samedi 27 mai - par C’est Nabum

Curieuse reconversion

 

Les faîtes sont pentus.

 

Il advint en ce charmant petit village des Loges entre forêt et canal qu'un phénomène météorologique d'une rare violence bouleversa l'existence d'un brave artisan couvreur. L'homme : Aristide, fier de son métier et de son savoir-faire, avait imaginé revenir aux pratiques des anciens qui équipaient leurs demeures d'une girouette évoquant leur activité professionnelle.

Aristide sans hésiter donc et pour occuper un temps libre qu'il n'avait guère à la vérité, tant il y avait de l'ouvrage dans son pays, se fabriqua une magnifique œuvre d'art en fer forgé où l'on pouvait voir tout à la fois sa femme poussant le landau de leur dernier né et son fils qui le salue alors qu'il est sur un toit en plein ouvrage.

Chacun dans le village d'admirer ce travail d'une grande qualité tout autant que cette scène d'une grande délicatesse pour les siens. L'artisan de ce jour, avait vu ses commandes s'envoler comme il aimait à le dire à la cantonade, une expression qu'il allait amèrement regretter par la suite. Qu'un couvreur ait du travail par-dessus la tête, somme tout était tout à fait naturel jusqu'au jour hélas, où une énorme tuile s'abattit sur le village.

Une tornade d'une violence rare, sema la désolation sur nombre de toitures de l'endroit. Les tuiles et les ardoises, les quelques lauzes également s'envolèrent avec ce vent à décorner tous les bœufs d'autrefois. Ce fut une véritable calamité qui étrangement ne toucha pas la maison d'Aristide. Ce qui aurait pu passer pour un gage de compétence, se retourna bien vite contre lui.

Bientôt, les mauvaises langues montèrent sur leurs grands chenaux pour déclarer à la ronde que l'artisan ne mettait du cœur à l'ouvrage que pour sa propre demeure tandis qu'il bâclait le travail pour ses clients. Le malheureux de nier pareille calomnie sans pouvoir expliquer de manière rationnelle le privilège qui lui avait épargné la mésaventure presque générale.

Contre le soupçon, il n'est rien à faire. Aristide de ce jour perdit énormément de contrats malgré une pénurie de couvreurs pour réparer les dégâts de la tempête. Il allait devoir mettre la clef sous la porte quand une brave femme, le nez toujours en l'air, la tête souvent ailleurs, remarqua que toutes les toitures coiffées d'une girouette avaient conservé leurs tuiles.

Elle fit part de cette observation à des amies dont deux lavandières qui avaient la langue bien pendue. De proche en proche, grâce à l'efficacité de ce parloir en bord du canal, la nouvelle se répandit bien vite dans tout le bourg. Aristide n'était en rien responsable d'une négligence quelconque mais bien au contraire, avait bénéficié de l'étrange protection que lui conféra sa girouette.

Curieusement, si les clients revinrent à lui, ce ne fut nullement pour lui demander de couvrir leur toiture. Le travail avait été rondement mené par une myriade d'artisans venant des autres cantons du département. Aristide se reconvertit pour ne pas devoir quitter sa chère maison. Il se mit à fabriquer des girouettes, toutes plus belles et originales les unes que les autres. Un travail qui cette fois, ne requérait pas d'être en permanence sur le toit.

Sa femme et ses deux drôles se réjouissaient de ce changement notoire qui les rassurerait grandement. Le village se couvrit des réalisations de celui qui de couvreur devint un girouettier au talent reconnu dans toute la région. Ses réalisations faisant l'admiration de tous tout en servant de talisman magique contre les colères du ciel.

Il est fort possible que le hasard avait tenu un rôle plus décisif que les quelques girouettes d'alors, mais qu'importe, Aristide et les siens ne pouvaient que se réjouir de la chose tandis que le conseil municipal de la commune, lors d'une délibération qui fit couler beaucoup d'encre décréta un changement de nom et de prononciation pour le village. Adieu Fay aux Loges (prononcez FA-I) et bonjour désormais à Fay les Girouettes (prononcez Fai). Il y eut bien quelques grincements de dents, ce qui fut rapidement réglé en mettant un peu d'huile dans les rouages tout en réglant définitivement une interrogation qui préoccupait tous les Loirétains.



4 réactions


  • Grincheux Grincheux 27 mai 09:28

    Le toponyme « Fay » est intéressant. Il représente une déformation de l’ancienne forme latine fagetum (une hêtraie), dérivée du latin fagus (bagos en gaulois). qui signifie « hêtre », arbre qui, en ancien français, s’appelait « fou » ou « faux » selon les régions. Le terme est resté pour les hêtres tortillards nommés « faux de erzy » (Montagne de Reims).

    Le mot « hêtre », lui, est issu du vieux bas francique *haitr" ou directement du vieux néerlandais hēster, heister (d’où aussi le néerlandais heester « arbuste »).

    L’emprunt au gaulois, au latin ou au francique permet de situer l’époque de création d’un bourg, issu la plupart du temps d’un défrichage (ou essartage) et d’une ou plusieurs exploitations agricoles.


  • juluch juluch 27 mai 11:24

    Comme quoi les cancanières ont servi à quelque chose !!


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