samedi 24 juillet - par Orélien Péréol

Théâtre des Vents

Deux spectacles, dans l’éclectique programmation de ce théâtre :

Et nous devînmes infranchissables ! de et par Valentine Cohen mise en scène Mercedes Sanz Bernal Compagnie Mata Malam Théâtre des Vents à 10h

 

Salut, Commune ! conception et mise en scène d’Emmanuèle Stochl, avec Claire Ruppli, Franck Guilbert, Stephan Moutot

Compagnie Théâtre 15 Théâtre des Vents à

Représentations à Paris en août.

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Et nous devînmes infranchissables !

Spectacle primal.

Le théâtre est le plus souvent conçu et pratiqué comme une boite close susceptible, de par sa clôture même, son absence de couleurs, de figurer tous les lieux. Rarement, le sol fait décor, le plus souvent, il est uni, dans une parfaite invisibilité. Les pendrillons noirs suffisent à dégager un espace de jeu, vierge comme le plateau d’un jeu de dames ou d’échec. Mais uni et vide.

Ici, les éléments naturels entrent dans le clos protégé-silencieux et s’épandent sur la scène, la terre est de la terre, l’eau de l’eau et le corps du corps, brut et nu. S’il y a des images vidéos en fond de scène, technologiques, comme autrefois les rideaux peints des décors, on y voit souvent passer des forces telluriques, des forces nucléaires, des ovules peut-être en surexcitation fécondante, moment chaud, sur-chaud où va notre planète, car, forcément, nous sommes nés sans notre consentement. Et notre maison est en flamme.

Valentine Cohen nous offre un spectacle où rien ne saurait se faire, se dire, se tenir sans le corps, un spectacle comme un condensé de condition humaine telle que les femmes et les hommes ont fait tant d’efforts pour s’en soustraire. Elle chante quelques mélopées de son cru, gutturales, elles aussi fortes du corps qui les fit naitre et puissantes de cet enracinement sans fin.

Elle est une « femme-Moïse », mais quelle loi apporte-t-elle ? Celle d’un dieu dans l’ennui et qui s’est fait des hommes pour se distraire ou celle de ces hommes dans tant d’ennuis, qu’ils veulent s’évader ? Comme si c’était possible ! Elle s’adresse quelquefois aux spectateurs, mendiant « une critique pour continuer, s’il vous plait… » ou poser quelques questions… Elle apporte la loi qui veut savoir ce que peut le corps, la loi qui inscrit la nécessaire permanence du corps dans nos discours, nos pensées, nos faits, nos gestes, nos actes.

C’est un spectacle inéluctable dans lequel vivre plus haut, aussi fort et impérieux que soit ce désir ne fait pas décoller. Un spectacle comme un geste jeté là : nous sommes dans le même bateau, dans le même théâtre, l’homme est humus, la terre l’attire et le tient, il ne s’en évade pas et c’est chaos, c’est bonheur, c’est membrane osmotique.

Dans cette métaphysique rude, passent bien des problèmes contemporains, l’avidité ruineuse qui nous permet le libéralisme, les mépris croisés, la drogue, l’amour abusif… jusqu’au covid qui nous contraint et nous abime… Le corps toujours le corps, toujours présent dans ce spectacle inclassable, se rappelle à nous dans le réel, indispensable corps, corps permanent, invincible et mortel.

 

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Salut Commune !

Salut, Commune !

Ici, le propos est tout autre. Salut, Commune ! fête les 150 ans de la Commune. Une autre forme de chaos pour réensemencer le monde sur de meilleures auspices.

Salut Commune ! est un poème d’un communard, Clovis Hughes, poète, premier député ouvrier. Emprisonné longuement par la République de Thiers (qui fit 35 000 morts et des dizaines de milliers de prisonniers).

Poèmes, récits, chansons, certaines très connues, d’autres non, la Commune de Paris est un moment historique sans équivalent, sans précédent, sans suite, il faut bien le dire. Tout ça n’empêche pas Nicolas qu’la Commune n’est pas morte… C’est un chant qui fait chaud au cœur, mais il n’y a pas eu de répliques (comme on dit pour les tremblements de terre). Il nous reste à exalter la mémoire de cet éclair de cogestion. La Commune a peu de héros, tout le système politique y fut collectif-égalitaire. On pourrait discourir du rapport des exceptions politiques à la guerre, des anarchistes espagnols de 36, qui tentèrent tant d’aventures de ce type pour se faire écraser ensuite. Toujours cette même histoire, une éruption et le retour à l’ordre. Le souvenir de ces ilots de démocratie directe et incandescente est le maintien de l’idéal qui empêche l’excès d’illibéralisme, dont nous sommes fortement menacés ces temps-ci, avec notre Président. Cependant, l’ordre du retour à l’ordre n’est jamais le même, il est contraint à développer des organes, des institutions de liberté. L’efficace de ces fièvres révolutionnaires qui permettent tant de choses incroyables n’est peut-être pas très visible, mais elles sont le garde-fou devant le pire qui pourrait se faire et réensemencer sans cesse l’imaginaire des utopies désirables est une nécessité impérieuse.

Ils sont trois pour nous narrer ces quelques mois et nous les chanter. Un des attraits de ce spectacle est dans le fait que l’accompagnement musical est fait au saxo ténor, instrument aux sons proches de la voix humaine et qui est dans une grande sympathie avec les voix. Il est là presque tout le temps, il « parle » et il chante. Un grand étonnement.

Un chaud moment d’évocation des promesses jamais tenues toujours à venir.

Un spectacle à voir comme un antidote au désespoir sourd qui nous mine déjà un peu et qu’il ne faut pas laisser s’installer… Même si elle en a l’air, tu sais Nicolas, la commune n’est pas morte !




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