mercredi 28 juillet - par C’est Nabum

Mémoire d’une Pierre Percée

 

Repère immuable.

 

 

J'ai beau me creuser la tête, je n'ai plus le souvenir de ce qui m'est advenu un jour pour me retrouver avec ce trou au milieu de la figure. Je suis une pierre, un simple caillou, un petit rocher que les humains couvent d'un regard circonspect. C'est sans doute pourquoi il me préfère au féminin. Depuis je suis la pierre percée ici, en bord de Loire.

Depuis que les moyens de communication ont pris de l'ampleur, j'ai appris que j'avais d'autres sœurs ici ou là, le long du cours de notre belle rivière. Mes pareilles, tout comme moi du reste, depuis bientôt un siècle, nous n'avons plus guère les pieds dans l'eau. C'est que les humains ont largement modifié le rythme des flots en prenant trop de sable dans le lit de Liger.

Nous passons désormais le plus clair de notre temps à jouer les utilités sur la rive à moins que quelques farfelus se prennent de l'envie de nous enlever de là, oublieux qu'ils sont de l'importance que nous avions jadis. Je ne voudrais pas mettre une pierre dans leurs souliers mais ils sont bien ignorants de ce qui se faisait jadis par ici.

Nous les pierres percées, nous n'étions pas que de simple curiosité, des éléments géologiques qui trouvions souvent grâce aux yeux de ceux qui décident des noms de lieux ou des rues. Nous avons connu nos heures de gloire, nous fûmes honorées de la sorte, ayant même parfois l'honneur de donner notre nom à un hameau ligérien. C'est que nous avions une utilité en plus d'être fort agréables à regarder.

Par le petit trou, chacun pouvait mirer la Loire. Un point de vue original certes mais qui ne doit pas faire oublier notre fonction véritable. Nous étions le marqueur de la montée des eaux quand la rivière roulait des épaules et s'encolérait. Quand notre œil était humide, il était plus prudent de rester sur la rive, d'éviter de traverser sauf motif impérieux. Nous étions ainsi une sorte de pavé dans la mare, une alerte orange avant l'heure.

Pour bien montrer à tous qu'il ne fallait pas prendre à la légère notre mise en garde, le passeur quant à lui doublait son tarif quand nous prenions l'eau. Ce n'était pas une mesure prise à la légère, le marinier d'une rive à l'autre savait que les risques étaient plus grands, que l'aventure serait périlleuse pour le client comme pour lui-même. Il fallait que la chandelle soit à la hauteur de l'enjeu.

Personne en pays ligérien ne renâclait à ce doublement de tarif. Chacun savait qu'on ne joue pas impunément avec les flots tumultueux. Et qui avait les fonds à secs n'allaient pas prendre le risque d'une traversée dangereuse. La sagesse prévalait alors, chacun savait qu'il ne faut pas brusquer le cours des choses et celui de la rivière.

Nous les Pierres Percées, nous étions ainsi un appel à la sagesse tout autant qu'un indicateur précieux. Tout ceci s'est perdu dans les innombrables trous de mémoire d'une société qui se moque éperdument des traces laissées par les anciens. Si vigie crue est un indéniable progrès, anticipant même sur l'information que nous pouvions donner, l'emphase est de règle désormais et l'on nomme crue ce qui n'est qu'une modeste vague, une petite montée des eaux qui, le plus souvent ne vient même pas nous mouiller le bas des pieds.

Faites donc l'effort de nous remettre à notre place, de nous accorder un peu d'importance et de cesser de regarder par le petit bout de votre lorgnette. Notre orifice mérite bien des offices, consacrez-lui un peu de votre temps, replacez nous au cœur de vos pratiques quotidiennes. Un petit regard à votre pierre percée et bonne sera votre journée de navigation. Et si jamais seul le nom était resté, retrouvez donc la pierre en question et redonnez-lui sa place historique.

Tarifairement vôtre

 



19 réactions


  • jef88 jef88 28 juillet 12:19

    Dans mon coin paumé des Vosges, au dessus d’une montagne, Il y a les ruines du château de pierre percée....

    Son point remarquable est une sorte de puit de près de 10 mètres de diamètre...

