vendredi 4 novembre - par C’est Nabum

L’écrit vain

Cinq millième billet

 

Des gammes avec des mots.

 

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Une douce assuétude, une folie furieuse, l'hypertrophie verbale d'un bouffon pitoyable, délire grapho-maniaque, chacun y ira de son appréciation pour qualifier ces bouteilles de l'amer jetées sur la vague ainsi chaque jour, depuis treize longues années. Un pensum ou une œuvre de l'éphémère et du fongible, libre à vous de juger ou d'ignorer ces écrits qui ne cherchent même plus à se graver dans le marbre ou sous le plomb d'une presse.

Chaque matin, tandis que le soleil ne cherche pas encore à percer les mystères qui l'attendent, un mot, une expression, une anecdote, glanés ici ou là s'afficheront en haut d'une page blanche. D'eux, naîtront une succession de phrases, de paragraphes qui scandent le rythme d'une pensée vagabonde. Le titre suffit à déclencher un processus qui du reste n'a guère d'importance.

Il vient parfois d'un poste de radio qui fonctionne en sourdine, qui sans le vouloir, ouvre la voie pour quelques minutes de divagation. Bien souvent, le texte n'aura strictement aucune relation avec la chronique radiophonique. Parfois tout au contraire, les inepties habituelles de la classe politique déclenchent une avalanche de mots incontrôlées.

À d'autres moments, la nuit a porté conseil. Un scénario s'est construit, boutant le sommeil exigeant alors, séance tenante, de mettre en route la machine à conte. Ce matin-là, le temps prendra une toute autre dimension, donnant toute la priorité à cette fiction du petit matin. L'intrigue ou simplement la narration se glissent ainsi entre des lignes qui se laissent elle-même surprendre par le flot de l'imaginaire.

Quoi qu'il en soit, l'urgence est grande de boucler la page, de remplir cette mission absurde que je me suis assignée et qui prend désormais toute la place. C'est seulement au point final que je peux envisager de reprendre une vie ordinaire quoique cet adjectif ne correspond guère aux curieuses habitudes de votre serviteur.

Il se peut qu'en me rasant ou bien en faisant un séjour sur ma chaise percée (éternelle source d'inspiration) une autre idée germe, devant cette fois une tentative illusoire de chanson, une faribole ou bien un poème de mirliton. Le cycle infernal reprend jusqu'à en oublier les impératifs du quotidien.

Ne pensez pas que j'en ai alors terminé avec ce travail de forçat. L'enregistrement presque quotidien pour mon heure d'émission hebdomadaire sur Ondes Bleues la Radio prend le relais. Il exige lui aussi beaucoup de temps, les mots s'ils se bousculent pour mon plus grand plaisir sur la feuille, en font tout autant dans ma bouche, se permettant même quelques facéties qui imposeront de nombreuses retouches.

Tous ces écrits vains m'accompagnent, m'obsèdent, me coupent sans doute de la vie réelle. Soyez donc indulgents en découvrant au hasard de votre pérégrination sur les réseaux, ces bouteilles à la mer ou bien à la Loire qui n'ont d'autre ambition que de vous faire passer un petit moment, si vous appartenez encore à cette catégorie en voie de disparition : le lecteur de fond.

Je dois vous avouer qu'il y a un impératif incontournable pour cet exercice matutinal. Atteindre le bas de la page sans déroger à la taille de la police. C'est cette longueur qui décourage les adeptes du texte court, des SMS ou autres messages incertains. Je me persuade que de toute façon, nous n'avons rien à lire.

Voyant le pied de page se profiler, le plus délicat est de trouver une chute, une pirouette qui tiendra la route. C'est hélas souvent mission impossible, l'écrit vain n'ayant pas toujours le sens de la formule. Les points de suspension viennent alors à mon secours, confiant la tâche, à ce lecteur hypothétique qui parviendra jusque là …

À contre-sens.

Naturellement, il y a une explication



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