mardi 14 mai - par C’est Nabum

La gargouille vénéneuse

Riposte à sa liberté d'excression

Rien qu'une gouttière…

 

Il advint cette fois-là qu'une gargouille se libéra étrangement de sa gangue grise née de la pollution pour s'en aller courir sa chance dans le monde des vivants. Si sa métamorphose se fit sans grande difficulté par le truchement d'une bonne fée, la chimère cependant conserva son faciès inquiétant et un cœur qui demeurait de pierre.

Se mouvoir parmi les humains lui donna ainsi la possibilité de prolonger le rôle que l’architecte lui avait dévolu depuis quelques siècles. Gouttière, elle avait été, évacuant par une gueule grande ouverte des flots venus du ciel avec des grimaces infernales ! Gouttière, elle restera dégueulant désormais des tombereaux de perfidies, jetant son venin à tout vent, contre une humanité qu'elle ne pouvait sentir.

Pauvre misère que la sienne quand la vie insufflée par la fée Carabosse ne lui permettait pas d'en jouir pleinement. Le simple bonheur de partager tout naturellement les émotions et les plaisirs simples de l'existence humaine lui était inconnu. Hélas elle conservait en elle sa mission qu'un tailleur de pierre, autrefois lui avait assigné : semer l'angoisse et la peur parmi les mortels.

La tâche lui sembla cependant bien trop grande pour elle seule Si son enfer est pavé de mauvaises gens, il y a bien trop d'individus accablés de faiblesses ou de travers, de défauts ou de vilenies inavouables pour les tourmenter à longueur de propos acerbes, d’insinuations fielleuses, de paroles diffamatoires, de sous-entendus exécrables. Elle avait conscience qu'une éternité de pierre n'y suffirait pas tant ce peuple de mortels était voué à l'imperfection la plus exaspérante.

Curieusement lui vint alors l'envie de choisir une seule cible comme jadis ses « eaux du fiel » ne tombaient que sur le même petit secteur du parvis de sa cathédrale. C'est parce qu'on l'avait jadis orienté vers le ponant avec une vue imprenable sur la rivière qui coulait un peu plus loin, qu'elle se mit dans son sale caillou l'idée de ne s'en prendre qu'à un seul ayant rapport incestueux avec la dame Liger.

Plutôt que de confier ce choix au hasard elle chercha dans les archives qui avait bien pu narrer l'aventure des tailleurs de pierre au point d'en faire une parodie de mystère sacré. Elle qui fut sculptée dans une pierre de tuffeau venue de l'ouest, elle entendit frapper au burin de sa méchanceté un faiseur d'histoires et de fariboles.

La gargouille avait jeté son dévolu ! Désormais, elle se mit consciencieusement à l'ouvrage, réalisant avec application une forme de chef-d'œuvre de compagnon du devoir. Chaque jour, elle taillait des croupières, déversait des horreurs, jouait du mensonge et de la diffamation contre celui qui avait emprunté volontairement le chemin de la perfidie et de l'ironie. On peut supposer que c'est parce que sa nature de chimère minérale lui interdisait de disposer du sens de l'humour qu'elle haïssait tant cet individu de chair.

La gargouille vomit son ire et sa méchanceté, cracha son venin et sa bile d'une bouche déformée par les grimaces et la haine. Elle trouva des oreilles pour donner crédit à ses propos, ce qui la conforta dans sa méchante mission. Puis, le flot devint si puissant que nombre s'interrogèrent sur la perfidie de cette délatrice compulsive grimée sous apparence humaine. Le tableau était bien trop sombre pour être crédible, même une mauvaise personne comme ce bonimenteur ne pouvait réunir autant de maux dans ses mots.

La fée Carabosse fut alertée par les anges gardiens de l'univers mirifique. Sa créature dépassait les bornes, ce qui, pour un être de pierre, relevait du pléonasme. Elle se dit qu'il convenait d'intervenir avant que la situation empire et que la victime ne règle ses comptes par un mauvais conte, de ceux qui parfois transforment de bons amis en ennemis irréductibles.

Pour s'épargner pareille issue, elle punit quelque temps la gargouille, lui faisant subir une nouvelle métamorphose provisoire. Pour un temps, elle devint une bouche d'égout afin de mesurer d'un peu plus près ce que sont vraiment les immondices de l'humanité. Puisse ce purgatoire lui redonner le sens de la modération et qui sait, de faire battre un peu ce cœur par trop minéral.

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6 réactions


  • ETTORE ETTORE 14 mai 21:05

    Pauvres gargouilles, sommées de déglutir tout ce qui tombe d’en haut

    Alors qu’en bas, grouillent ces êtres pétrifiés, qui amassent pierre qui roule.

    La laideur, n’est pas toujours suspendue, souvent, en ce monde, elle est sur pied, et se déplace crânement .


  • sylviadandrieux 14 mai 21:30

    La fée Carabosse lit-elle vos articles ? 


  • juluch juluch 20 mai 13:04

    Ca sent une histoire vécu ....

    Les gargouilles protégeait la cathédrale du ruissellement des eaux de pluie....d’ou son nom.

    Et elles avaient aussi un devoir morale pour les populations (les péchés de toutes sorte)

    A présent on plus besoin de la gargouille pour colporter de la m***, suffit d’aller sur les réseaux sociaux ou la télé ! 


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