mardi 10 décembre 2019 - par CHALOT

L’insolente dialogues avec Pinar Selek

« L'insolente »

Dialogues avec Pinar Selek

de Guillaume Gamblin

Editions Silence

213 pages

janvier 2019

 

Depuis plusieurs années et notamment depuis le « coup d'Etat » manqué de 2016 en Turquie, des centaines de milliers d'intellectuels, de militant-e-s et de citoyens ont quitté ce pays où les libertés démocratiques n'existent plus.

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Pinar Selek, militante féministe, sociologue, victime d'une machination policière est parmi ces expatriés.

Elle est accusée d'être responsable de l'explosion d'une bonbonne de gaz dans un marché touristique à Istanbul.... Accusation inimaginable.

Elle sera emprisonnée fin juillet 1998 et restera enfermée pendant 2 ans et demi....

Elle connaîtra la torture.

La justice la lavera de tout soupçon mais la cour de cassation fera plusieurs fois son œuvre destructrice au service du pouvoir et aujourd'hui 20 ans après ces faits, elle attend la décision de la Cour Suprême , seule habilitée à trancher, la cour de cassation ne pouvant pas être convoquée pour une cinquième fois...

Elle n'a aucune illusion sur le choix qui sera dicté à la Cour Suprême !

Face aux menaces qui pèsent sur elle, Pinar a décidé de quitter son pays où elle est menacée par la « justice » et par les supplétifs du régime, elle est naturalisée française depuis 2017.

Dans ce livre entretien, dense et passionnant, le lecteur découvre cette intellectuelle à l'itinéraire étonnant.

Jeune, elle noue des relations avec les enfants des rues qui la respectent et « découvre en même temps l'existence d'un monde d'institutions qui cherchent à sortir ces jeunes de la rue  ».

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Elle rencontre aussi des prostituées qui racontent leurs histoires et leurs préoccupations.

Curieuse et humaniste jusqu'au bout des ongles, Pinar va s'intéresser aux kurdes et aux Arméniens, à leur vie et aux problèmes qu'ils rencontrent dans une Turquie nationaliste.

Cette femme, intellectuelle qui n'hésite pas à se lier avec toutes celles et tous ceux qui souffrent de la pauvreté, des inégalités qui se creusent, gêne ce régime d'autant plus qu'elle se réclame de l'antimilitarisme et du pacifisme....

« Etre antimilitariste, c'était être anti-violences et anti-guerre.

La lutte armée ce n'est pas son truc, ce qui n'empêche pas le régime aux abois de la considérer comme une « terroriste » mais il est vrai que pour Erdogan, celui ou celle qui ne le soutient pas est un « terroriste ».

Dans le postface du livre, elle conclut : « Je rêve d'une vie qui ne m'oblige pas à lutter sans arrêt, à résister, à m'inquiéter. Mais c'est comme ça. Soit je vais continuer à subir et à m'habituer à la torture, soit je vais résister. »

 

Jean-François Chalot



1 réactions


  • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 11 décembre 2019 11:29

    Quand cesserons-nous de considérer la Turquie comme un partenaire « démocratique » ? On vitupère Poutine, Trump, etc. mais on continue de ménager Erdogan chez qui nous fabriquons certaines de nos automobiles « Renault » !


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