sortie de l’album.

Jean-Claude Gallotta a créé la chorégraphie du spectacle en 2009. Il est également danseur et est considéré, depuis le début des années 1980, comme l'un des plus importants représentants de la nouvelle danse française dont il a largement participé à l'essor et à la reconnaissance publique et institutionnelle. (wikipedia)

Il n’y a pas de décor sur scène, seulement un fauteuil à roulettes vide, autour duquel évoluent six hommes et six femmes dans des corps-à-corps parfois dénudés pour interpréter le tragique destin de Marilou. Le fauteuil est là pour marquer l’absence d’Alain Bashung qui devait chanter sur scène avec ses musiciens, au milieu des danseurs.

 

Jean-Claude Gallotta, rencontré après la représentation, donne quelques précisions sur la façon dont il occupe la scène avec ses danseurs :

« Douze danseurs, c’est un peu mon format. J’ai commencé avec huit personnes, puis dix. Habituellement, ça oscille autour d’une dizaine. Pour l’Homme à tête de choux, il me fallait un peu plus de monde, on est arrivé à douze. Avec douze danseurs, j’ai l’impression de donner le maximum quand on a besoin de danse de groupe, pour faire masse. Il y a beaucoup de tableaux qui demandent beaucoup d’énergies, ce qui permet aux danseurs de souffler un peu et de faire un roulement. »

- Vous vous attendiez à un si bon accueil ?

« Les danseurs était un peu tendus quand même, avoue le chorégraphe. A la générale, on était plus détendu. On avait eu de bons retours de quelques personnes qui y ont assisté. Pendant le spectacle, on était confiant, mais après, la réception du spectacle, c’est un autre affaire, on ne sait jamais. On avait un peu le trac parce qu’on n’était pas dans nos terres habituelles, surtout qu’on nous avait dit que le public n’était pas facile. On ne pouvait pas interpréter le silence juste à la fin. On ne savait pas si c’était de l’acquis ou au contraire du mépris, c’est peut être un mot un peu fort... Après il y a eu l’ovation et ça a soulagé tout le monde. »

- Pourquoi avoir choisi cet album de Serge Gainsbourg ?

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Jean-Claude Gallotta

« C’est un album que j’avais acheté à l’époque. J’aimais beaucoup ce coté conceptuel, ce continuum, je l’avais gardé dans mon cœur, dans ma tête et dans mes oreilles. Un jour, un producteur privé avait acheté les droits, il voulait le mettre en scène. Il avait vu mon spectacle et il a préféré un chorégraphe à un metteur en scène. Très vite j’ai dit OK, parce que j’aimais Gainsbourg, j’aimais ce disque et puis, en plus, comme il y avait cette rencontre avec Alain Bashung et les arrangements de Denis Clavaizolle, pour moi, c’était parfait, c’était vraiment mon univers, j’étais très heureux d’essayer de chorégraphier cet album. »

- Est-ce que c’est difficile de chorégraphier cette histoire ?

« Non, parce qu’au contraire, je trouvais ça intéressant, Moi, je viens du silence, je fais toutes mes chorégraphies dans le silence. J’essaye de raconter quelque chose qui est entre l’abstraction et la narration et là, c’était parfait parce qu’il y avait déjà l’écriture, donc je n’avais plus qu’à donner la sensualité des corps, à essayer d’imager, sans trop illustrer. Il y avait déjà beaucoup qui était dit dans les textes, et puis jouer avec la musique, pour moi c’est très agréable, un peu avec de l’appréhension, puisqu’on veut être à la hauteur du projet. J’étais heureux de faire ça, d’y mettre toute mon énergie pour y arriver. »

Il poursuit : « Travailler avec Alain me motivait, il était les oreilles et moi j’étais les yeux. Je voulais que les yeux soient en coïncidence avec les oreilles, il fallait que je sois aussi fort que ce que j’entendais et qui me bouleversait. Je devais chorégraphier pour que l’œil et l’oreille soient engagés en même temps. »

- Comment c’est passée votre rencontre avec Alain Bashung ?

« Bashung était venu en 2004 à la Maison de la Culture de Grenoble, pour l’inauguration de la nouvelle Maison, et il faisait un concert. Apparemment il me connaissait, puisqu’il avait demandé au Directeur, comme il savait que j’étais dans la maison, si je pouvais chorégraphier ce concert. Malheureusement, je faisais aussi un spectacle d’ouverture, donc je ne pouvais pas, et la mort dans l’âme, je lui ai dit non. Il m’a dit, juste comme ça, « peut-être qu’on se retrouvera », mais c’était purement intuitif. Quand le producteur m’a proposé l’Homme à tête de choux, c’est moi qui ai dit : « Ce serait très bien de demander à Alain Bashung. » La production m’avait répondu « Mais on l’aura jamais, c’est une star ! », montante à l’époque. Moi, j’avais ma petite idée et j’ai insisté, « Demandez lui quand même, on verra bien ». Alain, il avait cette ancienne amitié, il c’est dit pourquoi pas, et on a pu le faire. »

« Il a fait tous les enregistrements. Travailler avec lui, c’était merveilleux, je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi humble. On était sur la même longueur d’onde, on avait les mêmes goûts, de films, de livres ou de musiques… Après cette première rencontre en 2004, quand il a accepté il est venu voir mes spectacles et on a commencé a travailler ensemble, à Grenoble, on a approfondi, puis après je suis allé travailler chez lui. On a construit le spectacle, la mise en scène qu’il allait faire, comment on allait traiter ça, … »




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