samedi 21 janvier - par C’est Nabum

Une attitude primesautière

Élucubration fallacieuse.

Une conversation téléphonique, somme toute anodine, déclenche un étrange processus. Un ami me relate une anecdote, un fait banal comme il en arrive tant dans notre monde où l'agitation prime sur le temps de vivre. Une artiste en goguette est venue proposer un récital chez l'habitant. Le phénomène est hélas courant dans une cité où, à moins d'être en mesure de faire venir 10 000 spectateurs, rares sont les lieux pour exprimer un quelconque talent.

Donc, la dame, soucieuse sans doute de laisser une empreinte carbone proportionnelle à sa notoriété dans les médias (proposition - je tiens à la souligner - qui ne préjuge en rien de son talent, tant il n'y a plus aucune corrélation entre les deux termes sus-évoqués) a choisi de venir en bord de Loire par le train. Précision que l'aventure pour banale qu'elle puisse être, n'en est pas moins risquée un week-end tant sont fréquentes les interruptions dominicales de la ligne ferroviaire : Paris - Orléans.

Mais passons outre cette prise de risque, vivre dangereusement est le lot des saltimbanques, cette chanteuse n'échappant nullement à la règle. C'est donc la veille de son petit concert privatif qu'elle déposa sa valise et son matériel sur le quai d'une gare qui est un cul de sac. C'est justement en évoquant ce mot qui l'amuse et lui donne une idée de chanson qu'elle se rend compte avec effroi qu'elle a laissé sa guitare chez elle.

Voilà donc un problème épineux pour celle dont l'objet manquant est l'instrument qui l'accompagne tout autant que son outil de travail. Trouver une guitare avec laquelle elle puisse s'accorder n'est pas nécessairement dans ses cordes. S'étant prise comme un manche pour répondre à cette invitation et dans le souci de l'honorer, elle confia à son hôtesse son désarroi tout autant que la nécessité absolue de réparer sa bévue.

L'hôtesse, quoique grande amatrice des arts et de la musique en particulier ne disposant pas en son domicile de la chose, elle dut faire appel à son réseau de connaissances pour dénicher l'oiseau rare. Parmi les interlocuteurs de celle ci, mon camarade, multi instrumentiste et homme ne pouvant garder de par devers lui une anecdote, une information, un fait capital ou non qu'il s’empresse généralement de porter à ma curiosité.

J'appris par la suite, ne pas avoir saisi son message. Jamais cet formidable artiste n'avait oublié sa guitare. Elle avait simplement souhaité voyager sans celle-ci tant on sait que la SNCF se montre tatillonne avec les instruments comme le savent à leur dépens les contrebassistes. L'homme soucieux de vérité, me demanda de réparer ma faute alors que de mon côté, la fiction étant mon royaume, je n'apporte ici qu'un modeste démenti.

Je suppose qu'il entend ainsi alimenter la mécanique infernale qui me pousse chaque jour, à glisser sur le papier un texte, calibré afin d'en faire part à la toile dans une vaine volonté de passer pour un auteur du quotidien. J'avoue que sur le moment, je n'imaginais pas noircir l'écran de quelques 4 269 signes avec cette anecdote, aussi ténue que futile. Cependant, la conversation se poursuivit quand ce diable de correspondant me mit la puce à l'oreille en déclarant à propos de l'artiste étourdie : « Voilà une attitude bien primesautière ! »

Je saisis le mot au bond, m'interrogeant sur son emploi en la circonstance. N'y avait-il pas là un contre-sens ou plus précisément un emploi inapproprié. Il me fallut aller quérir la définition dans un dictionnaire faisant foi pour éclaircir le sujet. Robert vint donc à mon secours et éclaira ma lanterne.

“Qui obéit au premier mouvement, qui agit ou parle de manière spontanée. » Les synonymes sont plus à même d'enfoncer le clou et de prouver que mon camarade n'avait pas choisi le bon terme. Impulsif, vif, léger, sémillant, guilleret pour les plus éloquents me prouvèrent la justesse de mon interrogation. La dame n'était donc pas primesautière mais plus assurément étourdie, distraite, inattentive. Quant à savoir si elle était écervelée comme le laisse supposer le dictionnaire, je m'empresse d'aller l'écouter pour en savoir un plus plus son son compte. L'essentiel pour moi étant d'avoir rempli ma mission quotidienne en ayant écrit pour ne rien dire.

À contre-emploi.

Avec la collaboration involontaire de Pierre-Auguste Renoir

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