lundi 6 juillet - par C’est Nabum

Un pont féérique au-dessus de la Loire

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Un véritable enchantement.

Il était une fois un vénérable pont suspendu qui du haut de ses 180 printemps se désolait. Le temps avait fait son œuvre, le malheureux avait perdu de sa superbe tandis que les véhicules toujours plus gros, toujours plus larges le boudaient et le redoutaient. Pour les cyclistes, il ne valait guère mieux, les mettant en danger tout autant que les piétons qui tremblaient à chaque passage de poids lourds.

Il convient de reconnaître que des ponts analogues, ses voisins particulièrement avaient connu la déchéance pour l’un, la chute pour l’autre au plus fort de l’hiver. Partout ailleurs les responsables pointaient du doigt une technologie devenue obsolète. La modernité se passait de câbles et des belles lignes d’un ouvrage qui plus que tous les autres méritait d’être qualifié d’art.

Mais hélas le pont suspendu déplaît à la troupe qui ne peut le franchir au pas. Si la chose peut paraître dérisoire, elle devient prépondérante dans une nation de plus en plus belliqueuse. Le pont de Châteauneuf voulut transmettre un message pacificateur, faire en somme un pont entre les hommes de bonne volonté.

Il n’était pas tout à fait comme les autres puisque né sous une bonne étoile, celle d’une société connue dans le monde entier pour le génie de ses maîtres ferrailleurs. Passerelles et ponts transbordeurs ou non pourvu qu’ils soient de fer, tout ce qui enjambait un obstacle était dans les cordes de la maison Baudin, une charmante et sémillante entreprise qui célébrait ses cent ans d’existence en 2019.

Le grand entrepreneur et la ville voulurent honorer cet anniversaire de manière éclatante. Un feu d’artifice s’imposait même si la chose est éphémère contrairement à cet ouvrage qui avait su résister au temps, aux intempéries et aux désirs d’élargissement. Il fallait plus pour honorer ce témoin d’un passé qui s’étiolait. Lui avait résisté, il avait même conservé les marques de son passé marinier avec sa plaque des distances alors que dans les villes voisines, les nouveaux ponts avaient envoyé aux oubliettes ou dans les poubelles de l’histoire cette précieuse archive ligérienne. Même le vénérable pont Royal à Orléans avait perdu ce vénérable témoignage.

L’entreprise cassa sa tirelire et fit cadeau somptueux à la ville qui l’avait vu naître. Tandis que le pont se refaisait une beauté, changeant de couleur et faisant peau et câbles neufs, une installation féérique fut offerte à la cité au frais de la société qui ne lésina pas sur la dépense pour faire de son pont un enchantement lorsque la nuit fut venue.

Unique en France l’élégant pont suspendu sur la Loire nous en met plein les yeux avec des scénarios d’éclairage à l’infini grâce à 46.000 leds répartis sur les 270 m d’un tablier qu’il s’est refusé de rendre. Oublieux de la tradition, le pont se synchronise même avec votre smartphone pour vous embarquer en musique à la nuit tombée grâce à une animation synchronisée. Une féérie de couleurs et de notes pour cette incroyable innovation technique.

C’est peut-être ce dernier pont qui offensa quelque peu l’âme de l’ancêtre métallique. Il décida d’échapper à ses créateurs, aux concepteurs techniciens de la modernité pour montrer à tous que la magie se passe aisément de la technologie. Le pont voulut leur jouer un tour à sa façon, garder la main sur son passé et enchanter les rêveurs et les contemplatifs qui aiment à se passer de ce maudit téléphone à tout gâcher.

Se souvenant que le grand vent d’ouest avait fait de la ville le dernier port de la remonte à la voile, le cinquième en importance de la Marine de Loire, le pont glissa à l’oreille du vent de Galerne, son désir d’entrer en harmonie avec lui. Il se fit entre eux un pacte secret, l’un servant de chambre d’écho de l’autre. Les câbles du pont vibrant de leurs mille cordes quand le vent soufflait assez fort pour que le miracle ait lieu et que l’ouvrage majestueux chante aux oreilles de ceux qui savent encore n’avoir que leurs yeux et leurs oreilles pour admirer les créations humaines sans avoir recours à cet insupportable prothèse numérique à puce.

Le pont de Châteauneuf sur Loire chante quand le vent vient de l’ouest, celui-là même qui jadis gonflait les voiles des chalands qui remontaient le courant jusqu’au port de la ville. C’est un miracle et un enchantement, un don de la nature que n’avaient sans doute pas imaginer les ingénieurs. Pour en jouir, il vous suffit de venir et d’ouvrir grands tous vos sens. À la nuit venue, il chantera et se parera de toutes les couleurs vous accordant ainsi un véritable son et lumière unique au Monde cette fois. Le jour, il se contentera de vous murmurer son chant d’un monde en suspension.

Admirativement sien.

Pour en savoir plus

https://www.distylight.com/portfolio/chateauneuf-sur-loire/

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