vendredi 11 janvier - par Theothea.com

Le « Cyrano » de Lazare Herson-Macarel en tournée après résidence à La Tempête

Encore un Cyrano ! Allez-vous penser. C'est qu'il y a en a eu de nombreuses mises en scène !…

Citons parmi les plus récentes, celle de Dominique Pitoiset, en 2016, avec un Philippe Torreton métamorphosé ; au Ranelagh, celle de Jean-Philippe Daguerre avec un Stéphane Dauch masqué ; à la Comédie Française, celle de Denis Podalydès avec un flamboyant Michel Vuillermoz…

   

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CYRANO
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Et la pièce continue à attirer les jeunes metteurs en scène comme Lazare Herson-Macarel qui nous en propose sa vision au théâtre de la Tempête.

Car Cyrano sera toujours un somptueux divertissement poétique qui libère la parole, d'une ahurissante virtuosité, porté par les alexandrins d'Edmond Rostand célébrant avec panache la grandeur, le désintéressement, la générosité.

Cyrano est ici monté par une troupe de jeunes (Compagnie de la Jeunesse aimable) qui, d'entrée de jeu, empoigne la pièce avec une débordante jubilation.

 

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CYRANO
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Des brouhahas fusent de toutes parts et, dans une cacophonie générale, les comédiens envahissent les gradins où le public est installé. Ils s' interpellent dans les allées en nommant un certain Cyrano dont ils parlent longuement et qui les fait languir. L'illusion du théâtre dans le théâtre est ainsi créée et l'attente de l'extravagant devient de plus en plus fébrile.

Quand il surgit sur la scène, ce dernier n'est pas chaussé des traditionnelles bottes de mousquetaire et, en guise du grand chapeau emplumé, est coiffé d'un simple bonnet.

Plus âgé que les autres comédiens, c'est Eddie Chignara dont on avait savouré la truculence dans le Dindon de Philippe Adrien dans ce même théâtre qui, d'une voix tonitruante, endosse le personnage avec un évident plaisir de jouer et, tout en énergie émotionnelle, batailleur ou amoureux éperdu, porte les vers sans les souligner, évitant le surjeu.

 

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CYRANO
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Entouré de deux musiciens, un duo de batterie et viole de gambe, et de neuf comédiens qui, au moyen de changements ultra-rapides de costumes (Alice Duchange), interprètent pas moins de 45 personnages, bourgeois, marquis, poètes, pâtissiers, cadets gascons, gens du peuple ou soldats au moment du siège d'Arras, précieuses ou religieuses, c'est avec un esprit de tréteaux et de farce italienne qu'ils parcourent la scène dans un enthousiasme communicatif.

Tous sont animés par une joyeuse ardeur à célébrer la valeur inestimable des mots, ceux qui ridiculisent la bêtise des hauts placés, ceux qui chantent la mélancolie d'un amour impossible, celui de Cyrano pour sa cousine Roxane, ou ceux déclamés avec une profonde sensibilité par Ragueneau, le pâtissier, dont il faut souligner, ici, la puissante prestation de David Guez (prix Olga Horstig 2017 présidé par Emmanuelle Devos) qui, emphatique tragédien, livre un vibrant plaidoyer pour la poésie. 

  

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Rien de spectaculaire dans le décor totalement épuré. Des praticables interchangeables manipulés à vue (Ingrid Pettigrew) permettent de concrétiser un espace : de l'Hôtel de Bourgogne au 1er acte à la rôtisserie des poètes dans le second, ou le balcon de Roxane campée par Morgane Nairaud à la voix suavement éraillée, pour la scène du fameux baiser. On saute sur une estrade, on vitupère, on arrangue, on se querelle, on dresse une table festive à la vitesse grand V avec des victuailles et des choux à la crème en abondance.

C'est pétillant comme du champagne, picaresque à souhait et les 5 actes de la pièce de Rostand passent à vive allure. Lazare Herson-Macarel a su en donner une version sonore très rythmée en dépoussiérant le côté ferrailleur des mousquetaires et en faisant de Cyrano un être à la fois solide et généreux qui refuse les compromissions mais aussi un être fragile qui se place au second plan et fait preuve d'abnégation au profit de Christian, jeune cadet, lequel bénéficiera de ses chants d'amour. A eux deux, ainsi associés par une secrète complicité, ils créent un parfait héros romantique. 

  

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CYRANO
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Le metteur en scène a refusé la reconstitution historique et mis l'accent sur l'homme double qu'est Cyrano, lumineux par son esprit mais restant dans l'ombre au profit d'un autre, un homme explosif qui souffre en silence jusqu'au douloureux sacrifice du renoncement.

Monter cette pièce, c’est montrer un homme particulièrement humain et c'est aussi « donner une fête populaire, au véritable sens du terme, fête qui rassemble les gens les plus différents pour un festin de mots, d’intelligence, d’énergie vitale ».

   
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CYRANO - ***. Cat’S / Theothea.com - de Edmond Rostand - mise en scène Lazare Herson-Macarel - avec Julien Campani, Philippe Canales ou Eric Herson-Macarel, Céline Chéenne, Eddie Chignara, Joseph Fourez, Salomé Gasselin ou Julie Petit, David Guez, Pierre-Louis Jozan, Morgane Nairaud, René Turquois & Gaëlle Voukissa - Théâtre de La Tempête 2018 / Tournée 2019 dont voici quelques dates en région parisienne : Aulnay-sous-Bois Théâtre Jacques Prevert 18 janv / Garge-Les-Gonesses Espace Lino Ventura 25 janv / Bagneux Théâtre Victor Hugo 19 fév / Rungis Le Théâtre 21 fév / Vitry Théâtre Jean Vilar 30 mars ...

 

 

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