    A quoi a t’il servi ? Chercher de l’eau 50m plus bas ? On ne sait RIEN : il a été partiellement comblé par les ruines du château ! ! ! 


    • C'est Nabum C’est Nabum 28 juillet 12:47

      @jef88

      Parfois l’eau n’était pas si profonde
      Des poches d’eau pouvaient remonter comme à Sancerre


    • Docteur Faustroll Lampion 28 juillet 13:35

      @jef88

      Le château de Pierre-Percée (Meurthe et Moselle) faisait partie de la ligne de fortifications du sud de la Lorraine avant son partage, alors que l’évêque de Metz était le maître de l’ancienne Lotharingie. L’ancien nom de ce site était « Langstein » ou « Langenstein », et appartenait à la famille de Salm qui contrôlait une « principauté » du même nom autour de Senones et constituait une véritable verrue pour les évêques de Strasbourg (une partie du territoire était en Alsace) et Metz qui se sont entendus pour les « neutraliser »..

      Le « château » d’Epinal qui a été rasé avait les mêmes fonctions et les mêmes caractéristiques. Il était aussi doté d’un puits (et d’une citerne) pour abreuver bétail (d’abord) et garnison (ensuite) en cas de siège. Il a été comblé, lui aussi, mais ce qu’il en reste montre que les seigneurs et évêques n’étaient pas avares du travail de leurs sujets et paroissiens.

      Il n’y a rien de mystérieux dans tout ça. Il est seulement dommage que les recherches archéologiques en France ne trouvent plus guère de financement qu’à travers l’INRAP (qui fait un travail indispensable), pour préserver un patrimoine mis e n danger par des gros travaux. On considère que ce qui est enfoui peut attendre, sans doute des jours meilleurs où nos descendants s’intéresseront à leurs origines.


    • @Lampion en lisant Favre d’Olivet, j’ai appris qu’il existait à l’époque une ligne Joret qui séparait Wallon de Picarde et germains..Joret est lié à Jouret : prénom de ma grand mère.


  • jef88 jef88 28 juillet 15:12

    PRECISIONS il y a environ 50 m de dénivelé entre le château et les sources en contrebas.

    un conte de Salm, alors voué de l’abbaye de Senones, a épousé Agnès de Langstein fille du seigneur de Pétria Perceia vers l’an 1000. La famille de Salm a voulu s’approprier les possessions de l’abbaye... Vers 1250 les troupes de l’évêque de Metz ont assiégé le château pour défendre l’abbaye ....


  • Belle synchro. Hier lisant l’histoire de Moïse perché sur une montagne, un rocher ou une pyramide, de s’ouvrir en deux pour laisser sortir l’eau de la matrice : Capricorne, la montagne, signe du cancer : La lune-Nout (le féminin). L’un miroite dans l’« eau »tre. De tous les apôtres, Pierre est le plus misogyne : de l’exotérisme catholique au féminin occulte....Ne dit-on pas : un coeur de PIERRE. Le capricorne, c’est Saturne, l’austère. Mais il est dit que son coeur est en or...le tout est de lui briser le coeur. Vénus, le SAPHIR est l’aimée de saturne. Car en brisant la pierre, il donne la vie, la véritable lumière...


  • La crue, celle à qui l’on CROIT. C’est au lever Héliaque, très attendu au bord Nil, sec qu’Horus (le soleil) traverse en barque pour faire revenir le jour. Le Grand serpent Apophis, (le chaos) tente de la faire échouer. la lutte de la lumière contre les ténèbres. Heureusement l’art GOTHIQUE a percé les églises pour faire rentrer la lumière du féminin SACRE. Apophis découvert le 19 juin 2004. Juste avant de passer dans le féminin et ses crues. Le cycle lunaire. CANCER. La matrice. GOTHS, déesse de la lumière. 


  • Le saphir (sapheiros), l’aimée de saturne : https://www.youtube.com/watch?v=ZaaNAVcR02k


  • Le nom Pierre PLANTARD, est inspiré de la lignée des PLANTAGENET. Lignée de HENRY IV. ENRI (INRI) : HENRY...Lignée des mérovingiens...


  • juluch juluch 28 juillet 21:56

    Les pierres percées pour mesurer les montées des eaux, je viens d’apprendre un truc !!

    merci nabum !


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