mardi 24 mars - par C’est Nabum

Les girouettes de Paulette n°1

 

Une passion dans le vent

 

Le Girouet grince dans le vent

Indiquant d'où viennent les tourments

La tempête souffle depuis longtemps

Déchirant les souvenirs d'antan

 

Est-ce parce qu’elle avait toujours un peu la tête dans les nuages que Paulette Rhode a pu se pencher sur un trésor oublié de notre patrimoine ? Nul ne saura jamais, la vieille dame dans le vent nous a quittés, laissant son œuvre inachevée. Si elle a su mener à son terme son recensement des croix des chemins dans notre département, son travail sur les girouettes et les girouets n’en finit pas de tourner dans le vide. Il nous appartient, nous ses amis du Liger Club de l’orléanais de redonner vie à l'infatigable curieuse en exposant son travail.

En juin 1993, Paulette se désolait : « La blanchisseuse a disparu. Endommagée par les intempéries, la girouette enseigne des dernières lavandières, ne surveillera plus les allées et venues du jardin des plantes de sa cité. Qui prend encore le temps de remarquer, d’observer ces silhouettes de tôles ou de zinc placées au faîte des toits pour indiquer l’orientation du vent ? Les unes simples ou naïves, d’autres aux dessins très élaborés ; savamment découpées, elles offrent en même temps une grande diversité de sujets »

C’est ainsi que notre curieuse se pencha sur cette forme d’expression artistique, ce langage en images qui exprime le quotidien d’un passé révolu. Elle partit donc l’appareil photographique en bandoulière pour saisir ces vestiges qui rouillaient dans l’indifférence générale avant qu’elles ne disparaissent à tout jamais.

C’est le nez en l’air qu’elle a sillonné tous les toits de la région, cherchant cet étrange oiseau aussi rare qu’immobile. À pied, à bicyclette ou en voiture, villages, villes, châteaux, fermes, chaumières eurent droit à son passage. En bord de Loire, en Sologne ou bien en Beauce, dans la plaine comme dans les bois, elle n’eut de cesse que de traquer les dernières survivantes de cet art de l’héraldique sans lettre de noblesse à la portée de tous

Passons sous silence les difficultés techniques pour saisir le bel ouvrage d’un artisan qui fut créé en une époque où ni les antennes, ni les fils de toutes natures ne venaient perturber l’admirable travail de celui qui l’avait fixé là pour qu’il tourne au vent, zéphyr fripon ne manquant jamais de se réveiller pour empêcher la prise de vue. L’essentiel est ce témoignage indirect que la dame a voulu nous léguer afin que nous n’oubliions jamais ce qui fut jadis un privilège de noblesse

Si les girouettes coiffant de rares maisons passent souvent inaperçues, il n’est en pas de même de ce fier volatile qui trône sur nos clochers. Naturellement la question du coq sur les églises mérite d’être posées avec quelques hypothèses pour tenter d’apporter la lumière :

  • Le coq est intimement lié dans les évangiles à l’heure de la résurrection. C’est à son chant que le messie revint du royaume des morts.

  • L’animal a souligné le reniement de Saint-Pierre, il peut nous rappeler à notre modeste condition humaine

  • Les premières assemblées chrétiennes, dans la clandestinité d’une religion alors persécutée se tenaient à l’heure du chant du coq. Quoi de plus naturel que sa présence pour ces assemblées revenues en plein jour.

  • Le coq est un symbole de vigilance. En étant le premier à annoncer le jour, il sonne le réveil pour mettre en fuite les monstres des ténèbres. Il est l’espérance qui pourchasse les démons de nos terreurs.

  • Le coq fut emblématique chez les celtes. Les moines voulant imposer la nouvelle foi, se saisirent de lui comme de bien des divinités gauloises pour imposer l’image de la croix et du christ.

  • L’animal à plume enfin avec sa queue en panache, offrait non seulement une silhouette simple à dessiner et surtout une bonne prise au vent. Arguments simplistes pour satisfaire les agnostiques de tous poils

Pour rendre plus stable notre coq perché sur son clocher, il fallut alourdir sa tête par l’injonction de plomb. L’expression « Avoir du plomb dans la tête » serait donc née à une hauteur qui décourage les chasseurs. Quant aux voleurs, pour leur rendre la tâche plus délicate, des reliques saintes, des pièces de monnaies ou des parchemins auraient été cachés dans les coqs de nos églises.

Les premiers coqs de l’histoire des girouettes furent en métal doré. Dès le Xe siècle, il se perche fièrement au somment de la cathédrale de Winchester. Plus tard, sur la tapisserie de Bayeux, il se présente en majesté, les ailes déployées. Certains coqs eurent droit à un petit coup de pinceau, lui donnant des couleurs vives. Ceux qui paraissent verts sont souvent en cuivre tandis que les plus modestes sont en bronze.

Au XIIIe siècle, des anges de bronze ou des statues de saints remplacèrent le coq pour faire des girouettes d’un nouveau genre. Une sainte vierge de plomb, devenue figurine tournante, put ainsi bénir toute une ville au fur et à mesure de ses rotations éoliennes. Lors de la révolution, les églises vécurent une période délicate. Certaines se firent « Temples de la raison » et le coq perdit ainsi sa place, remplacé par un bonnet phrygien transpercé d’une lance qui assurait le rôle du pivot. L’église d’Escrennes a conservé ce souvenir.

Les belles demeures se parèrent quant à elles d’élégantes girouettes, mises en évidence avec des épis de faîtage. Le tout formait parfois de véritables bouquets de fleurs. Les châteaux de Loire se hérissèrent de ces enluminures ferronnières, raffinements indissociables de la grandeur des hôtes de ces lieux.

L’histoire relève que la plus ancienne girouette connue se trouvait sur la « Tour des vents « à Athènes. C’est un triton d’airain. Au Moyen-âge, la girouette est un privilège de la noblesse pour afficher les armoiries de la maison. Découpée en bannière pour les chevaliers bannerets, elle se contente d’être taillée en pennon pour les simples chevaliers. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que le parlement de Grenoble autorise le vassal gentilhomme à « porter » girouette comme le seigneur. Les gueux en étant privés, ils se firent un malin plaisir à descendre et souvent à détruire les girouettes de leurs nobles toitures lors de la révolution. Le vent avait tourné, et il était mauvais.

Des girouettes énormes portant des personnages grandeur nature furent un temps à l’honneur à la fin du Moyen-Âge. Paulette Rhode, en voyage en Andalousie eut le plaisir de pouvoir en observer quelques-unes dont la célèbre « Giralda » de Séville.

C’est essentiellement au XIXe siècle que la mode des girouettes ornant les toits se généralisèrent dans toutes les catégories sociales, une revanche surtout pour les gens simples alors que la République s’installait enfin durablement. Conservant leur fonction originelle, elles se firent enseignes pour définir la profession de leur propriétaire à moins qu’elles n’indiquent son loisir préféré ou un pan de son histoire personnelle. Pour d’autres, ce sont des animaux familiers qui grimpent sur le toit ; le cheval monta ainsi sur ses grands chenaux, représenté au travail, à la chasse ou au combat.

Les belles demeures bourgeoises se démarquèrent de ces représentations trop communes. Elles purent ainsi se couvrir d’oriflammes découpées des initiales du maître de maison à moins que ce ne fut des figures allégoriques : tête de loup ou chimères tandis que le dragon les garantissait sans doute des feux de cheminée. Dans les campagnes, des girouettes sont encore installées. Elles représentent des engins modernes : tracteur, moissonneuse, voiture et parfois des bateaux comme à Vitry aux Brosses, pourtant assez loin du canal.

 



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