samedi 2 septembre - par C’est Nabum

Petit Gibus

Retour vers le passé

J’ai croisé un petit bonhomme à la bouille ronde et au regard espiègle, un enfant tout droit sorti d’un film en noir et blanc, diablotin charmant égaré dans ce monde furieux. Pour moi, il ne pouvait être que Petit Gibus, tant il m’évoque ce personnage de fiction. Mais ce n’est pas seulement la ressemblance qui me frappa mais son incroyable décalage avec le monde contemporain.

Petit Gibus vit à l’écart des écrans, le choix de parents qui -si la vie les a désormais séparés- sont encore d’accord sur ce point essentiel. Alors le petit prince de Moncles passe sa vie au grand air, parmi les ruches, les animaux de la ferme, le jardin, les noyers et les tracteurs. Il sait tout du matériel agricole, il n’a que 4 ans et peut nommer chaque engin, décrire son usage et savoir à quoi ça correspond.

Il est encore capable, prouesse exceptionnelle pour les camarades de son âge, de différencier une poule d’une pintade, un canard d’une oie et sait que le lait ne provient pas d’emballages en carton. Il pourrait même leur expliquer comment extraire le miel d’une ruche si cela pouvait leur être de la plus petite utilité. Il est en décalage, il ne s’en rend pas compte et vit heureux dans son refuge, loin de la modernité envahissante et abrutissante.

Petit Gibus va à l’école et y découvre que son maître organise une semaine sans écrans. La belle affaire. Il ne comprend rien à cette privation qui navre ses condisciples. Lui, la télévision, il ne sait pas ce que c’est. Il a pour nounou la nature sauvage et les animaux qui y vivent. Il passe sa vie dehors à regarder le plus grand et le plus beau des spectacles. Pas de trucage ni de faux semblants dans ce qu’il admire à satiété.

Petit Gibus se passe tout aussi bien de tablette et de téléphone portable. Oui, il parait que des enfants de son âge disposent désormais de cette chaîne absurde. Lui en sourit. Il a bien d’autres chats à caresser que de chasser cette drôle de souris. Lui, les souris, il les débusque pour rendre service à son paternel, les fait fuir des réserves, c’est bien plus utile que de tuer des méchants monstres à longueur de temps.

Petit Gibus s’endort le soir en écoutant sa grande sœur, la belle Lison de Lozère que j’avais croquée en son temps, lui lire une histoire. Elle lit parfaitement, elle a ce privilège incroyable de remplir cette fonction que des machines désormais exécutent sans âme pour d’autres enfants dans nos villes stupides et nos campagnes numérisées. Le livre est leur compagnon du soir, bien mieux qu’un écran plat et tristement prévisible. Leur imaginaire n’a pas besoin de se couler dans celui d’un autre. Ils ferment les yeux et rêvent.

Petit Gibus est un privilégié, un pionnier de cette société nouvelle qui sera seule à pouvoir sauver l’humanité. Il n’est pas entouré d’objets coûteux, électroniques, bruyants et tapageurs. Il vit simplement, heureux de sa destinée et ouvert à tout ce qui l’entoure. Il en sait bien plus que bon nombre d’adultes quand il se promène à la campagne, reconnaît les animaux et les plantes.

Il ne sait rien des dernières vedettes du petit écran, la belle affaire que voilà. Petit Gibus n’en a cure, ces êtres de pacotilles n’ont rien à faire dans son Panthéon naturel. Lui il vit, comme les gamins de la guerre des boutons, comme devraient le faire tous les enfants de son âge, en liberté, loin de la folie de cette société délirante.

Petit Gibus s’éloigne de moi. Il se moque bien de ce curieux personnage qui reste concentré sur un clavier devant un écran qui se noircit progressivement. Il joue, il court, il fait des cabrioles, il regarde voler une mouche, spectacle bien plus fascinant que ces lettres qui se forment au rythme des doigts sur les touches. Il est déjà loin, il m’a pris pour un fou.

Longue et belle vie à toi Petit Gibus, loin de tous ceux qui n’ont rien compris, loin de tes malheureux camarades dont les parents confient l’éducation à des machines sans âme. Tu as bien de la chance, sache en profiter toujours et je te souhaite de montrer le bon exemple à ceux que tu croiseras dans ton existence. La vraie vie c’est la tienne !

Admirativement sien.



10 réactions


  • bob14 bob14 2 septembre 08:54

    L’antithèse d’un Nabum en quelque sorte ?


    • Robert Lavigue Robert Lavigue 2 septembre 09:54

      @bob14

      Padamalgam. M. Orléans est un Tupamaros numérique.
      Comment voudriez-vous qu’il lance des alertes sans les réseaux sociaux, les blogs et les médias mitoyens ?
      S’il n’utilise pas de téléphone portable, c’est parce qu’il est entré dans la clandestinité !

      HASTA SIEMPRE
      Aprendimos a quererte
      Desde la histórica altura
      Donde el sol de tu bravura
      Le puso un cerco a la muerte
      http://perso.calixo.net/ knarf/cuba/che/che.htm


    • marmor 2 septembre 10:53
      @Robert Lavigue
      Orléans a tenté la gloire par le net, les blogs, ça marche pas ! Alors il va lancer les alertes rétrogrades en faisant le tour de France, comme Jean Lassalle, avec un âne et son bâton de pelerin. Et si c’est encore l’echec, l’anonymat, il se suicidera à coups de sabots devant la statue de Jeanne ...
      Gloire à D’Orléans !!

    • C'est Nabum C’est Nabum 2 septembre 14:13

      @bob14

      La synthèse


  • Mélusine7 Mélusine7 2 septembre 10:50

    Un futur inspecteur Colombe haut, Socrate des temps modernes, dans son vieil imper froissé par la vie et sa voiture qui peine un peu à démarrer. Mais qui au final arrive le premier. Les derniers seront les premiers. Ou ai-je encore lu cette formule ? A l’arrière d’une feuille du « Petit Farceur »,... (calendrier belge).


  • ADEL 2 septembre 14:55

    Essayer d’exister dans le bonheur malgré les aléas incertains du bonheur/malheur de la vie, c’est entre autres, décider avec motivation et sagesse de s’adapter positivement/productivement au contexte familial, communautaire et sociétal quel qu’il soit. Et cela, tout en se fixant le choix d’une vie saine psychiquement /corporellement toute tendue, avec une simplicité du goût, vers le dialogue permanent avec la nature et son compagnonnage. Cependant, on ne peut totalement tourner le dos à un usage raisonné des moyens technologiques qu’offre le contexte scientifique et technologique du moment.

    A défaut de cette mise en situation permanente de soi-même dans un monde de plus en plus complexe/matérialiste de personnes et individualités égocentriques, on va se trouver vivre dans l’égarement et dans une auto-mutilation vis-à-vis du monde. 


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